La semaine dernière, le nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a retenu l’attention. « L’amplitude probable de l’augmentation totale de la température de surface mondiale d’origine anthropique entre 1850-1900 et 2010-2019 est comprise entre 0,8 °C et 1,3 °C, l’estimation la plus probable étant de 1,07 °C », peut-on lire dans *Climate Change 2021* (p. 7).
La période de référence du GIEC commence en 1850. Ce fut une date décisive au Luxembourg : en 1845, le maître de forge August Metz avait fondé à Eich la première fonderie de fer moderne. En 1848, l’entrepreneur de la capitale Jean Nouveau avait acheté une machine à vapeur pour son atelier de tôlerie. En 1851, les frères Godchaux ont mis en service une machine à vapeur dans leur usine textile de la Schleifmühle. En 1859, le chemin de fer a commencé à approvisionner en combustible les machines à vapeur et les hauts fourneaux.
L’écologiste humain suédois Andreas Malm appelle cela « l’accumulation primitive du capital fossile » (Fossil Capital, Londres, 2016, p. 320). « Dans les combustibles fossiles, le temps de la photosynthèse, vieux de plusieurs centaines de millions d’années, est comprimé afin que le travail vivant puisse être condensé » (p. 307).
L’essor du capitalisme industriel s’est également accompagné, dans notre pays, du passage de l’énergie hydraulique, source d’énergie renouvelable, au charbon, source d’énergie fossile. Ce dernier alimentait les machines à vapeur, les hauts fourneaux et stimulait la productivité des travailleurs salariés. Contrairement à l’énergie hydraulique, cette source d’énergie n’était pas liée à un lieu précis ; elle pouvait être transportée et stockée. Elle pouvait faire l’objet d’une propriété privée. Seule sa fumée relevait du bien commun.
La disponibilité quasi illimitée des sources d’énergie fossiles a permis une accumulation illimitée de capital. La pression concurrentielle qui pousse à investir du capital pour en générer davantage, lequel doit à son tour être réinvesti, est également appelée « croissance économique ». Sans perspective de plus-value, aucun Metz, Nouveau ou Godchaux ne mettrait son argent en jeu.
Ce ne sont pas les citoyens qui décident d’investir dans des machines fonctionnant au charbon, puis au pétrole, ni dans des centrales électriques, des usines, des raffineries ou des stations-service. Ce sont les détenteurs de capitaux qui prennent ces décisions. Et ils sont très peu nombreux. Affirmer que le changement climatique est « d’origine humaine » n’est pas faux, mais trompeur.
La ministre verte de l’Environnement, Carole Dieschbourg, croit elle aussi au « péché originel » écologique de l’humanité : « Cela concerne tout le monde, donc tout le monde doit agir » (Tageblatt, 11 août 2021). Peut-être voulait-elle dire que tout le monde doit payer.
Le rapport du GIEC est le sixième du genre. Depuis 31 ans, chacun d’entre eux dit la même chose : il est grand temps d’agir. Il estime que, au cours des prochaines décennies, les changements climatiques pourraient s’avérer plus marqués sous nos latitudes que la moyenne mondiale. La hausse de la température moyenne, le nombre de journées de canicule, l’intensité des précipitations et l’amincissement du manteau neigeux devraient tous augmenter de quelques degrés, pourcents ou millimètres supplémentaires (interactive-atlas.ipcc.ch).
Le gouvernement, les expertes et les lobbyistes se réunissent dans des salles de conférence climatisées. Ils misent sur le fait que, dans un pays riche, les classes moyennes et supérieures sauront se mettre à l’abri même lors des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations. Comme lors de toutes les crises précédentes. Ils veulent freiner le changement climatique, mais dans le respect des lois du marché. Avec des fonds publics pour le financement de démarrage. Ils font de la protection du climat une activité commerciale, au même titre que la fraude fiscale et le tourisme à la pompe. Un secteur en pleine croissance avec les quotas d’émissions de dioxyde de carbone, les fonds d’investissement verts, les panneaux solaires et les voitures électriques.
La porte-parole de Jonk Gréng, Tanja Duprez, se réjouit que « le changement climatique ait également des effets positifs dans certains domaines ». Il aurait « manifestement encore amélioré la qualité du riesling luxembourgeois et des cépages bourguignons » (Luxemburger Wort, 14 août 2021). Les victimes de la sécheresse à Madagascar savent l’apprécier.