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Enregistrements réalisés au Kellertheater

Luxemburgensia

Article paru dans Édition décembre 2021
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Depuis près de dix ans maintenant, le Centre national de littérature retrace l’histoire de la satire au Luxembourg. Dernièrement, il a organisé, en collaboration avec le CNA, RTL et la Maison de la culture de Miersch, le grand spectacle Pir Kremer (d’Land, 3 janvier 2010). Voici maintenant un programme tout à fait différent : un recueil de textes de cabaret de Mars Klein, qui s’était autrefois donné pour mission d’opposer quelque chose au « théâtre de marionnettes paisible de l’oncle Fritzen destiné à un public sage et très large » (Revue de Pir Kremer) et à d’autres abîmes de la culture humoristique locale.

Un spectacle solo de cabaret politique sur le modèle allemand – sans textes d’autrui, comme ceux que récitaient d’autres troupes, et sans intermèdes musicaux qui auraient pu atténuer la mordacité de son discours – a valu à Mars Klein, à la fin des années 70, la réputation d’être le satiriste le plus acéré du Luxembourg, avant qu’il ne fasse ses adieux à la scène au milieu des années 80. *Samthandschuh war nicht*, édité par Pascal Seil, en témoigne, tout comme le retour de Klein sur la scène du cabaret depuis 2012.

Plus de la moitié de l’ouvrage est consacrée aux quatre programmes qui ont marqué leur époque, de 1978 à 1981, complétée par des textes épars de Klein, des articles de presse, des photos et les affiches au style inimitable de Pit Weyer. Le fait que l’artiste ait été actif précisément pendant cette période apparaît rétrospectivement comme un coup de chance, car celle-ci marque un tournant dans l’histoire récente.

Ce n’est pas seulement au Krautmarkt que les politiciens conservateurs ont déclaré que les années 70 progressistes étaient révolues. Avec Jean-Paul II, le catholicisme a connu un renouveau. Et la crise de la sidérurgie au Luxembourg a clairement montré qu’à l’avenir, c’est la politique fiscale qui devrait garantir la prospérité du pays. Pour un satiriste qui s’était consacré à l’humanisme des Lumières et aux vertus républicaines, de telles évolutions ne pouvaient que susciter la colère. Au début, les réponses de Klein étaient un peu monotones, mais au fil des années, il a élargi son répertoire stylistique, toujours soucieux de proposer des cascades de jeux de mots rapides.

Au-delà des sujets d’actualité et des piques politiques, on se rend toutefois vite compte que Mars Klein s’attachait à une critique fondamentale de type cabaret, à une analyse de la mentalité luxembourgeoise et de tout ce qui fait obstacle à une société éclairée dans ce pays : l’étroitesse d’esprit, la soumission et le « chauvinisme local », associés au rêve de pouvoir enfin faire mieux que l’étranger – ne serait-ce que dans le domaine de la fiscalité des entreprises ou de la télévision par satellite.

C’est pourquoi la lecture de ces textes vaut toujours la peine. Une politique culturelle qui encourage avant tout l’usage inflationniste du mot « culture », ou une relation symbiotique entre le plus grand groupe audiovisuel et le monde politique – tout cela pourrait sembler bien trop familier à certains, même aujourd’hui. Mars Klein a même repris, sous forme abrégée, quarante ans plus tard, une « vision d’avenir » du Luxembourg en 2050 tirée du programme de 1979 ; tant la ligne politique nationale n’avait pas été réorientée.

Les textes de Klein fonctionnent également sous forme imprimée, car leur auteur se considérait avant tout comme un écrivain. En 1981, il publia pour la première fois une sélection dans l’ouvrage Kleinvaterland (Éditions Guy Binsfeld), épuisé depuis longtemps. La documentation révèle également que les premiers critiques reprochaient régulièrement à Klein ses capacités d’interprétation limitées. Sachant qu’un spectateur de haut rang avait menacé de quitter la salle lors d’un numéro critiquant la « monarchie », et qu’un quotidien mettait en garde les âmes sensibles contre ce cabaret, on pourrait presque envier ces soirées de théâtre de cave où le public devait apparemment craindre ce qui allait être dit sur scène.

Les extraits du spectacle de cabaret de 1985, qui n’a jamais été présenté car son auteur avait entre-temps accepté un poste au ministère de la Culture, sont également révélateurs. Finalement, l’État finit quand même par en avoir un. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, nous suivons le retour de Mars Klein sur la petite scène après son départ à la retraite, et c’est là que le livre perd de son attrait. Cela tient en grande partie au fait que, dans sa deuxième phase créative, Mars Klein pratique le genre de cabaret dont il voulait se démarquer dans la première : des textes classiques (Heine, Tucholsky, etc.), mêlés à quelques œuvres personnelles et adaptations, dont une grande partie est mise en musique.

Samthandschuh n’a pas rassemblé les contributions de Mars Klein, ni les images relatives à trois spectacles récents et à deux CD, mais ne fait que laisser entrevoir leurs axes thématiques, de sorte que toute cette section revêt plutôt un caractère documentaire. Il va sans dire que les paroles des chansons de Klein issues de cette période, notamment celles de « Reim dich oder ich fress dich », n’atteignent pas le mordant ni la pertinence sociale de ses premières années. La première moitié de *Samthandschuh n’était pas*, ainsi que la postface de Pascal Seil sur le parcours de l’artiste, sont essentielles ; le reste n’est qu’un joli bonus.

Mars Klein : « Samthandschuh war nicht ». Les textes de cabaret 1978-2020. Sous la direction de Pascal Seil. Mersch : Centre national de littérature, 2021. ISBN 978-2-919903-94-8. 276 pages. 25,00 €