Qu’est-ce qui relie Anise Koltz et Sophia de Mello Breyner ? Dans leurs pays d’origine, ce sont des personnalités emblématiques d’un domaine culturel (la littérature)… Anise Koltz est l’une des écrivaines luxembourgeoises contemporaines les plus importantes. En 2008, elle a reçu le Prix Servais, puis en 2018 le Prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre. Sophia de Mello Breyner Andresen était une autrice portugaise de premier plan. En 1999, elle a été la première femme à recevoir le prix littéraire le plus prestigieux de l’espace lusophone, le Prémio Camões. Les portraits des deux autrices ont été peints par les artistes portugais Pedro Amaral et Ivo Bassanti dans le cadre d’une résidence d’artistes en 2018, puis exposés sous forme de peintures murales tant dans des centres culturels (Centre Culturel Portugais – Camões) que dans l’espace public au Portugal et au Luxembourg.
Le court-métrage Borderlovers de François Baldassare rassemble des instantanés du processus créatif du duo Amaral et Bassanti et rend compte de la pression à laquelle les artistes ont été soumis pour réaliser une quarantaine de portraits en deux semaines. – Un défi qu’ils ont relevé avec motivation et humour. Il s’agit du troisième film de Canopée Produktion asbl., qui a été présenté en avant-première en ligne en mars dernier dans le cadre du festival openscreen@LuxFilm et qui vient d’être présenté au 74e Festival de Cannes dans le cadre du Short Film Corner. Cette année, « Borderlovers » est la seule contribution luxembourgeoise parmi les courts-métrages présentés à ce festival.
Dès son film *Saltimbanques : Un portrait sur la joie*, le réalisateur Baldassare avait démontré son talent pour capturer avec sensibilité les personnes devant la caméra. Ce court-métrage, consacré à Sonia Lettmann, une musicienne de rue de 82 ans débordante d’énergie qui parcourt la France à pied avec deux chansons et un accordéon cassé, a été présenté en 2015 au Short Film Corner de Cannes, où il a reçu des critiques élogieuses.
L’idée de Borderlovers a vu le jour en 2010 ; en juin 2018, le duo s’est installé dans la résidence d’artistes de l’association Canopée asbl. à Luxembourg. Leur projet consistait à présenter dans l’espace urbain des portraits peints de personnalités luxembourgeoises et portugaises issues du monde des arts (peinture, cinéma, littérature et musique). En un clin d’œil, ils ont transformé la salle de répétition en atelier de peinture.
En seulement 15 jours, les 40 tableaux devaient être peints et exposés. À un moment donné, François Baldassare a spontanément sorti sa caméra et s’est mis à filmer le duo d’artistes. « Grâce à mes voyages, j’ai compris qu’on pouvait s’installer avec très peu de choses », explique l’artiste Bassanti, assis au début à la table de la cuisine, entre des pots de peinture et des canettes de bière. Puis la caméra se tourne vers l’atelier improvisé et on voit les peintres tracer des portraits et remplir les surfaces au pinceau avec des couleurs acryliques intenses.
Les premières œuvres ont été présentées à l’occasion de la fête nationale portugaise au Centre culturel portugais – Camões, puis une demi-douzaine de murs de la ville de Luxembourg ont été décorés de ces peintures murales. On y voit la « Gëlle Fra » trôner aux côtés de Trixi Weis et Michel Rodange. À chacune de ces célébrités luxembourgeoises ont été associées des personnalités portugaises issues du monde de la culture. Sur le mur du marché aux poissons, on peut ainsi voir les peintres Almada Negreiros et Joseph Kutter. À Clausen, on peut voir les cinéastes Pol Cruchten et Pedro Costa, tandis que sur les murs de l’ancienne Bibliothèque nationale figurent Sophia de Mello Breyner et Anise Koltz. Au générique de fin, on entend les rythmes de « Mir wëllen iech ons Heemecht weisen » de Serge Tonnar.
Cette comparaison fait sourire, car si les visages des artistes luxembourgeois sont sans doute connus de tous les amateurs de culture au Grand-Duché, en revanche, peu de gens dans notre pays connaissent les artistes portugais. Ce projet est une nouveauté dans la mesure où il met en lumière le travail des artistes portugais au Luxembourg et jette un pont entre les deux scènes culturelles. – Compte tenu de la deuxième plus grande communauté vivant dans le pays, un tel projet aurait dû être une évidence depuis longtemps. Même si l’approche interculturelle peut sembler un peu forcée, Borderlovers n’en reste pas moins un court-métrage divertissant qui saisit avant tout la joie de la collaboration entre ces deux artistes excentriques.
Borderlovers de Françoise Baldassare ;
Avec : Pedro Amaral et Ivo Bassanti. Production : Tessy Fritz/Canopée Produktion asbl. ;
24 min 41 s, en anglais