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Cinéma 4 min de lecture

Levez tous les bras en l’air. Allez !

Avec l'arrivée des premiers blockbusters américains depuis des mois, on comprend enfin. Si, lors des concerts « Covid-Check », c'est la foule devant la scène qui fait l'expérience du concert, au cinéma, depuis cette…

Article paru dans Édition juillet 2021
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Avec l’arrivée des premiers blockbusters américains depuis des mois, on comprend enfin. Si, lors des concerts « Covid-Check », c’est la foule devant la scène qui fait l’expérience du concert, au cinéma, depuis cette semaine, c’est l’inverse qui semble se produire : les petits films qui ont permis aux salles de cinéma de se maintenir à flot dans notre pays constituaient une alternative extrêmement intéressante à la programmation habituelle. Néanmoins, l’absence des grosses productions de l’usine à rêves se faisait clairement sentir.

Aujourd’hui, les concerts en plein air « Covid-Check » et In The Heights ont justement cela en commun : le fait qu’en l’espace de quelques instants, on a l’impression que ces 15 derniers mois n’ont jamais existé.

In The Heights s’attache à brosser le portrait du quartier new-yorkais de Washington Heights, situé dans la partie nord de Manhattan, et de sa communauté latino-américaine. Au cœur de cette galerie de personnages se trouve le protagoniste principal, Usnavi, et sa « bodega » : une épicerie où l’on trouve de tout et qui sert de point de ralliement à tout le quartier. Usnavi et les autres personnages mènent leur vie tant bien que mal, mais avec une joie de vivre inébranlable ; ils ne manquent pourtant pas une occasion de réfléchir à la gentrification du quartier et de se perdre dans leurs rêveries : un gain à la loterie, les études de leur fille dans une université prestigieuse ou – le rêve d’Usnavi – le retour dans leur pays d’origine, la République dominicaine. À noter d’ailleurs qu’*In The Heights* est une comédie musicale.

Son auteur, Lin-Manuel Miranda, s’est fait connaître en Europe continentale au plus tard lorsque sa comédie musicale de Broadway Hamilton a été diffusée ici aussi sur la plateforme de streaming Disney+. Mais dix ans plus tôt déjà, aux États-Unis, ce musicien, producteur et rappeur avait renouvelé le concept typiquement américain de la comédie musicale de Broadway avec son premier succès In The Heights . Près de 16 ans plus tard, l’adaptation cinématographique doit désormais faire face à des enjeux et à un contexte tout à fait différents. Ce qui pourrait ne pas vous plaire : ce film hollywoodien est censé relancer la machine cinématographique aux États-Unis, alors que les salles rouvrent, et attirer de grandes foules dans les salles. De plus, In The Heights , avec son casting latino, envoie un signal fort et se doit de prendre position sur la politique d’immigration de l’après-Trump. Et bien sûr, ce doit être une comédie musicale cinématographique irréprochable.

Des éléments empruntés à la culture pop des dernières décennies refont sans cesse surface : West Side Story, par exemple, ou la pizzeria de Sal dans Do The Right Thing de Spike Lee. In The Heights est également le fruit de ces ingrédients postmodernes. Mais la mise en scène de Jon M. Chus met en valeur la fluidité textuelle et musicale issue de la plume de Miranda et de Quiara Alegria Hudes. La caméra d’Alice Brooks est en mouvement permanent et accompagne les rimes pas à pas. Bien sûr, il serait facile de qualifier l’ensemble de clip vidéo beaucoup trop long. Mais ce mouvement perpétuel peut aussi être compris comme le prolongement formel de l’aspiration des « dreamers » (ces migrants arrivés aux États-Unis alors qu’ils étaient encore mineurs) à se construire un avenir aux États-Unis. La mise en scène du film et de la comédie musicale revêt ainsi une dimension politique.

En comparaison directe, les gestes et les déclarations politiques plus engagés semblent assez simplistes. Par exemple, lorsqu’il est fait allusion à la dernière présidence ou au racisme systémique aux États-Unis. Et tous les numéros ne font pas mouche, l’alchimie entre les personnages ne fonctionne pas toujours comme elle le devrait, et le débat sur la représentation au sein de la communauté latino-américaine prend des proportions absurdes. Surtout, le film dure au moins une demi-heure de trop.

Anthony Ramos, dans le rôle d’Usnavi, apporte en tout cas une présence rafraîchissante. In The Heights est, tout comme l’autre grand film de Jon M. Chu sur la représentation Crazy Rich Asians, une œuvre aux finitions impeccables. Mais cela se prête davantage à l’excuse dans une comédie musicale que dans d’autres genres. Et qui sait : peut-être que la comédie musicale au cinéma connaîtra une renaissance. Il y a quelques jours à peine, la comédie musicale de Leos Carax Annette a ouvert le Festival de Cannes. Il serait en tout cas souhaitable que le public se retrouve à nouveau sur scène et devant le grand écran. Y compris, bien sûr, dans le cadre de comédies musicales.