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La « maison d’édition théâtrale luxembourgeoise » entame sa deuxième phase

Quatre pièces de théâtre luxembourgeoises

Article paru dans Édition décembre 2024
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Le deuxième volume de la collection théâtrale d’Hydre, consacrée aux pièces luxembourgeoises, est disponible – et ce depuis un certain temps déjà. Ces quatre pièces très différentes, en français et en allemand, dont les premières ont eu lieu en 2000 ainsi qu’au cours des trois dernières années, abordent des thèmes très variés. Leur seul point commun est qu’il s’agit principalement de monologues ou de quasi-monologues, avec des personnages secondaires qui agissent peu ou parlent peu. Dans *Luonnollisesti* (naturellement), Stéphane Ghislain Roussel aborde, du point de vue d’une comédienne – en hommage à Marja-Leena Junker –, la société contemporaine et le rôle des femmes. Il évoque des images nostalgiques de la Finlande pour mettre en évidence le contraste entre la « civilisation » et le repli vers la « nature sauvage ». Poupette, de Marie Jung, aborde, à travers son personnage principal âgé de 96 ans – une artiste et résistante –, de manière poétique mais un peu exagérée, le changement climatique et les hiérarchies de notre société, ainsi que l’amour, les relations et les liens.

Dans *La Fenêtre*, son texte le plus polyphonique, Mandy Thiery explore la vision du monde et la vie intérieure d’une jeunesse démotivée, poussée par la quête de la célébrité sur Internet. Trois adolescents sont en train de s’émanciper du foyer parental, exposent malgré eux leur superficialité et découvrent leur sexualité. Jusqu’au jour où un inconnu apparaît à la fenêtre – un Peter Pan des temps modernes ? Le texte comporte des passages un peu longs qui évoquent certes l’ennui des adolescents et qui peuvent être comblés sur scène par le jeu des comédiens. On y trouve des lieux communs creux, mais aussi des moments drôles pleins de répartie. *Das Fenster* est le texte le plus fort du recueil.
La pièce de Raoul Biltgen est elle aussi tout à fait amusante et racontée de manière captivante. Dans ce qui s’apparente à un monologue entre deux photographes, qui se coupent sans cesse la parole ou se contredisent, est raconté un crime dont tous deux ont été témoins après une séance photo en hiver. Par son introduction, le texte rappelle *En attendant Godot*. On comprend toutefois rapidement que ce sont ici deux farceurs qui occupent le devant de la scène et qui, par leurs propos et leur confusion, dictent le rythme de l’action. Ni leur manière de raconter (qui dérive souvent vers des jeux de mots absurdes ou des digressions incohérentes), ni leur confusion ne semblent nécessairement liées au caractère des personnages, mais le rythme de leur récit et son potentiel comique portent le texte.

Dans l’ensemble, le deuxième tome de la série « Theater » manque quelque peu du savoir-faire et de la richesse linguistique et thématique du premier tome. Dans celui-ci, par exemple, Elise Schmit et Larissa Faber y figuraient avec des textes puissants qui exploraient avec légèreté de nouvelles formes et des thèmes d’actualité. La collection n’en est encore qu’à ses débuts. Il sera passionnant de voir quelle direction prendra le troisième volume, tant sur le plan thématique que qualitatif, et quels textes y trouveront leur place.

Stéphane Ghislain Roussel, Mandy Thiery, Marie Jung et Raoul Biltgen :