Un jour, Ingrid en a assez. Elle décide de quitter sa famille et de s’engager sur un voilier. Elle veut se rendre à Madrid pour y fêter son 18e anniversaire, faire des études de droit et enfin tourner la page sur sa vie étouffante en France. Le livre d’Inès Pyziak, *Moi, Ingrid*, traite de la quête de liberté, d’indépendance, du premier amour, des séparations et des premiers projets de jeune adulte. C’est un roman jeunesse plein d’aventures.
Inès Pyziak, née en Suisse en 2001, vit au Luxembourg depuis 2004. La jeune autrice a déjà publié en 2016, avec Marc Schneider, dans la collection SOS Passage au lycée, un manuel de français destiné aux élèves de sixième, pour lequel elle a rédigé la majeure partie des textes de lecture. *Moi, Ingrid* est son deuxième roman et la suite de l’œuvre qui a marqué ses débuts en 2014, son premier roman court pour adolescents *Moi, Ingrid. En vadrouille* (Éditions Guy Binsfeld). Pyziak l’avait écrit à l’âge de onze ans. Avec ce récit de voyage *Moi, Ingrid*, qui se présente désormais comme un ouvrage abouti et captivant, la jeune autrice a déjà fait un grand pas en avant sur le plan narratif. Dans le journal intime d’Ingrid, qui se transforme en journal de bord, nous découvrons les aventures de l’héroïne de 17 ans, que nous vivons ainsi à travers la vie intérieure de la narratrice-auteure.
« Ça y est », écrit-elle le dimanche 19 juillet, alors qu’elle décide de passer une annonce pour partir, pour s’enfuir. Elle veut être récupérée au milieu de la nuit par un voilier, littéralement sauvée. Elle veut surmonter tous les obstacles, poursuivre ses propres rêves – et mettre le cap sur l’Espagne. Ce qui ressemble à un conte de fées ou à un rêve d’aventurier devient bientôt réalité. Elle trouve un bateau, parvient à se faufiler hors de chez elle pendant la nuit et réussit bel et bien à se lancer dans son grand voyage. Mais Ingrid se rend vite compte que tout n’est pas aussi simple qu’elle l’avait imaginé. Au fil de ses explorations à bord et après ses premières rencontres mystérieuses avec l’équipage, elle comprend qu’elle s’est embarquée tête baissée dans une véritable histoire de brigands. Car l’équipage cache un secret illégal. Les hommes veulent piller la cargaison d’un navire coulé. Et leur compagne de voyage, Ingrid, fait partie de leur plan…
Entre autonomie et grands projets de vie, l’histoire du voyage en voilier de la jeune Ingrid traite de la responsabilité, des rêves audacieux et du passage à l’âge adulte. C’est un roman pour la jeunesse court mais haletant, avec des hauts et des bas, à l’image d’une mer tantôt agitée, tantôt calme. Un journal de bord composé de chapitres concis et pertinents, qui captive rapidement le lecteur. Néanmoins, l’intrigue de départ, qui est traitée assez rapidement, pourrait être rendue encore plus palpable sur le plan linguistique. La « méchante mère » est certes évoquée, mais les « circonstances difficiles » (illustrées par le problème de l’argent de poche) constituent un déclencheur presque enfantin, digne d’un conte de fées, de la fuite d’Ingrid. On sait, d’après la logique cinématographique ou romanesque, qu’il faut une situation de départ difficile pour l’intrigue de ce roman passionnant sur le passage à l’âge adulte. Mais on ne ressent pas suffisamment, sur le plan linguistique, la gravité de cette situation oppressante. Par exemple dans le caractère des personnages secondaires, qui restent en marge et pourraient être plus tangibles. Les ambiances et les lieux pourraient également être mieux évoqués. En tant que lectrice, j’ai parfois l’impression que ça va un peu trop vite. Quand Ingrid monte à bord, on aimerait revivre ce moment avec encore plus d’intensité : la rupture entre le foyer et le départ, la fuite et les rêves. L’ambiance à bord, qui doit être vraiment effrayante, comme la narratrice la décrit d’ailleurs. Mais on en voudrait encore un peu plus. Ou encore quand Ingrid apprend à plonger : on veut vivre cela avec elle ! Et qui sont ces hommes sur le bateau ? Ce sont là aussi de véritables aventures qui font battre le cœur des lectrices et des lecteurs de suspense ; que nous voulons voir, lire, vivre : les « choses bizarres qui se passent sur ce
bateau ». Mais cela nous amène déjà à aborder les subtilités linguistiques de la technique narrative, qui ne manqueront pas de s’affiner encore davantage dans les prochains livres. Le voyage palpitant, la capacité à prendre des décisions et la détermination de la jeune héroïne sont en tout cas racontés de manière captivante dans *Moi, Ingrid*. Un bon livre d’une autrice prometteuse. Pour les jeunes de 10 à 14 ans.
Inès Pyziak : Moi, Ingrid. Roman. En français. Éditions Guy Binsfeld. 2022. 96 p. 15,90 €