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Salon du livre de Francfort 2022

Article paru dans Édition octobre 2022
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Dimanche dernier s’est achevée la 74e édition de la Foire du livre de Francfort : l’événement incontournable du secteur du livre, l’événement littéraire par excellence, la plus grande foire internationale du livre au monde. Du 19 au 23 octobre, des personnes venues des quatre coins du monde s’y sont retrouvées. Des personnes qui lisent, écrivent, éditent ou vendent des livres. Avant l’ouverture au grand public, le salon accueille chaque année les professionnels du secteur international du livre – éditeurs, groupes de presse, agences ou encore sociétés de production cinématographique – pour des négociations sur les droits de traduction ou d’adaptation cinématographique, ainsi que pour la présentation de projets éditoriaux. Cette année, le salon a ensuite été ouvert au grand public pendant trois jours entiers : du vendredi au dimanche, des visiteuses et des lectrices curieuses se sont pressées entre les stands. Les spectatrices et spectateurs étaient assis sur des transats ou des poufs devant des scènes où se déroulaient des tables rondes et des lectures. Entre les cosplayers et les stands de saucisses de Francfort, des poètes de rue ou des écrivains de l’instant ont installé des stands improvisés.

Alors que le Salon du livre 2020 était resté fermé au public en raison de la pandémie de coronavirus, l’édition 2021 semblait presque déserte en raison des mesures sanitaires et des restrictions de voyage internationales. Les allées étaient plus larges et les exposants internationaux venus de régions non européennes étaient absents ; leurs stands restaient déserts. Cette année, le salon semblait s’être remis des revers causés par la pandémie. On pouvait le constater de tous ses sens lors de la visite : les halls du salon bourdonnaient de monde. Plus de 4 000 stands provenant de 95 pays et près de 2 000 événements ont attiré cette année plus de 180 000 visiteurs, dont la moitié étaient des professionnels. Même si ces chiffres ne peuvent pas encore rivaliser avec les affluences d’avant la pandémie, ils prouvent que la littérature et le secteur sont bien vivants. Juergen Boos, directeur de la Foire du livre de Francfort, souligne l’importance des rencontres en personne, qui sont à nouveau possibles :

« Notre secteur repose sur la confiance, et je ne peux pas instaurer cette confiance par le biais du numérique. Lorsque je souhaite nouer une nouvelle relation commerciale ou vendre des droits de traduction à l’étranger, je ne peux pas le faire derrière un écran : j’ai besoin d’avoir quelqu’un en face de moi. L’autre aspect est étroitement lié à la découverte. Lorsque je me promène dans le parc des expositions, je découvre des choses d’une manière tout à fait différente : des projets que je voudrais peut-être réaliser ou traduire moi-même, ou encore des auteurs que j’ai envie de lire. Dans le monde numérique, cela se fait de manière plus ciblée. Ici, tout est aléatoire, on me livre les idées toutes prêtes. »

Mais au-delà de la joie des retrouvailles et de l’envie de découvertes, la crise du secteur du livre – parallèlement aux crises mondiales actuelles – était sur toutes les lèvres. Les ventes, qui se déplacent vers Internet et les grandes plateformes, sont source d’inquiétude, car elles nuisent aux librairies. « Ceux qui aiment les livres achètent en librairie », peut-on lire sur une immense banderole au-dessus du parc des expositions. La hausse des prix du papier représente un nouveau défi, selon Karin Schmidt-Friederichs, présidente de l’Association allemande des libraires (Börsenverein des Deutschen Buchhandels). L’avenir nous dira quelles en seront les conséquences sur le nombre de publications sur le marché allemand du livre. Une tendance à la baisse se dessine depuis dix ans, après que le nombre de nouvelles parutions s’était stabilisé, il y a vingt ans, à un niveau absurde. Au cours des deux dernières années, on a littéralement freiné la production – signe que la transition numérique se fait également sentir dans les habitudes de lecture.

Une créativité débordante

Le pavillon du pays invité, l’Espagne, mettait à l’honneur l’histoire de la littérature espagnole et le pouvoir envoûtant de la langue. Un coin lecture et des discussions invitaient à s’attarder. Dans une installation inspirée de Federico García Lorca, composée de voiles superposés suspendus au plafond formant de petites coquilles d’escargot, et de projections lumineuses de lettres, de mots et poèmes, on pouvait s’immerger physiquement dans la littérature et la magie de la langue, sous le thème choisi par le pays hôte, l’Espagne : « Creatividad Desbordante ». Une créativité débordante.

Le thème central d’un salon du livre est souvent l’occasion de s’ouvrir à la littérature internationale et étrangère, et de traduire les œuvres des auteurs du pays invité ou de la ou des langues nationales. Le pays invité au salon du livre connaît souvent un véritable essor de la traduction. Mais la littérature est-elle spécifique à un lieu et à une époque, ou liée à un contexte socioculturel particulier ? Grâce à la traduction, à la transposition, les textes et les histoires deviennent accessibles dans de nouveaux contextes, dans un nouveau lieu, à une autre époque, aux yeux de lecteurs et lectrices très divers. Dans une nouvelle langue et à travers la voix des traducteurs.

Un travail de transfert qui s’opère également lors des rencontres au sein même du Salon du livre. « Comprendre et faire comprendre », comme le dit Karin Schmidt-Friederichs. Car le Salon international du livre de Francfort est depuis toujours un lieu de rencontres et d’échanges. Dans, à travers ou au moyen de différentes langues, au sein d’une autre culture ou avec d’autres cultures, modes de vie, histoires. Il n’est donc guère surprenant que cet aspect ait été élevé cette année au rang de devise de la Foire du livre de Francfort : Translate, transfer, transform…

Chiffres clés : la traduction en Allemagne

En Allemagne, le nombre de premières éditions de traductions, tout comme celui des nouvelles parutions dans leur ensemble, est en baisse constante depuis dix ans, après s’être stabilisé il y a vingt ans à un niveau absurdement élevé. Comme partout dans le monde, l’anglais reste la principale langue source des traductions vers l’allemand, suivi du français et du japonais. La plupart des contrats de licence, c’est-à-dire les traductions de l’allemand vers d’autres langues, ont été conclus dans l’espace linguistique chinois ; il s’agit principalement de livres pour enfants et adolescents ou d’ouvrages dans les domaines des sciences naturelles, de la médecine, de l’informatique ou de la technique. Viennent ensuite, jusqu’à présent, le russe et l’italien.