En juin, l’institut Ilres a interrogé des électeurs sur la guerre en Ukraine. 77 % craignaient une extension du conflit. 87 % s’inquiétaient des conséquences économiques. 72 % craignaient des répercussions financières sur leur budget. Ce sont les électeurs des Verts, du CSV et du LSAP qui ont manifesté la plus grande crainte face à la guerre (Polindex 2023, p. 194-197).
Les élections législatives auront lieu dans cinq semaines. La guerre figure dans tous les programmes électoraux. Elle est devenue une guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie. Le Luxembourg, membre de l’OTAN, est partie prenante à ce conflit par le biais de sanctions économiques et de livraisons d’armes. Par conviction, dans la lutte contre l’illibéralisme. Par obéissance envers Washington, Bruxelles et Berlin. Par calcul, pour légitimer moralement un modèle économique.
Le programme électoral du CSV annonce des « livraisons d’armes massives » et des « sanctions sévères contre le régime de Poutine » (p. 109). Les partis prêts à former un gouvernement font la sourde oreille aux craintes de guerre de trois quarts de leur électorat. Ils relèguent toute idée de cessez-le-feu ou de négociations de paix au rang des propos tenus par l’ADR, les opposants à la vaccination et autres illuminés.
Les partis qualifient cette guerre de « guerre pour nos valeurs ». Cela en fait une guerre sainte. Cela exclut tout compromis. Cela favorise l’escalade. C’est ainsi qu’ils se présentent à l’ambassade du boulevard Emmanuel Servais comme aptes à gouverner.
À l’exception de « déi Lénk », tous les partis réitèrent leur serment d’allégeance à l’OTAN. Jusqu’en 2001, les Verts réclamaient la sortie de l’OTAN. Aujourd’hui, c’est eux qui fournissent le ministre chargé des affaires de l’OTAN : grâce à « une multitude de décisions courageuses prises par les Verts […], le Luxembourg est redevenu un membre crédible et respecté au sein de l’OTAN » (p. 47).
Le DP confirme « la dépendance de l’Europe vis-à-vis de son allié américain » (p. 138). Pour le CSV, l’OTAN est « sans alternative » (p. 109). Les partis préféreraient faire des affaires avec les Russes et les Chinois. Or, ils sont désormais censés leur faire la guerre. Les partis s’enthousiasment pour une « politique européenne de sécurité ». Elle a connu le même sort que les gazoducs Nord Stream.
Depuis les dernières élections, le ministre de la Défense vert a doublé les dépenses militaires annuelles pour les porter à un demi-milliard d’euros. Tous les partis promettent de les doubler encore pour atteindre 1 % du produit intérieur brut/revenu national brut. C’est beaucoup d’argent. Mais comparé au billion de dépenses militaires de l’OTAN, cela relève de la politique symbolique.
Avec des dépenses militaires avoisinant bientôt le milliard d’euros, les partis rêvent d’un « keynésianisme de l’armement ». Ils souhaitent « créer en même temps des avantages économiques pour notre pays », selon le DP (p. 135). L’industrie nationale de l’armement doit se concentrer sur « les activités ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) ainsi que sur le développement des technologies spatiales, des communications par satellite et de la cybersécurité », prévoit le LSAP (p. 159).
Pour les Verts, l’« objectif principal » est la « mise en place du bataillon terrestre commun luxembourgeois-belge » (p. 48). Les autres partis se montrent sceptiques. Le LSAP réclame un « principe de codécision » et « un droit de veto pour le Luxembourg » (p. 159). Le CSV réexaminerait « d’un œil critique » la création de ce bataillon (p. 110).
Le CSV souhaite « moderniser et spécialiser l’armée en tant que force de niche » (p. 110). Le DP promet « d’investir en permanence dans la modernisation des capacités de l’armée » (p. 136). Aucun parti ne s’interroge sur l’utilité stratégique de ces investissements pour la défense nationale.
La situation sur le front en Ukraine est dans l’impasse. La guerre par procuration entre puissances nucléaires accroît le risque nucléaire. Aucun programme électoral ne promet la mise en place de structures de protection civile en cas de guerre nucléaire. Cela ne ferait qu’attiser la peur de la guerre sur le front intérieur. Le sort des civils n’est qu’un dommage collatéral.