« Trouve l’erreur. » Une phrase que l’on retrouve souvent dans les magazines, accompagnée de deux petites images si semblables qu’il est difficile de les distinguer, sous forme de jeu de devinettes. Dans le premier roman de Claire Schmartz, cette phrase est le mantra qui pousse la protagoniste d’abord vers la paranoïa, puis vers l’abîme. La faille inhérente à l’œuvre de sa vie semble introuvable – et fait ainsi voler en éclats l’illusion de contrôle dans laquelle nous nous réfugions bien trop volontiers. Mais commençons par le début.
L’héroïne du roman est la « Professore », une chercheuse spécialisée dans la robotique et l’apprentissage automatique. Le lecteur ne connaît pas son nom. Sa passion : un robot ménager, mais pas ces petits aspirateurs qui tombent sans cesse dans les escaliers. Bud, c’est le nom de ce prototype, est censé tout savoir faire : cuisiner, faire la lessive, nettoyer, cirer les chaussures, nourrir le chat, arroser les fleurs. Un majordome électromécanique à l’apparence humanoïde, pesant 36 kilos, dépourvu de sentiments. Il fait la fierté de la professeure ; les bailleurs de fonds sont ravis, tout comme son supérieur hiérarchique. Au début du roman, la huitième phase de test est sur le point de commencer : la professeure emménage avec le robot dans un appartement et doit le surveiller dans un environnement de travail aussi réaliste que possible afin de corriger d’éventuels défauts persistants.
Bien sûr, le robot ne fait pas ce qu’il est censé faire – nous ne nous attarderons pas ici sur la nature exacte de cet échec. Il est remarquable que Schmartz parvienne à raconter cette histoire sans recourir aux clichés éculés de la science-fiction : Bud n’acquiert jamais quoi que ce soit qui puisse rappeler, aux yeux d’un observateur extérieur, une forme de conscience, même si la question reste toujours en suspens. Le robot reste impénétrable. Bien qu’il soit censé agir de manière parfaitement logique, sa logique n’est pas compréhensible, pas même pour le lecteur. Ce n’est pas un antagoniste, mais une énigme – une énigme qui reste insoluble jusqu’à la fin, même pour sa créatrice. Ce n’est pas non plus un androïde à la manière de ceux de Philipp K. Dick, qui, par son interaction avec l’humain, confronte ce dernier à la question de savoir ce qui définit réellement son humanité.
De par sa conception, Bud s’apparente davantage au Golem de Prague, une créature humanoïde faite d’argile, qui a été animée par une formule magique, une combinaison de lettres et de chiffres, afin de servir son maître. Étymologiquement, le mot « robot » vient du tchèque « robota », qui signifie « travail forcé ». Mais Schmartz ne se limite pas à une seule source d’inspiration : « Un homoncule », commente un participant au congrès à propos des explications du professeur, et il n’a pas tout à fait tort. Car l’arrogance de croire qu’on peut créer un nouvel être est tout aussi présente, de manière sous-jacente, chez les chercheurs en IA que chez les alchimistes du Moyen Âge. Par cette remarque subtile, Schmartz établit ainsi un lien littéraire sans avoir à recourir à une critique trop grossière.
Kafka à l’ère de la machine
Elle utilise cette réduction comme un procédé stylistique qui caractérise l’ensemble du roman : les personnages se limitent à un robot, un chat et trois humains. Parmi eux, un seul porte un nom. À cela s’ajoutent quelques personnages secondaires qui ne font que donner des indications, mais qui restent des silhouettes floues. L’astuce fonctionne parce que Schmartz s’en tient rigoureusement à son point de vue narratif : la professeure est une marginale, une geek aux traits presque autistiques et farouchement concentrée sur son travail. Les humains ne jouent pour elle qu’un rôle secondaire ; c’est auprès de son chat qu’elle cherche le plus souvent de la compagnie. Son incapacité à communiquer et le repli sur soi qui en découle confèrent au roman une touche kafkaïenne : Bud est tout aussi inaccessible à la professeure que le château, et les agissements des humains tout aussi imprévisibles que le procès de Josef K.
C’est étonnamment lorsque le roman critique les conditions de travail dans le milieu de la recherche qu’il se révèle le moins convaincant : l’orientation de plus en plus marchande du monde universitaire, la lenteur des étudiants, l’absurdité des grands congrès sont autant de thèmes qui méritent certes une réflexion littéraire, mais qui ne parviennent pas à se décider s’ils veulent être un simple « plot device » ou bien un fil narratif pertinent. Ce sont justement les scènes où apparaissent le plus de personnages qui constituent ainsi les moments les plus ennuyeux du livre.
Cela dit, le film dégage tout de même une tension qui rappelle presque celle d’un thriller : c’est avec un malaise grandissant que l’on suit le robot, guettant sa prochaine erreur et s’attendant à un acte d’horreur potentiel. En même temps, on observe avec consternation comment le professeur se perd dans le labyrinthe de sa propre paranoïa. Et à la fin, on se demande si c’était tout. Si l’erreur a été trouvée. Ou si elle le sera. Ou si l’erreur ne peut tout simplement pas être trouvée, parce qu’on a cherché au mauvais endroit. Peut-être que le bug ne se trouve pas dans la machine, mais chez son utilisateur. Actualiser et redémarrer.
, Claire Schmartz, Hydre Éditions, 192 pages, 17 euros. Claire Schmartz est pigiste pour le journal
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