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Dialogue entre juifs et musulmans

Un projet intergénérationnel favorise les débats au sein de la société civile

Article paru dans Édition septembre 2021
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« Shalom Aleikum » est un projet du Conseil central des Juifs d’Allemagne qui vise à promouvoir le dialogue entre Juifs et musulmans à l’échelle nationale. L’un des aspects importants de cette initiative est son caractère intergénérationnel, qui permet d’engager des discussions sur divers thèmes pertinents au sein de la société civile. Comme on peut le lire sur le site web du projet (schalom-aleikum.de), l’idée fondamentale est que « lorsque les gens échangent, se parlent, s’écoutent et essaient de se comprendre, […] ils s’entendent mieux ». En effet, en réduisant les ressentiments entre les personnes d’origine juive et musulmane, « cela a un impact sur la vie en société dans son ensemble ». Il convient également de souligner qu’il ne s’agit pas ici d’un dialogue interreligieux en soi, mais d’un dialogue entre des personnes – certaines croyantes, d’autres non – d’origine juive ou musulmane et souvent issues de l’immigration. Ce dernier point constitue d’ailleurs un aspect significatif de l’histoire de l’Allemagne après la Shoah.

La publication d’ouvrages rendant compte de ces rencontres et des points de vue des participants revêt une importance particulière dans ce contexte. Une première publication intitulée *Mutige Entdecker bleiben* (Des explorateurs courageux) rendait compte des expériences vécues par des seniors après leur arrivée en Allemagne et présentait des informations sur l’histoire de la présence juive et musulmane sur le territoire de l’actuelle République fédérale (voir « Schalom Aleikum, Kumpel », d’Land, 28 février 2020). Depuis, trois autres volumes ont été publiés. Le fait que cette initiative de dialogue ait pu se développer malgré tout, à une époque où la « distanciation sociale » est devenue le nouveau mot à la mode, témoigne de l’engagement et du travail acharné de tous les acteurs impliqués.

Le deuxième volume, intitulé « Impulse geben ! », met en dialogue des entrepreneurs juifs et musulmans – ou « fondateurs », comme l’indique le sous-titre de l’ouvrage – et s’attache tout particulièrement à montrer comment des parcours biographiques spécifiques ont joué un rôle essentiel dans la construction de leur activité indépendante. Comme le souligne Damir Softic dans son essai introductif, l’activité indépendante est plus répandue dans les pays d’origine des migrants qu’en République fédérale d’Allemagne, et « ils sont donc souvent influencés par des modèles issus de leurs pays d’origine ». Mais il note également que ces jeunes entrepreneurs, à l’instar des personnes issues de l’immigration en général et des juifs et des musulmans en particulier, sont régulièrement stigmatisés par la société majoritaire, notamment parce que, dans le contexte allemand, les immigrés et leurs descendants sont souvent assimilés à la classe des travailleurs immigrés. Il convient de préciser à ce sujet que les exemples de telles stigmatisations sont courants dans les milieux négationnistes du coronavirus, comme en témoignent les attaques complotistes contre le fondateur de l’entreprise BioNTech, Uğur Şahin, dont le père travaillait dans les usines Ford de Cologne.

Le troisième tome, intitulé « Gehört werden » (Être entendu), donne la parole à des jeunes âgés de 16 à 22 ans. À travers dix entretiens, les lecteurs découvrent les réalités de vie, les identités et l’importance du dialogue du point de vue de jeunes engagés, très conscients de la complexité de la différence en Allemagne, mais aussi des difficultés du dialogue judéo-musulman. Mais leurs réflexions constituent une invitation à ne pas considérer la société de manière dichotomique, divisée entre « nous » et « eux », ces deux pronoms pouvant sans cesse renvoyer à des réalités différentes. Comme le fait remarquer Klara Karali, 19 ans, la coexistence pacifique est toujours possible : « Quand mon papa célèbre le ramadan, je suis aussi invitée. À mon tour, je me rends à la communauté juive pour Rosh ha-Shana et je trempe une pomme dans du miel. Je trouve cela très beau et je suis aussi très heureuse de vivre cela. Je crois que la paix peut s’épanouir quand on se mélange et qu’on découvre d’autres cultures, quand on est ouvert et qu’on n’a pas de préjugés. »

Le quatrième volume, intitulé *Goodbye Hate !*, est consacré à la lutte contre les préjugés antisémites et au rôle particulier des acteurs de l’éducation. À travers des entretiens et des essais, des éducateurs, au sens le plus large du terme, décrivent leurs approches pédagogiques et méthodologiques en matière de prévention de l’antisémitisme, notamment à l’école. Comme le souligne le psychologue et auteur Ahmad Mansour, l’antisémitisme n’est toutefois pas un problème « musulman ». Il est présent dans tous les groupes sociaux et transcende les origines et les religions. Cela n’empêche toutefois pas que la lutte contre les préjugés doive reposer sur une stratégie éducative spécifique à chaque groupe. Les thèmes abordés dans ces trois nouveaux volumes sont bien sûr également d’une grande pertinence dans le contexte luxembourgeois, et leur examen viendrait enrichir les débats sur la religion et la migration.

Conseil central des Juifs d’Allemagne (éd.), « Impulse geben ! » : Entretiens avec des créateurs d’entreprise juifs et musulmans, Leipzig : Hentrich & Hentrich, 2020. 88 pages. 12,90 euros. ISBN : 978-3-95565-405-4

Conseil central des Juifs d’Allemagne (éd.), « Être écoutés. Entretiens avec de jeunes adultes juifs et musulmans », Leipzig : Hentrich & Hentrich, 2020. 84 pages. 12,90 euros. ISBN : 978-3-95565-423-8.

Conseil central des Juifs d’Allemagne (éd.), Goodbye Hate ! Les acteurs et actrices de l’éducation contre l’antisémitisme, Leipzig : Hentrich & Hentrich, 2021. 88 pages. 12,90 euros. ISBN : 978-3-95565-473-3