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Cinéma 6 min de lecture

Une histoire de sang dans la séduisante Vienne

« La Comtesse sanglante » d’Ulrike Ottinger (une production Amour Fou) séduit par ses images somptueuses et ses dialogues pleins d’esprit. Le film se perd toutefois dans son esthétique

Article paru dans Édition mars 2026
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Il existe de nombreuses histoires de vampires. Mais celle-ci est particulière. En effet, son personnage principal est considérée comme l’ancêtre de tous les vampires : Erzsébet Báthory, née en 1560, issue de l’une des plus puissantes familles de magnats de Hongrie. On raconte que la comtesse aurait tué et dévoré plus de 300 femmes innocentes de la manière la plus cruelle qui soit. Mais le nombre exact de ses victimes reste incertain. Une légende effrayante qui ne demande qu’à être portée à l’écran. Et en effet, il existe déjà une demi-douzaine de films sur la comtesse Báthory qui, selon la légende, se baignait dans le sang de jeunes femmes afin de conserver son apparence radieuse et juvénile.

Lorsque la distribution a été dévoilée, la tension est montée d’un cran, car ce n’est nulle autre que l’icône du cinéma français Isabelle Huppert qui incarne la « comtesse sanglante » dans cette comédie d’horreur d’Ulrike Ottinger, produite par la société de production luxembourgeoise Amour Fou. On y retrouve également, entre autres, le Luxembourgeois André Jung, et même « Conchita Wurst » y fait une brève apparition. C’est avec impatience que l’on attendait la première mondiale de *La Comtesse sanglante* à la Berlinale, où le film a été présenté dans la section Special Gala.

Un casting prestigieux avec Isabelle Huppert dans le rôle de la comtesse sanglante

Elfriede Jelinek a par ailleurs collaboré au scénario d’Ulrike Ottinger, ce qui lui a permis d’être représentée à deux reprises de manière remarquable à la 76e Berlinale avec des coproductions luxembourgeoises (l’autre film étant *Liebhaberinnen* de Koxi). Le scénario est écrit de manière originale et séduit par son jeu de mots. Bien que cet humour ne soit pas du tout caractéristique de Jelinek, les dialogues sont captivants.

La comtesse Báthory, surnommée « la comtesse sanglante », est élégante, intelligente, stratège et visionnaire : une femme du monde. C’est une séductrice qui connaît son charme et qui exerce un contrôle total sur son environnement et les personnes qui l’entourent. Partout où elle apparaît, le monde tourne autour d’elle. Le décor est ici la Vienne historique, filmée dans toute son opulence et son mystère (image : Martin Gschlacht). Sûre d’elle, la comtesse sanglante arpente avec aisance les ruelles baroques et les salles majestueuses, parlant allemand et français, ou glisse sur les canaux de Vienne. En tant que spectatrice, on ne peut échapper ni à la beauté mystérieuse de la ville, ni au charme d’Isabelle Huppert.

Vienne, une toile de fond somptueuse

La façon dont la comtesse sanglante, dans le deuxième décor, glisse majestueusement dans une barque rouge sang à travers un canal souterrain (Hinterbrühl) est fascinante. Tandis que l’eau scintille de manière prometteuse, les grottes et les entrées latérales s’y reflètent. La comtesse sanglante se tient à la proue, telle une reine hors du temps. Sur les parois du bateau résonne la mélodie de l’opérette *Die Fledermaus*, dans des arrangements et des instrumentations allant du sucré-excentrique au dissonant : une ouverture grandiose qui montre d’emblée à quel point Vienne sert de décor majestueux dans le film.

Une rumeur attire la comtesse hors de sa crypte, après des décennies de sommeil, pour la ramener dans la Vienne d’aujourd’hui : La rumeur court qu’il existe un livre capable de transformer un monstre en être humain dès qu’une larme sincère tombe sur ses pages : « On dit que même un vampire, s’il versait ne serait-ce qu’une seule vraie larme sur le livre, redeviendrait un simple mortel », apprend-on. Elisabeth Báthory veut désormais détruire cet ouvrage afin de sauver à la fois la dynastie familiale de suceurs de sang, sa propre peau et, surtout, son existence de vampire. Elle s’enregistre donc sans plus attendre à son hôtel habituel, le « Reine de Hongrie », situé dans la rue du Sang, où elle est chaleureusement accueillie par un veilleur de nuit vieillissant (Branko Samarowski dans le rôle du factotum).

Des chasseurs de vampires excentriques et insolites

Sa fidèle servante Hermine (Birgit Minichmayr, excentrique et forte) accourt immédiatement. Elle vénère la comtesse sanglante sans réserve. À peine a-t-elle aperçu son ancienne maîtresse qu’elle laisse tomber l’aspirateur de marque Vampyr et se précipite à son service. Sans hésiter, elle fourre un tract d’avertissement dans l’aspirateur Vampyr.

Avec le professeur Theobastus Bombastus (André Jung), petit et rondouillet, et son collègue, le professeur Nepomuk Nachbiss (Marco Lorenzini), ce sont deux personnages excentriques qui font aussitôt leur apparition dans le hall de l’hôtel : des chercheurs internationaux partis à la chasse aux vampires. Le neveu de la comtesse sanguinaire, Rudi Bubi Baron von Strudl zur Buchtelau (Thomas Schubert, récemment fantastique dans *Roter Himmel* de Christian Petzold dans le rôle d’un écrivain agacé), que l’on appelle simplement « Bubi », fait office de contrepartie à la comtesse. Il se lance sur la piste de la légende du livre presque en même temps que les vampirologues, mais est sans cesse ramené à la raison par son psychothérapeute narcissique, Theobald Tandem.

Efféminé, timide, mais intelligent, il a tourné le dos à ses origines de vampire. Végétarien, vêtu d’un costume vert et d’un chapeau, il préfère s’installer au café et grignoter des « Buchteln » frais plutôt que de boire du sang. Lorsque trois étudiants d’une fraternité pratiquant le « Schlagen » font irruption dans le café et malmènent Bubi, cela constitue également une prise de position politique à une époque où, en Autriche, les fantômes du FPÖ ont le vent en poupe partout. Leur entrée en scène grotesque fait à la fois sourire et frissonner, tandis que Bubi, sans méfiance, se contente de hausser les épaules en admettant : « Toutes les associations pratiquant le duel n’ont pas forcément des arguments convaincants. »

Dès le début, on voit la comtesse sanguinaire en train de sucer le sang d’une jeune fille dans des toilettes publiques, mais élégantes. Cependant, ces envies de sang et ces scènes sanglantes restent secondaires dans le film. Les vrais fans de films de vampires risquent d’être déçus.

À mourir de rire : Conchita Wurst en maîtresse de cérémonie

Le film est ainsi porté par un humour noir qui se déploie à travers une succession d’épisodes bizarres. La scène la plus drôle et la plus décalée est sans aucun doute celle où Conchita Wurst fait son entrée et entonne, de manière pathétique et exagérée, sa chanson du Concours Eurovision de la chanson. Extraordinaire, mais aussi un peu étrange, cela ne s’intègre pas tout à fait dans l’ensemble, c’est un ajout un peu trop tape-à-l’œil.

Le résultat est un beau film, soigneusement composé sur le plan esthétique. On ne se lasse notamment pas d’admirer Isabelle Huppert. Mais le film se met parfois lui-même des bâtons dans les roues avec son esthétique : malgré de nombreux passages amusants et des personnages drôles et singuliers, le film semble par moments assez artificiel. Comme pris dans un tourbillon, on suit, stupéfaits, l’intrigue effrénée qui – comment pourrait-il en être autrement – se termine en apothéose. Malgré ses images grandioses, *La Comtesse sanglante* nous laisse perplexes, à nous frotter les yeux.