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Livres 17 min de lecture

Bonsai Single

Nouvelle

Article paru dans Édition octobre 2025
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Et c’est comme ça. Plus que prévu. Mais à un moment donné, il faudrait être fou pour ne pas le faire. Quand rien d’autre ne marche – c’est de la folie. Du moins selon Einstein : « Faire toujours la même chose et s’attendre à un résultat différent, c’est ça la folie. » Pendant un an, Maurice a essayé encore et encore la même chose pour se faire des amis (ou plutôt pour rencontrer des femmes), et pourtant, il est resté célibataire. Il faut se secouer un peu. Mais ces sites de rencontres en ligne, ça me donne vraiment la tête à l’envers.

Ils promettent tous à peu près la même chose : « Un accompagnement personnalisé pour trouver le partenaire idéal. » « Rejoignez enfin ceux qui écrivent ici leur propre histoire à succès. »

Maurice n’achète pas ses fruits et légumes au supermarché ; c’est parfait, mais ça n’a pas de goût. Pourquoi voudrait-il un partenaire comme ça : appétissant, beau, mais sans goût, pour quoi faire ? Un petit tour à la poêle et hop, la magie s’est envolée. Déjà, l’attirance pour cette personne s’est évaporée. Et qu’en est-il de cette « histoire à succès » ? De ces sornettes de self-made-man qui, semble-t-il, ont débordé jusque dans la vie privée. Le couple comme simple élément de sa propre « success story », comme une brique de plus dans cette immense boîte de Lego à partir de laquelle on se sert et qu’on mélange pour construire quelque chose. Mais bon, c’est justement le langage qu’on utilise aujourd’hui pour te vendre quelque chose, et à un moment donné, il faut être, comme on dit, fou pour ne pas le faire. François, par exemple, un de ses collègues de travail, a trouvé le grand amour sur un site de ce genre. Une fille, exactement à son goût : elle a de la classe, elle est sportive et modeste. Il faut juste faire abstraction du fait que François, quand il parle de sa nouvelle petite amie, s’emballe comme si on lui parlait d’une nouvelle voiture équipée d’un régulateur de vitesse, d’une caméra de recul et d’une faible consommation. À un moment donné, il faut simplement prendre son mal en patience, s’asseoir devant son ordinateur portable avec un gin tonic et remplir tout ce bla-bla d’inscription.

Quels sont tes objectifs dans la vie ? Quelles sont tes valeurs ? Quelles sont tes motivations ? Voici une liste proposant quatre possibilités pour chaque rubrique, coche celles qui te correspondent. Quels sont tes centres d’intérêt ? Quel genre de musique écoutes-tu ? Quel sport pratiques-tu ? Page après page après page. Et puis, d’un coup, ils te mettent la pression : tu as déjà répondu à 75 % des questions ! Et Maurice se dit : « Quoi ? Il en reste encore 25 % ? Je n’ai plus d’informations à donner sur moi-même… »

Préféreriez-vous vivre dans une maison de campagne romantique, un atelier d’artiste ou une villa en ville ? Seriez-vous plus tenté par des vacances dans la Forêt-Noire, à Florence ou aux Maldives ? Quelle saison préfères-tu ? Exactement comme à l’époque dans le magazine Bravo. Ces tests de personnalité que Nathalie te faisait toujours remplir pour voir si vous étiez vraiment compatibles. Nathalie a justement commis l’erreur de toujours remplir le questionnaire en premier, puis d’effacer ses réponses à l’aide d’une gomme. Bien sûr, on s’en est aperçu. Du coup, Maurice pouvait s’y adapter comme un gant. Et c’est ce qu’il voulait. À tout prix. Pourquoi tant de gens s’acharnent-ils à définir qui ils sont, quel genre de personne ils sont ? Et si c’est vraiment si important pour eux, pourquoi alors se fier à quelque chose d’aussi oraculaire que les « Froebéi », qui sont en plus probablement générés par une IA ? Maurice en sait aujourd’hui autant sur sa personnalité qu’à l’époque. À savoir qu’il fait partie de ces gens qui aimeraient avoir… une relation. Sa joie est d’autant plus grande que le message « Test terminé » s’affiche soudain à l’écran. Avec un sourire soulagé, Maurice clique sur « Continuer ».

« J’ai juste besoin de quelques informations pour pouvoir te proposer les profils qui te correspondent ! »

Les questions ne s’arrêtent jamais. Ton âge ? Ta silhouette ? Ta taille ? Tu as la cinquantaine, ou pas encore ? Quel est ton métier ? Quelle est ta situation familiale ? As-tu des enfants ? En souhaites-tu ? Quel est ton niveau d’études ? À combien s’élève ton revenu brut annuel ? Cet interrogatoire n’en finira-t-il donc jamais ? Quelles pourraient bien être les prochaines questions ? Quand as-tu uriné au lit pour la dernière fois ? As-tu déjà été au petit matin ? Es-tu déjà allé chez un psychothérapeute ? Dans une maison close ? Quand tu vas à la selle, est-ce plutôt dur ou mou, ou les deux ?

À un moment donné, il faut bien faire une petite pause… Maurice referme son ordinateur portable et se traîne jusqu’à la cuisine pour se préparer un deuxième gin tonic. C’est là qu’il s’est fait taquiner à propos de Jim Morrison, qu’il avait complètement oublié. Valérie, sa meilleure amie, lui a récemment prêté le chien de Moie. Sa belle-mère, qui était censée garder Jim Morrison ce week-end, a attrapé une grippe matinale, et il n’y avait plus de place à la maison de retraite au pied levé. En réalité, aucun d’entre eux n’en avait vraiment envie : ni Valérie, ni son mari, ni Maurice. La belle-mère non plus, bien sûr – ha, ha. Il avale quelques gorgées de son verre, tout en jetant un regard sceptique vers le sol. Jim, un petit bonhomme tout rond, est allongé sur son coussin et remue tranquillement la queue. Si l’on fait abstraction de sa coiffure qui rappelle un peu celle de Jim Morrison, cette petite bête n’est pas vraiment une beauté. Et il ne se comporte pas non plus comme une beauté. Bon, Maurice aurait bien pu s’occuper d’une boîte de croquettes, voire même de Valérie, sa belle-mère, si ça avait dû être le cas. Mais comme il y avait encore des filles dehors, Maurice d’Bengele n’a pas voulu aller à la fête. Mais c’est peut-être pas si facile que ça. Et voilà que vient l’exercice le plus difficile : il doit maintenant mettre en ligne une photo de lui et rédiger une description de profil…

D’un geste désinvolte, il fait défiler la médiathèque de son portable. Pas une seule photo où il ne fasse pas une grimace idiote, où il ne fasse pas une moue ou où ne figure pas son ex-copine. Envie de prendre un nouveau selfie ? Ces deux mots, « séier » et « selfie », vont-ils encore ensemble – avec tout le catalogue de questions et de réflexions que cela soulève : où, comment, avec quoi… ? Sa sœur lui a récemment fait remarquer qu’un nombre incroyable d’hommes sur Tinder et autres applications publient des photos d’eux-mêmes en train de brandir un poisson. Ils le font inconsciemment pour montrer aux femmes qu’ils sont de bons chasseurs, forts et puissants. Et surtout, superbes, a constaté sa sœur. À quoi cela ressemblerait-il s’il se prenait en photo avec un gin tonic ? Ou avec Jim Morrison au bras ? Comment cela pourrait-il être perçu et interprété ? Qu’il s’agit d’un soi-disant bon vivant ou d’un alcoolique invétéré ? Un homme digne de confiance, qui sait bien s’y prendre avec les animaux, ou une créature triste avec des poils sur les genoux ? « Je vais simplement poster mon économiseur d’écran de toujours », décide Maurice, une photo d’un bonsaï. Un arbre qui incarne la paix et la sérénité. Peut-être pourrait-on simplement écrire « voir photo » à la place d’une description de profil. Ou alors, on pourrait penser que je suis moi-même un vrai bonsaï, c’est-à-dire : petit, chétif et très volage. Personne ne veut ça. Si c’est le cas, alors on veut un homme qui s’occupe d’un tel arbre. « J’ai un bonsaï », tape-t-il dans l’espace libre sous la photo. Mais ce qui fait toute la différence, c’est quand tout cela devient : tout ce qu’il possède et ce qui fait de lui ce qu’il est. « J’adore m’occuper de mes bonsaïs. » Ça sonne déjà beaucoup mieux. Ou bien le pluriel de « bonsaï » est-il « bonsaïs » avec un « s » ? Ou « bonsaïi » ? En fait, son texte de profil devrait dire : « Quand j’en suis à mon deuxième gin tonic, je réfléchis encore au pluriel de bonsaï »… Finalement, son choix se porte sur tout autre chose. Sur ces deux mots qui lui vont comme un gant : « Homme et célibataire ».

D’autant plus que Maurice explique combien de femmes célibataires de son entourage se sont présentées à lui, il ne comprend vraiment plus pourquoi il n’a pas écouté toutes ces personnes dès le début, qui lui voulaient du bien et lui avaient recommandé ce site. Pourquoi s’est-il tant longtemps opposé à cela ? Même si seule la moitié de ces comptes est réelle, c’est-à-dire sans bots, il est déjà gagnant.

Dans un premier temps, on peut consulter cinq informations sur chaque candidate : son numéro, sa profession, son âge, la première phrase de son profil et une photo floutée. Ce n’est qu’après avoir payé que les photos et la fonction de chat sont débloquées. Parmi les célibataires qui lui sont proposés, on trouve une poignée de médecins, deux femmes travaillant au ministère de la Justice, quelques infirmières et jeunes femmes, toutes âgées de moins de quarante ans. Avec l’une d’entre elles (Fabienne, 38 ans, enseignante en primaire), il a un taux de compatibilité de pas moins de 98 % ! Il envoie immédiatement un cœur à Fabienne. Si elle réagit positivement, il aura alors la possibilité de lui écrire. Enfin, après avoir souscrit un abonnement. Bien sûr, elles doivent bien gagner leur vie. Pour passer le temps jusqu’à ce que Fabienne lui donne signe, il examine son profil de plus près. Sur le côté droit, il y a encore toute une série d’informations qu’il avait négligées dans le feu de l’action. Fabienne mesure 1,67 mètre, a une silhouette normale, ne fume pas, est intelligente et vit avec deux enfants.

« Des enfants », marmonne Maurice d’un air pensif, « des enfants, des enfants, des enfants… » Dans sa tranche d’âge, on trouve naturellement beaucoup de mamans. Cela lui semblait évident, sans qu’il en ait vraiment conscience, quand cela prenait tout son sens. Une plante, pense-t-il, déjà légèrement éméché, qui a d’abord dû trouver les bonnes conditions pour commencer à pousser. Un peu de soleil, un peu de pluie et hop, la plante de la connaissance jaillit du sol. Il est surpris de constater que sa position sur ce sujet était déjà contenue dans ce soleil comique. Comme il est difficile de déterminer s’il appartient à cette catégorie d’hommes capable de s’accommoder d’une relation avec les enfants d’un autre, il est pour le moins certain de vouloir, au moins, tenter l’expérience.

Deux heures plus tard, toujours aucun signe de vie de la part de Fabienne, et Maurice fixe l’écran, désespéré. Il passe en revue tous les profils présentant un taux de compatibilité supérieur à 50 %. Il y en a une de chaque. D’après leur propre description, toutes les femmes célibataires sur ce site ont une silhouette normale, sont honnêtes, ouvertes, ont une attitude positive, et bon nombre d’entre elles sont même très séduisantes. Le taux de divorce et les enfants, comme on le dit, ne sont pas du tout son problème. Ce qui le rend plus méfiant, ce sont les autres points. Quiconque prétend avoir une silhouette normale est probablement en surpoids ou, au mieux, potelé – ce n’est pas ça, la « normale ». Comme on l’écrit si bien, c’est peut-être justement le contraire. « Ouvert » peut tout aussi bien signifier « sans relief », et « attitude positive » renvoie à une mentalité du genre « ça ne peut quand même pas être pire que ça… ». On se moque certes un peu de ces pensées, mais : que se passerait-il si, sur ces pages, ne se trouvaient que des personnes excessivement anxieuses, perdues ou brisées ? Ceux qui n’ont plus juste un petit grain de folie, mais un gros problème bien en chair. Pour les mères divorcées, on peut tout de même imaginer qu’elles soient tout à fait normales, qu’elles fassent justement partie de celles qui n’ont aucune chance dans la vie : Après deux ou trois enfants, l’amour s’est envolé et tout à coup, on se retrouve seule à la fin de la trentaine. Pas de chance. Mais restons honnêtes, ouverts et positifs. Mais les autres… il doit bien y avoir une raison pour laquelle ils sont encore célibataires à cet âge-là. D’un autre côté, lui-même est célibataire. Qu’est-ce qu’il a donc ? Il ne doit pas être le plus grand des minables. Maurice a posté quelque chose dans ce sens sous sa photo de profil : « Je ne suis peut-être pas le plus grand crétin… » Malheureusement, il ne trouve rien d’autre à ajouter. Absolument rien. Il ferait mieux de s’en tenir à « Homme et célibataire ». Peut-être que Fabienne trouvera ce résumé si concis qu’il lui suffira amplement. Qu’est-ce qui est bien écrit chez ces autres hommes ? Surtout chez ceux qui sont divorcés ? Dommage qu’on ne puisse pas jeter un œil là-dessus.

Troisième gin tonic :

« Hond », dit Maurice, déjà assez éméché et plutôt triste, car ni Fabienne, ni aucune des autres filles, ni même un seul message ne lui sont parvenus, « C’est quand tu as pissé au lit pour la dernière fois ? Un revenu annuel dégueulasse ? Tu t’es fait virer ? Allez, ne fais pas cette tête, je plaisante. »

Ce Jim Morrison a vraiment l’air bizarre. Quant à Maurice, il lui faut vraiment beaucoup trop de temps pour se rappeler ce que Valérie lui a dit : Quand un chien renifle l’air comme s’il n’avait rien bu depuis une semaine, mais qu’il a été promené tous les jours, c’est qu’il a un besoin urgent d’aller aux toilettes. Heureusement, Maurice habite juste à côté d’un parc. Il a certes déjà cette toilette pour chat, que Charlotte n’était pas venue récupérer après leur séparation, mais un peu d’air frais ne pouvait certainement pas lui faire de mal ce soir-là.

C’était déjà la deuxième maîtresse de chien qui lui souriait. Maurice était-il donc bête ? Il a un chien pour toute la journée ! Il n’y a rien de mieux pour faire connaissance avec des femmes que d’aller se promener avec un chien. Un chien, c’est une carte de visite. Quelque chose qui dit : « Au diable tous ces mecs en quête de sexe. Je suis prêt à m’engager, fidèle, on peut compter sur moi. » Même quand on découvre ensuite que le chien de Jim n’est pas le sien, il reste toujours quelqu’un à qui d’autres confient leur animal de compagnie – ce qui en dit long sur sa personnalité.

Au-delà du fait que son grand amour le fait courir sur le chemin à chaque minute, il y a quelque chose de particulier à aller se promener avec un petit chien comme celui-là. Certes, Jim est déjà très vieux et marche (même pour un chien de cet âge) extrêmement lentement, mais c’est justement cela qui rappelle à Maurice les petits pas qu’il faisait avec son grand-père. C’était beau de voir comment tout le monde s’écartait pour les laisser passer lorsqu’ils se promenaient tous les deux sur le trottoir, ou avec quelle patience les automobilistes attendaient au passage piéton, simplement parce que son grand-père marchait si lentement qu’on ne pouvait qu’éprouver du respect pour cet effort. C’est ainsi que ses futurs petits-enfants – Michelle, Sarah, Caroline, ou quel que soit le nom que portent aujourd’hui les femmes de moins de 40 ans – apprendront de leur grand-père à marcher d’un pas traînant.

Et la voilà déjà, Michelle-Sarah-Caroline. Elle a une silhouette normale, pas de cigarette à la bouche, mais un immense sourire sur le visage, aussi grand qu’un petit gâteau. Elle s’approche de Maurice, se penche vers Jim Morrison et dit : « Ohhhhh, mais qu’est-ce qu’il a donc, ce pauvre chien ? » « Quoi, qu’est-ce qu’il a ? », se demande Maurice en le regardant d’un air perplexe. Est-ce que le chien s’est simplement égaré parce qu’il a trop traîné sur la route ? S’est-il empêtré dans un buisson et s’est-il blessé ? Lui manque-t-il un œil, une oreille, ou quelque chose d’autre, parce que Maurice n’a pas fait assez attention ? Mais il ne voit aucun changement chez le chien. Il ne comprend pas. Il le regarde à nouveau. Et là, tout à coup, il comprend parfaitement. « Il n’a rien ! », répond-il d’un ton vexé, se frotte longuement contre cette personne indemne et continue son chemin. Il rentre chez lui.

Deux messages sont arrivés sur son compte ; tous deux provenaient de femmes qui, à coup sûr, n’existent pas ou qui font partie de ces personnes qui demandent de l’argent pour leurs servantes. Au final, il a envoyé des tonnes de cœurs, presque à n’en plus finir, pour être honnête, et quel a été le résultat ? Ni une femme avec une caméra de recul, ni une autre avec trois enfants ? Toute cette histoire aurait bien pu finir en pleurs – quelques larmes de crocodile et un quatrième gin tonic –, s’il n’avait pas soudain vu Jim Morrison lui sauter sur les genoux. On dit toujours que les chiens sentent nos émotions et viennent nous réconforter en cas de besoin. Qui sait ? Peut-être qu’ils adorent justement cette odeur, celle des gens tristes, se dit Maurice. Le premier soir, il ne sait d’ailleurs pas trop quoi faire de cette petite bête sur ses genoux. Mais que faire avec un chien, de toute façon ? Le caresser, lui parler gentiment et prendre un selfie avec lui. Dehors, dans la rue, il a vu pour la première fois le petit chien de Valérie tel qu’il est vraiment. C’est-à-dire qu’il ne l’a pas considérée comme un simple accessoire ou une idiote, comme un bruit de fond, mais qu’il l’a vue telle qu’elle est vraiment.

« T’as rien », répète-t-il doucement, mais d’un ton tout aussi convaincu. « Alors, je pense… Tu as un pelage hirsute et ébouriffé, tu es trapu, tu as des bosses bizarres sur les pattes, un museau fripé, des yeux globuleux qui donnent l’impression d’être nés avec un rictus. Mais tu n’as rien !! Regarde, même un vieux lard comme toi – à cause de Jim Morrison, tu devrais en fait t’appeler Mick Jagger – a bien été adopté un jour au refuge. Tout ça, c’est une question de compassion. D’espoir, ou de quoi ? »

Merde. Il faut qu’il aille se coucher de toute urgence. Pas question qu’il revienne ce soir : qu’il dise à Fabienne qu’il se fiche de ses coups, tant qu’il reste au refuge pour animaux, ou pire, qu’il vide tout son compte, ou pire encore, qu’il écrive à Valérie Dommheet. Ça fait longtemps qu’il a fait ça pour la dernière fois. Il n’a toujours rien fait depuis.

Comme le disait Einstein, il reste encore une journée pour devenir fou, n’est-ce pas ?

D’Land publie régulièrement des voix issues de la scène littéraire luxembourgeoise, au rythme des saisons. Nora Wagener s’est inspirée du dernier paragraphe du poème « Journée d’automne » de Rainer Maria Rilke : Celui qui n’a pas de maison aujourd’hui n’en construira plus. / Celui qui est seul aujourd’hui le restera longtemps, / veillera, lira, écrira de longues lettres / et arpentera nerveusement les allées de long en large, quand les feuilles tomberont.