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Livres 5 min de lecture

De la fantasy au polar noir teinté de mystère

Luxemburgensia

Article paru dans Édition septembre 2023
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Avec son nouveau roman, Luc François, qui a déjà publié plusieurs ouvrages de fantasy et de science-fiction, s’aventure dans un nouveau genre : son livre *Wasserstand* s’inspire du polar, agrémenté d’éléments de mystère et d’une histoire autour des défis de la vie d’écrivain. Rédigé avec brio et très bien raconté, le récit proprement dit semble finalement s’écouler tranquillement – et pourtant, le style narratif dégage un attrait captivant qui laisse rapidement deviner que cette plume ne cherche plus qu’une histoire à la hauteur pour briller de mille feux.

*Wasserstand* raconte l’histoire de Klaus Klopp, un écrivain au succès mitigé, qui traverse une crise. Mais il ne s’agit pas d’une crise d’écriture, mais plutôt d’une véritable crise existentielle qui ébranle tout. Son éditeur se révèle de plus en plus comme un dilettante, tandis que son meilleur ami, qui travaille comme lecteur chez une autre maison d’édition plus prospère, menace de s’éloigner à une distance insurmontable avec Eugene V. Graves, la nouvelle étoile montante du roman policier. Ce serait, selon Klaus, l’équivalent d’une condamnation à mort pour sa carrière d’écrivain ; il décide donc d’écrire un roman qui en mettra plein la vue, afin de prouver à tout le monde qu’il a encore de quoi faire : à son éditeur insignifiant, à son ami, à cet Eugene V. Graves et surtout à lui-même !

Ce qui s’annonce comme une intrigue classique et bien connue prend rapidement une certaine ampleur. Au début, ce suspense provient surtout des chapitres haletants et riches en action du roman policier que Klaus Klopp est en train d’écrire, et dans lesquels les lectrices et lecteurs, là encore de manière tout à fait classique, plongent de temps à autre. Ce sont d’ailleurs parmi les chapitres les plus captivants de tout le livre – et pour cela, on est prêt à fermer les yeux sur des noms comme la « bande des Poltergeists » (ce qui, d’ailleurs, correspond très bien au personnage de l’écrivain « Klausi » Klopp).

« “T’inquiète pas”, grogna-t-il si bas que j’étais le seul à pouvoir l’entendre, “ce n’est ni le lieu ni le moment.” Devais-je lui reconnaître ce geste ? Celui de dire au revoir comme il se doit à la Taupe, à la fuite de laquelle il avait lui aussi contribué ? Cela lui valait-il mon respect ? Ou pouvais-je écouter mon instinct et mépriser ce type pour sa prétention ? Ce moment-là, ces quelques minutes, elles devaient bien appartenir à Jimmy ! »

Cette tension narrative se répercute également sur le personnage de l’écrivain, dès que Klaus Klopp est interrompu dans son écriture – que ce soit par la sonnerie du téléphone, une conversation avec sa voisine ou sa fille, ou encore par une brève mais détaillée réflexion sur sa consommation de bière ou de cigarettes. Sa vie aussi, malgré la médiocrité des événements, est racontée comme un véritable tourbillon d’aventures, grâce à son regard vif et sympathique : Il y a ce salon du livre, où il faut vendre des livres et tirer le meilleur parti de l’attention, qui ne dure que quelques secondes, des streamers en direct, et où, bien sûr, l’adversaire Eugene V. Graves n’est pas loin non plus. Bien que l’intrigue autour de Klaus Klopp apparaisse au départ comme le niveau narratif central, elle donne rapidement l’impression d’être l’intrigue secondaire encadrant les véritables aventures de son polar aux éléments de mystère, sur lequel il est en train d’écrire.

Car derrière toutes ces digressions, sa vie privée et sa carrière d’auteur de romans policiers médiocres publié par une petite maison d’édition, bouillonne sans cesse son envie d’écrire ce roman policier, qui prend de nouvelles dimensions et s’aventure peu à peu dans le fantastique. Un simple verre d’eau, une faute de frappe, un lapsus suffisent à faire naître une bonne idée, qui va bientôt se transformer en une bulle onirique destinée à faire de cette histoire quelque chose de fondamentalement nouveau et qui révélera également à Klaus Klopp certaines choses sur sa propre vie.

« Quoi que j’en dise, son comportement, combiné à son niveau d’eau, m’inquiétait. »

Mais, au lieu que les événements s’enchaînent à un rythme effréné, ils s’étirent désormais tranquillement. Ce moment, qui pourrait en réalité marquer un tournant dans le polar et pour Klaus, met tout en suspens et conduit en fait à une crise d’écriture. Klopp s’enfonce dans un déluge de bouteilles de bière, de café, de mégots et de gueules de bois, et doit d’abord remettre de l’ordre dans sa vie avant de pouvoir aller de l’avant ; ses personnages, quant à eux, se perdent dans les questions et la contemplation. Jusqu’à ce que les différents niveaux narratifs se croisent de manière dramatique et que les choses se mettent à bouger…

Mais lisez-le vous-même, car ce récit, bien que légèrement long, ne vous laisse pas sur votre faim. Il vous donne simplement envie d’en lire davantage. Et c’est tout à fait légitime, comme on le sait, une fois qu’on a découvert ce style narratif et tout son talent.

Luc François : Wasserstand. En allemand. Kremart 2023. 260 pages. 20 euros.