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Cinéma 4 min de lecture

un vent de renouveau

Marathon télévisuel

Article paru dans Édition juillet 2022
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Après avoir remporté un succès d’audience considérable avec la série de néo-western « Yellowstone » sur Paramount+, la plateforme de streaming de la grande société de production hollywoodienne, le scénariste, producteur et réalisateur Taylor Sheridan revient sur les origines de cette série à succès avec la série dérivée « 1883 ». 1883 se veut une préquelle de Yellowstone et retrace comment la famille de ranchers Dutton est parvenue à acquérir cette parcelle de terre tant convoitée, pour laquelle on se bat encore aujourd’hui dans Yellowstone.

Avant de pouvoir aborder le contenu de la série « 1883 », il faut remettre en question, voire écarter, la stratégie marketing présentée plus haut, qui empêche d’avoir un regard impartial sur cette nouvelle série western. D’une part, il s’agit bel et bien d’un projet de Taylor Sheridan et les thèmes abordés s’inspirent indéniablement de ses œuvres précédentes. Mais d’autre part, on ne peut parler d’une série préquelle que dans une certaine mesure, car à aucun moment le nom « Dutton » n’est réellement déterminant, de quelque manière que ce soit, pour le récit ultérieur, et 1883 n’apporte d’ailleurs aucune éclaircie sur les circonstances encore inexpliquées concernant la galerie de personnages de Yellowstone. C’est du point de vue de la jeune Elsa Dutton (Isabel May) que l’on raconte comment elle et sa mère Margareth (Faith Hill) rencontrent son père James Dutton (Tim McGraw) et partent ensemble vers l’ouest avec le veuf Shea Brennan (Sam Elliott) et de son partenaire Thomas (LaMonica Garrett), partent vers l’Ouest pour s’y installer.

1883 illustre de manière saisissante l’un des éléments fondamentaux du western, à savoir la manière dont une société se soude ; un mélange composé d’Afro-Américains, encore esclaves il y a peu, de colons allemands et français, qui parviennent à surmonter leurs contradictions internes, leurs lacunes, mais parviennent en même temps à gagner le respect de chaque individu impliqué et à considérer de plus en plus cet objectif commun comme le vecteur d’un grand sentiment de communauté libre. Tout cela se déroule dans un mouvement dramatique constant ; s’arrêter en cours de route signifierait une mort certaine. À travers des images extrêmement stylisées, avec un soin particulier apporté à l’utilisation de la lumière naturelle, la caravane de colons est mise en scène dans les vastes étendues de la prairie baignée de soleil. On y ressent un élan d’optimisme auquel le destin de l’individu se soumet volontiers – tout cela correspond à l’image mythologique et poétique de la naissance de la société américaine, issue de l’épreuve commune des individualistes.

Dans une voix off, cette Elsa Dutton livre son monologue intérieur ; elle évoque la « domptage » imminent du pays, et l’on a peu à peu l’impression qu’elle possède une clairvoyance qui échappe aux hommes. Sheridan s’inscrit ainsi dans le mythe du personnage féminin du western en tant qu’élément réducteur d’ordre, en tant que regard extérieur dont le chaos dominant, dominé par les hommes, a un besoin urgent. D’un autre côté, la femme est avant tout mise en scène à travers des traits masculins : sa volonté de se battre, sa disposition non seulement à se mettre physiquement en danger, mais aussi à utiliser des armes à feu, font de 1883 une série qui s’inscrit dans l’univers parfois individualiste, archaïque et brutal de Taylor Sheridan. Il en allait déjà ainsi avec le personnage d’Emily Blunt, Kate Macer, l’agent idéaliste de Sicario (2015), réalisé par Denis Villeneuve. On peut donc facilement déduire de 1883 la légitimation du code selon lequel la famille Dutton dans Yellowstone ou les agents des stupéfiants de Sicario agissent encore aujourd’hui : œil pour œil, dent pour dent. Certes, Sheridan aborde ici une fois de plus les questions de justice – inévitablement une sorte de justice frontalière qui perdure même lorsque les protagonistes conduisent des voitures au lieu de monter à cheval et utilisent des téléphones portables au lieu d’un Winchester – même si la frontière avec l’Ouest a disparu depuis longtemps, ou plutôt s’est déplacée vers le sud, le long du Mexique.