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Passer la nuit chez les Kabais

Depuis le week-end dernier, les deux premiers refuges de randonnée du Minetttrail, sur un total de onze, ont ouvert leurs portes – avec un certain retard. Une tâche difficile pour de nombreuses communes

Article paru dans Édition août 2022
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À Rümelingen, la route goudronnée longe le Musée national de la mine et l’entrée de l’ancienne mine, puis se rétrécit progressivement. Un parking pour bus, derrière lequel se trouve le nouveau bâtiment – enfin, l’ancienne maçonnerie, dont l’entrée donne sur une petite cour, derrière laquelle se trouve la porte vitrée du nouveau « Kabaischen ». Un ouvrier est encore en train de serrer les vis de la serrure, mais pour le reste, tout est prêt. À l’intérieur, ça sent le bois frais. « Seules ces lampes-là ne me plaisent pas trop », déclare Henri Haine, maire (LSAP) de Rumelange. Au-dessus de sa tête pendent des lampes blanches qui illuminent toute la grande salle. Les lampes, c’est une question de goût, mais pour le reste, Henri Haine est fier du travail que sa commune a accompli en collaboration avec les architectes et les artistes. Il est convaincu que le Kabaischen va enrichir l’offre touristique de Rümelingen. Il est assis sur le banc en bois dans la cuisine du Kabaischen, qui fait également office de hall d’entrée. De là, un demi-escalier mène aux deux chambres du haut, tandis que quelques marches descendent vers les deux chambres du bas. Sur le mur intérieur, un relief représentant un grand arbre s’étend sur les deux étages ; il s’agit d’une œuvre d’art de Martine Feipel et Jean Bechameil.

Depuis le mois d’avril déjà, les onze refuges du Minetttrail auraient dû être ouverts. Les randonneurs qui parcourent les 90 kilomètres du sentier reliant Bettembourg à Clémency en passant par Dudelange, Esch et Petingen auraient dû pouvoir passer la nuit dans les nouveaux refuges situés le long du parcours. Depuis près d’un an, l’Office Régional du Tourisme Sud (ORT Sud) reçoit des demandes de réservation. Au total, 35 au cours des deux premières semaines de juillet, précise Lynn Reiter, cheffe de projet à l’ORT Sud. Pendant des mois, ils ont dû faire patienter les demandeurs, ne pouvant pas encore indiquer quand les « Kabaisercher » ouvriraient leurs portes. Désormais, sans tambour ni trompette, les deux premières sont disponibles à la réservation : le « Floater » situé sur le grand bassin près du château d’eau de Dudelange et l’ancien bureau de l’Arbed à Kayl. L’ouverture de la troisième « Kabaiser » à Rumelange est annoncée. À Bettembourg, un hébergement voit le jour à l’entrée du Parc Merveilleux ; au musée en plein air du Fond-de-Gras, dans un ancien wagon de train ; à Schifflingen, Lasauvage, Esch, Belvaux, Bergem et Linger, de nouveaux bâtiments sont construits ou d’anciens sont réaménagés. L’ORT Sud a collaboré avec l’Ordre des Architectes et Ingénieurs-Conseils (OAI) pour le compte des « Kabaisercher ». C’est ainsi que l’idée de simples refuges de randonnée s’est rapidement transformée en un concept d’hébergements au design exceptionnel. En 2020, l’OAI a organisé un concours d’architecture afin de sélectionner les projets destinés aux communes. Il était également prévu d’associer des artistes à la réalisation. Cela a été un succès pour la majorité des projets. Les cabinets d’architectes et les artistes ont cherché, dans leurs projets de construction, à établir un lien avec le Minett, l’industrie de l’acier et du minerai de fer. Beaucoup réaménagent d’anciens bâtiments plutôt que d’en construire de nouveaux. Ils devraient être achevés deux ans plus tard, juste à temps pour la saison de randonnée de l’année de la Capitale de la culture. Alors que le concept des « Kabaisercher » a été élaboré au niveau régional par plusieurs acteurs, la mise en œuvre des différentes cabanes incombe aux communes. Pour les petites communes du sud, il s’agit de projets titanesques que certaines n’ont menés à bien qu’au prix de grands efforts.

L’équipe de Heisbourg Strotz Architects (HSA) s’est contentée de rénover la façade de l’ancien bâtiment administratif de la mine de minerai de fer de Rümelingen et de la rendre durable pour les décennies à venir. En revanche, l’ensemble de la structure intérieure en bois est neuve. Cela a représenté un véritable défi pour l’équipe d’architectes. « La difficulté résidait dans les délais très serrés. Pour pouvoir les respecter, nous avons monté la structure en bois sur le parking afin de pouvoir rénover la maçonnerie en parallèle. » L’ensemble de la structure intérieure à deux étages, comprenant la cuisine, les couchettes et les salles de bains, a d’abord été monté à côté du bâtiment, puis hissé à l’intérieur à l’aide d’une grue. « Avant cela, je n’ai pas bien dormi pendant une semaine », se souvient Heisbourg. « D’un point de vue statique, on peut facilement faire les calculs, mais quand on soulève le bâtiment, beaucoup de choses peuvent mal tourner. Le soir du 19 novembre, j’étais vraiment soulagé quand tout a été terminé. » En effet, à l’endroit le plus large, il y a huit centimètres d’espace entre le mur intérieur et le mur extérieur, et trois centimètres à l’endroit le plus étroit. « Les caissons en bois devaient être parfaitement alignés ; nous avons créé un modèle 3D à cet effet. Mais une maçonnerie ancienne n’est jamais droite, elle présente des déformations. C’était la grande inconnue. La structure en bois suspendue à la grue devait être hissée à l’horizontale. Il ne fallait absolument pas qu’il y ait de vent. » La manœuvre était une expérience. Heisbourg n’était pas le seul à avoir mal dormi avant l’opération : sa collaboratrice Stefania Staltari, la commune de Rümelingen et les responsables de Prefalux ont eux aussi eu des sueurs froides. L’entreprise de construction Prefalux était chargée de l’opération de levage par grue ; pour elle aussi, c’était la première tentative de ce genre.

La collaboration avec les artistes a également constitué un défi. HSA a associé le couple d’artistes Martine Feipel et Jean Bechameil à la conception. Mais leurs méthodes de travail et leurs priorités sont très différentes. « Nous, les architectes, avons une porte qui doit s’ouvrir », explique Heisbourg. Mais Martine Feipel et Jean Bechameil ont transformé les portes des chambres et l’étroite partie de mur qui les sépare en un arbre s’étendant sur deux étages. On devine la poignée de la couchette inférieure au toucher, parmi les branches de l’arbre. « On entre dans la pièce en passant par l’œuvre d’art », explique Martine Feipel. « Dans notre travail, il est important pour nous d’intégrer l’art dans le quotidien. Il ne s’agit pas seulement de créer de l’art conceptuel sous une forme abstraite, mais quelque chose de concret. » Les artistes ont réalisé le relief dans leur atelier à Bruxelles ; pour cette grande œuvre d’art, ils ont dû faire fabriquer une table sur mesure et un cadre en aluminium pour le transport jusqu’à Rümelingen. « Le relief s’étend sur deux étages. On a l’impression que l’arbre maintient l’ensemble comme une colonne. Nous voulions faire entrer la nature dans le bâtiment, afin que les visiteurs puissent s’immerger dans cet univers naturel. Cela symbolise la transition de l’industrie vers la nature. Autrefois, la nature était exploitée par l’homme ; aujourd’hui, elle reprend ses droits sur ce lieu. On le voit bien à la mine : la nature y a repris le dessus. » De plus, certaines pierres ont été retirées de la maçonnerie de la façade et remplacées par des nichoirs en céramique. « Le nid se trouve derrière l’entrée », explique Martine Feipel. « Nous avons réalisé l’entrée de manière colorée et imaginative, en céramique et en émail. »

Le « Kabaischen » de Rümelingen a coûté près de 900 000 euros, au lieu des 300 000 euros plus TVA prévus dans le cadre du concours d’architecture. Le ministère du Tourisme subventionne la moitié des coûts de construction pour les habitants de Kabais. Mais il a également fallu raccorder le bâtiment aux réseaux d’eau et d’électricité de la commune, et la rue a été réaménagée pour réduire la circulation et repoussée d’un demi-mètre par rapport au bâtiment. Ces travaux d’infrastructure ont coûté près de 300 000 supplémentaires. Jusqu’à présent, l’ancien bâtiment administratif de l’ancienne mine de Rümelingen ne consommait pas d’électricité. Il a d’abord été utilisé pendant un certain temps comme entrepôt par un berger, puis pendant quelques années par le CIGL, également comme entrepôt. Il est ensuite resté inoccupé et s’est délabré.

« L’idée de départ était plus modeste et plus authentique : il était prévu de construire de petits refuges de randonnée », explique Lynn Reiter. Suite à la désignation du Minett comme réserve de biosphère de l’UNESCO, l’ORT Sud a développé le Minetttrail et, avec lui, le concept de refuges destinés à voir le jour dans toutes les communes traversées par le sentier. « Avec le concours d’architecture, le projet a pris de l’ampleur et est devenu plus imposant. » Puis sont survenus la pandémie et le confinement, qui ont dans un premier temps gelé les nouveaux projets de construction. En raison notamment de l’incertitude que la pandémie a fait régner, en particulier dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, l’ORT Sud n’a publié qu’en décembre dernier l’appel d’offres visant à trouver un exploitant pour l’ensemble des onze refuges. « La période avant Noël n’était pas idéale. Nous étions pressés par le temps et avions encore en tête la date d’ouverture prévue en avril. Nous voulions absolument profiter de cette fenêtre temporelle. Mais en décembre, tout était encore relativement flou », explique Lynn Reiter au sujet de l’évolution de la pandémie. Un seul candidat s’est manifesté, mais il s’est retiré au cours des discussions avec les communes. « Il voulait monter son propre projet, il ne se rendait pas compte que ce n’était pas ce que nous recherchions. Nous cherchions simplement un exploitant. Et gérer onze hébergements différents dans onze communes représente un défi de taille. » Comme ces hébergements sont des projets publics, il a fallu lancer un nouvel appel d’offres. « Nous avons alors opté pour la procédure la plus rapide, l’appel à concession. Ce qui a précédé nous avait déjà pris beaucoup de temps. » Ce nouvel appel d’offres a finalement désigné Philippe Freitas Morgado et sa start-up Simpleviu comme exploitants ; il a signé les contrats avec les premières communes et les hébergements peuvent désormais être réservés sur le site web de Simpleviu.

Les communes, en tant que maîtres d’ouvrage, étaient chargées de la mise en œuvre des projets ; elles étaient elles aussi soumises à la lenteur de la procédure d’appel d’offres public pour la sélection des entreprises de construction. La pandémie a entraîné une pénurie de matériaux et une flambée des prix du bois. En effet, tous les « Kabaisercher » devaient être construits de manière durable et selon des normes modernes. À l’intérieur, ils sont revêtus de bois clair, et beaucoup d’entre eux sont des maisons passives. Les prix ont tellement augmenté que, pour la commune de Bergem, le projet initial de l’architecte Claudine Kaell n’était plus réalisable. Lorsque Claudine Kaell a remporté le concours en 2020, presque personne ne s’attendait aux graves répercussions de la pandémie. « 2020 a été une année très difficile sur le plan de la planification », déclare Jeannot Fürpass (CSV), maire de Monnerich. « Nous voulions faire preuve de solidarité avec les autres communes et contribuer à la réussite du projet. Mais nous avons constaté que la mise en œuvre s’annonçait difficile. » Claudine Kaell avait prévu une sorte de petit parc de vacances : deux chalets pour les familles, un dortoir collectif dans un troisième bâtiment, une maison commune avec cuisine, un sauna, une aire de jeux, un zoo pour enfants avec des moutons. Mais le budget prévu n’était pas suffisant pour mener à bien le projet ; le foyer a été supprimé pour des raisons de sécurité, tout comme quelques autres éléments supplémentaires. « Où serait la surveillance ? », s’interroge Jeannot Fürpass. « Nous ne pouvions pas garantir la sécurité. L’idée était très jolie et séduisante. Mais il faut que ce soit pensé de A à Z. »

Claudine Kaell et la commune ont finalement décidé ensemble d’abandonner le projet initial. Ils se sont mis en quête d’une solution alors que le temps commençait à manquer. Sur la prairie de Bergem se dressent désormais trois « Wikkelhouses », des maisons préfabriquées écologiques d’un fabricant néerlandais, enveloppées de papier recyclé. « La philosophie fondamentale de Mme Kaell devait être préservée et mise en œuvre autant que possible, et je pense que nous y sommes parvenus. » Cependant, il n’y a désormais ni feu de camp ni zoo pour enfants, ces lieux où différents petits groupes de randonneurs auraient pu se rencontrer et échanger, ce qui constituait l’âme du projet de Claudine Kaell. Malgré tout, l’architecte a apporté son soutien à la commune, notamment pour l’élaboration des plans de site. Après quelques casse-têtes, tout le monde s’est accommodé de ce compromis et le maire est convaincu que les « Kabaisercher » pourront faire progresser le tourisme dans le sud, y compris à Bergem.