On sait peu de choses sur la vie de l’auteure Marie-Henriette Steil, décédée en 1930 à l’âge de 32 ans seulement des suites d’une hémorragie. Il ne reste d’elle qu’une seule photographie, sur laquelle on la voit avec son teckel, coiffée d’une coupe courte très à la mode et coiffée d’un chapeau panama. Une robe blanche ample, les bras découverts. Elle affichait un style moderne, incarnait les tendances de la mode féminine et resta célibataire – et ce, dans les années 1920, une période de transition, y compris au Luxembourg, que nous considérons aujourd’hui comme un âge d’or. En 1919, par exemple, le droit de vote des femmes a été instauré au Luxembourg ; Marie-Henriette Steil incarne ainsi une jeune génération qui a conquis et défendu sa liberté et son indépendance. L’auteure a écrit pour des journaux allemands ainsi que pour la « Luxemburger Zeitung », « Les Cahiers luxembourgeois », « Jonghémecht », « Junge Welt » et le « Tageblatt ».
Le Centre national de littérature vient de publier en livre audio son ouvrage « L’animal et l’homme – des histoires inoffensives », épuisé depuis longtemps. Cet ouvrage a été publié pour la première fois en 1926 aux éditions Xenion de Leipzig, alors très réputées, avec des illustrations de Gust (Auguste) Trémont, des lithographies grossièrement découpées représentant des animaux. Aujourd’hui, près de 100 ans plus tard, une version audio réalisée par Steve Karier est disponible. L’acteur, metteur en scène et narrateur Steve Karier avait déjà mis en musique des œuvres majeures de la littérature luxembourgeoise des XIXe et XXe siècles, telles que *Renert* de Michel Rodange ou *Schacko Klak* de Roger Manderscheid. Le retour aux *Harmlose Geschichten* ne se contente donc pas de rendre l’œuvre de l’auteure à nouveau accessible, mais il consacre également Marie-Henriette Steil comme une figure majeure de l’histoire littéraire luxembourgeoise du début du XXe siècle.
Ces nouvelles mettent en scène des êtres humains, des animaux et des plantes : à travers de courtes scènes, elles dépeignent la vie intérieure des personnages confrontés à un défi de taille ; un événement se produit ou une action est entreprise, d’où se dégage finalement la morale de chaque histoire : le plus souvent des observations laconiques et un peu narquoises sur les relations humaines, des commentaires sarcastiques, des réflexions humoristiques ou des pistes de réflexion. Les animaux se comportent comme des êtres humains : un hippocampe devient un combattant solitaire émancipateur et remet en question les rôles de genre ; il est question d’amour et de jalousie dans un cirque, de l’importance de la liberté pour un petit singe enfermé dans une cage, et de solidarité.
On remarque certes que le langage est un peu vieillot, mais le ton convient parfaitement à la forme du conte et aux fables animalières, à la voix à la fois amusante et moralisatrice de cette histoire, ainsi qu’au ton du narrateur. C’est un livre audio agréable, raconté d’une voix calme, composé de nombreuses petites histoires assez courtes que l’on peut écouter entre deux activités ou à la suite les unes des autres – et en même temps l’occasion de découvrir une époque et son autrice, de se plonger dans des allégories et des lieux enchantés, du cirque à un univers digne du Pays des Merveilles, et de regarder les humains à travers les yeux des animaux.
Marie-Henriette Steil : Les animaux et les humains. Des histoires inoffensives. Lu par Steve Karier. CD MP3 et téléchargement. CNL (2021). 20,00 euros