Le phénomène naturel qui donne son titre au film, la supernova, ouvre le nouveau long métrage du réalisateur et acteur Harry Macqueen. Cela dit, le terme « phénomène naturel » n’est sans doute pas le plus approprié dans le contexte de cet événement intergalactique. Une supernova est l’éclat qui accompagne l’explosion d’une étoile lorsque celle-ci arrive en fin de vie. Si la chaleur et l’énergie libérées par une telle supernova peuvent être consignées scientifiquement sur le papier, elles restent pourtant difficiles à appréhender rationnellement. Macqueen enchaîne le ciel étoilé, désormais privé d’un point lumineux, avec l’image de deux mains qui s’entretiennent. Ce qui est beau, ce qui est sublime, et la question de savoir si ces deux images ne sont pas finalement plus proches l’une de l’autre que les années-lumière qui les séparent en réalité : voilà ce dont traite Supernova.
Ces mains appartiennent aux deux personnages principaux, Sam et Tusker, incarnés respectivement par l’Anglais Colin Firth et l’Américain Stanley Tucci. Ces deux hommes d’âge mûr forment un couple bien rodé depuis longtemps et, au début de l’intrigue, ils sillonnent le Lake District, dans le nord-ouest de l’Angleterre, en caravane, accompagnés de leur chien. Sam est au volant, tandis que Tusker, lunettes de lecture sur le nez, se penche sur la carte. Ils se disputent sur les avantages et les inconvénients d’un système de navigation électrique, tandis que leur chien somnole tranquillement, sans prêter guère attention à ses maîtres. Tous deux se rendent chez les amis et la famille de Sam, et à la fin du voyage, un piano de concert attend Sam, pianiste professionnel, auquel il a tourné le dos pour des raisons inexpliquées. Mais ce voyage est assombri par un événement bien plus dramatique. Tusker, le compagnon de Sam, auteur et bon vivant, a reçu un diagnostic de démence précoce. Ce voyage, qui semblait au départ relaxant, prend alors une tournure existentielle.
« Supernova », de Harry Macqueen, s’inscrit dans la catégorie encore très restreinte des films qui mettent en scène les histoires d’un couple homosexuel d’un certain âge. *Deux*, le premier film de Filippo Meneghetti coproduit par Tarantula, peut être cité dans le même souffle, même si le duo Sukowa/Chevalier a dix ans de plus que Colin Firth et Stanley Tucci. Alors que dans le film de Meneghetti, le couple de lesbiennes doit encore défendre son amour et sa vie commune, ce n’est plus un sujet chez Macqueen. L’entourage du couple est extrêmement attentionné et compréhensif, et leur fidèle caravane ne fait pas de caprices pendant le voyage. L’attention de Macqueen se porte tout à fait ailleurs. Que *Supernova* soit un film sur la vie et la mort devrait être évident pour quiconque a déjà vu un mélodrame. Et si la fin est, d’une certaine manière, tout à fait prévisible, le réalisateur et scénariste Macqueen utilise cette prévisibilité pour réfléchir cinématographiquement à tout autre chose. Le deuil prématuré d’un être cher.
Cela ne se produit bien sûr pas seulement entre les personnages, mais aussi entre le film et son public.
« Supernova » donne en tout cas, de bout en bout, toutes les raisons de se laisser envahir par la mélancolie. Que ce soit le couple, qui est très proche l’un de l’autre et dont la dynamique est secouée de manière sobre par des moments, aussi subtils soient-ils, ou le regard de l’animal de compagnie qui n’est plus tout jeune, ou tout simplement la manière dont le légendaire directeur de la photographie Dick Pope – compagnon de route de longue date de Mike Leigh, notamment pour *Secrets & Lies* et *Mr. Turner* – capture les paysages du Lake District anglais. Les tons bruns et orangés, humides et automnaux, des arbres, des herbes et du soleil bas dans le ciel viennent contrebalancer le gris du ciel et de l’asphalte sur lequel le couple avance, soulignant ainsi la vie psychologique intérieure des deux personnages. Macqueen met en scène un drame tout en douceur, qui n’en devient jamais vraiment un, mais qui place au centre la fugacité de la vie et de la vie à deux, sans pour autant perdre de vue la vie elle-même.
Les critiques qualifient, comme à leur habitude, la complicité entre Colin Firth et Stanley Tucci de « grandiose ». Il n’en reste pas moins que Firth, depuis *Tinker Taylor Soldier Spy* et *A Single Man* – même si cela aiderait son personnage de ne pas être autant en décalage avec la réalité –, et Tucci, depuis *Spotlight*, n’ont plus été aussi brillants et ne se complètent plus aussi bien. Cela apparaît clairement, au plus tard, dans une scène très précise du dernier tiers du film. « Supernova » est d’ailleurs aussi un road-movie qui, à l’instar de ses personnages, a conscience de sa fin. Ce qui ne signifie toutefois pas que l’on ne puisse pas, malgré les efforts constants requis par le voyage et la fin inévitable de celui-ci, prendre conscience de la beauté et de la grandeur du temps passé ensemble et de l’environnement.