Nouveauté Lancement du nouveau site internet du Land Voir la boutique en ligne →
Livres 3 min de lecture

Presque exclusivement réservé aux adultes

Luxemburgensia

Article paru dans Édition février 2024
Partager l'article sur

Avec *Monster Malya*, Roland Meyer a écrit un nouveau roman pour enfants et adolescents « destiné aux adultes ». Il suit Malya, l’héroïne âgée de onze ans, une élève du primaire que sa professeure, ses camarades de classe ou encore le père d’une de ses camarades surnomment « Monster Malya ». En effet, Malya est sujette à des crises de rage et à des accès de colère au cours desquels elle se débat, crie, casse des objets et risque même de se blesser gravement ou de blesser gravement autrui. Malya ne trouve sa place ni dans la société ni dans le système scolaire. Malgré l’équithérapie, l’accompagnement pédagogique ou les visites à sa famille ordonnées par le tribunal, personne ne parvient à la toucher. Elle ne veut d’ailleurs pas s’intégrer, se conformer ou être sage. Car tout comme elle, sa mère célibataire, avec ses partenaires successifs, et ses deux sœurs ne correspondent pas non plus aux attentes d’une société petite-bourgeoise et axée sur la performance. Et Malya se sent d’autant plus responsable d’elles. Fuyant une nouvelle escalade à l’école, où sa colère et sa frustration ont éclaté au grand jour, elle se rend à la rivière où elle a relâché son ancien poisson rouge. Là, elle peut être seule et se laisser aller à ses pensées… quand soudain apparaît un homme mystérieux et lumineux, Albert, qui prétend être un ange. Et en sa présence protectrice et sereine, Malya retrouve peu à peu son calme.

Roland Meyer a écrit des pièces de théâtre pour enfants et des livres pour la jeunesse en allemand et en luxembourgeois, parmi lesquels figurent également des ouvrages destinés aux adolescents ou aux enfants, mais qui peuvent être lus par des adultes. Il mêle les genres, les messages courts et différentes époques pour créer un roman vivant et polyphonique, qui brosse un panorama réussi des perceptions extérieures de la protagoniste et de ses difficultés. La richesse des points de vue constitue la force de ce roman, qui donne tour à tour la parole aux parents des camarades de classe de Malya ou à ses enseignants, tout en revenant régulièrement à Malya elle-même. Sa mère et son « meilleur ami » Steven restent toutefois à distance ; la mère n’est pas évoquée, Steven n’apparaît que sous forme de SMS. Les différents points de vue de la société et les attentes qui pèsent sur Malya se heurtent à son univers émotionnel – indompté, en fuite et désemparé, de sorte qu’il ne lui reste plus que la colère. À la perspective enfantine, qui n’a pas conscience des conséquences ni même des causes de ses actes, s’oppose la perspective adulte, qui ne voit que les conséquences, mais oublie qu’il serait possible de modifier différents paramètres – qu’il s’agisse de l’environnement social, des possibilités, les réactions et les propositions des personnes extérieures, l’estime de soi – ou toutes ces choses à la fois.

En même temps, il y a une lueur d’espoir incarnée par le personnage fantastique d’Albert. Son attitude calme, sereine et détendue, sa présence et son attention semblent redonner de la force à Malya et l’aider réellement, comme le montrent peu à peu des scènes légèrement oniriques. C’est douloureux, car il s’agit d’un personnage et d’une rencontre imaginaires qui n’existent pas ainsi dans la réalité. Malya ne vit pas un passage à l’âge adulte à la manière des romans classiques et ne s’émancipe pas non plus, mais c’est sans doute là le message le plus sincère adressé à tous les « adultes » qui pourraient se procurer ce livre et remettre en question leur vision du monde.