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Livres 5 min de lecture

Un petit plus dans la vie

Luxemburgensia

Article paru dans Édition juillet 2021
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Iwwerliewen est le titre du nouveau roman de Georges Kieffer, professeur d’anglais et éducateur social. On y rencontre des personnages qui luttent pour survivre et trouvent un sens à leur vie. Il y a notamment Romain, dont les parents, atteints d’une maladie incurable, choisissent de mettre fin ensemble à leurs jours. Le Syrien Muhammed Jesus Assad, qui a été témoin de la mort atroce de son ami, quitte son pays natal pour aboutir au Luxembourg après une longue odyssée. Là-bas, Romain et sa petite amie Fiona le sauvent d’un danger mortel.

Ce sont principalement des jeunes qui doivent faire face à des événements bouleversants de la vie. Plein de suspense et d’humour, ce livre incite à s’ouvrir au « plus » de la vie. La vie est mystérieuse et pleine de risques. La mort lui est inhérente. C’est aussi de la passion, la quête d’un « plus ». Même là où, par envie, il ne s’agit que d’un « plus » de « jicken » ou lorsqu’il est question de comparer la taille des « zizis ».

La maladie, le crime, l’hostilité et la guerre marquent notre vie. L’illusion de la toute-puissance déploie une force considérable, au point qu’un peuple tout entier en souffre. C’est la peur de l’étranger, de la différence de vie, qui conduit à la haine envers l’étranger. En conséquence, le langage se réduit à des hurlements, comme c’est le cas à l’Oktoberfest, au « Hesperpark ». Les pulsions et la peur constituent le capital de base du « parti brun », dont les membres n’hésitent pas à recourir à la violence incontrôlée.

Dans bien des situations, il y a souvent plus de potentiel positif que nous ne le pensons. Il faut pour cela développer les antennes nécessaires. Cela fait partie du travail culturel de l’être humain. C’est ainsi que des scorpions venimeux peuvent être transformés en médicaments, comme nous l’apprend leur dialogue. De même, la Vespa n’est pas seulement un moyen de transport. C’est un objet culte, l’expression de la « dolce vita ».

L’auteur se fait appeler « Sproochmates ». Il nous montre comment les mots interprètent la vie et lui donnent tout son sens. La langue exprime un « plus » dans la vie : « Mir iwwerliewen zesummen. » C’est précisément lorsqu’il est question de jouissance et de désir que transparaît la joie que l’auteur éprouve pour les lettres et les mots.

La fiction aide à surmonter les tensions de la vie. Ce sont les chansons du groupe britannique The Smiths qui invitent à rêver et donnent du courage. Les idéaux et les perspectives sont intériorisés de manière rituelle : « There is a light that never goes out. » Cela vaut également pour le cinéma.

La civilisation passe par le travail, la langue, mais aussi la sexualité. C’est ainsi que nous découvrons la joie et le désir de Muhammed, Jésus et Romain lorsqu’ils font leurs premières expériences amoureuses, guidés respectivement par leurs amies Talia et Fiona. « Je suis humain et j’ai besoin d’être aimé. » Cela me semble être le « credo » du roman. Cet amour s’exprime également dans la promesse du grand-père de venir en aide à Romain, orphelin de père et de mère, mais aussi dans le message pédagogique de la professeure de français : « Tu dois parler… tu dois te fixer des objectifs positifs. Pense à autre chose, concentre-toi sur l’école, sinon ça va mal tourner. »

Ce ne sont pas seulement les paroles qui apportent du réconfort, mais aussi les actes par lesquels on vient en aide à son prochain.

La lutte pour la paix et la liberté tient à cœur à Fiona. Elle s’indigne contre un professeur aux idées d’extrême droite. Elle entre ainsi dans le cercle vicieux de l’agressivité. Le milieu scolaire tente d’apaiser les tensions, de faire passer l’affaire sous silence et de trouver des solutions. Une fois l’enveloppe fermée, elle glisse « un putain de coup de force » dans la boîte aux lettres du professeur. Un geste qui révèle également l’incapacité des acteurs impliqués à verbaliser le conflit. Fiona parvient à surmonter cette épreuve. L’important, c’est qu’elle puisse en parler plus tard avec Romain. Le dégoût et la destructivité ont pu être subjectivés après que tous deux ont regardé The Elephant Man à la Cinémathèque. Les contradictions de la vie se reflètent sur l’écran. Le cinéma est une institution pédagogique.

Pour Georges Kieffer, la vie est aussi un cadeau, un acte de générosité et une grâce, surtout lorsqu’on se retrouve au point zéro. L’espoir, la solidarité et la capacité à discerner le potentiel d’une situation contribuent à ce que la vie soit une réussite. Pour conclure, l’auteur espère lui aussi bénéficier du jugement bienveillant du lecteur. Il en est certain. Je recommande vivement ce livre comme lecture pour les cours de Vieso et de luxembourgeois. Et pourquoi ne pas en faire un film ?