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Cinéma 5 min de lecture

Où est la sauce à l’agneau ?

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Article paru dans Édition janvier 2022
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Il ne semble y avoir aucun autre cadre cinématographique où la relation entre l’homme, l’animal et la nature puisse être abordée de manière aussi organique et aussi profonde qu’en Islande. Et ce, toutes disciplines cinématographiques confondues : qu’il s’agisse des rockeurs éthérés de Sigur Rós dans le film-concert *Heima*, de l’héroïne de *Woman at War* avec ses tendances écoterroristes, ou encore des frères isolés, divisés et éleveurs de moutons de *Rams* – tous, ainsi que les films qui les accompagnent, racontent ce que signifie être humain sur et au sein de la Terre. Et nous ne parlerons même pas ici de Björk, si ce n’est pour mentionner qu’après plus de 20 ans d’absence, elle sera de retour devant une caméra pour *The Northman* de Robert Eggers. Nous y reviendrons plus tard.

Le couple au cœur de *Lamb* (Dýrið), premier film de Valdimar Jóhannsson, vit, tout comme les deux protagonistes de *Rams*, très isolé – bien que dans un cadre bien plus idyllique – entre ses quatre murs, et s’occupe avec amour du troupeau de moutons de sa petite ferme. D’ailleurs, dans ce film, on entend davantage le bruit de la fauche et les bêlements que les échanges de paroles. María et Ingvar forment un couple bien rodé qui n’a pas besoin de s’attarder en cascades de mots inutiles. À travers des regards, des gestes rodés et la présence des moutons, tous deux mènent une vie contemplative dans les hautes terres islandaises. Un soir, alors qu’ils aident une brebis à mettre bas, ils découvrent un agneau nouveau-né avec lequel ils semblent nouer d’emblée une relation tout à fait singulière.

En dire davantage ici sur la suite de l’intrigue relèverait presque d’un grave manquement, celui de dévoiler l’intrigue. La bande-annonce ne rend pas justice au film dans la mesure où elle montre précisément ce que le produit fini hésite à dévoiler et repousse à plus tard. Il est recommandé de voir Lamb sans aucune information préalable (puis de lire la suite de cette critique).

« Elevated horror » est le terme à la mode pour désigner ce nouveau type de film d’horreur, dans lequel l’accent est moins mis sur les scènes gores et sanglantes que sur la dimension psychologique. Pourtant, le film d’horreur psychologique est aussi ancien que le genre lui-même. Ces dernières années, le producteur et distributeur A24 s’est notamment fait connaître grâce à ce type de films : Midsommar et Hereditary d’Ari Aster, par exemple, ou encore The Witch et The Lighthouse de Robert Eggers. De même, *Lamb* s’appuie sur une identité visuelle singulière, qui vise également à nourrir sa dramaturgie. Mais comme pour les autres films que nous venons de citer, le problème est le même avec *Lamb* : le film est visuellement magnifique et sait tirer parfaitement parti de ses paysages et de ses panoramas. L’Islande n’a jamais semblé aussi inquiétante et mystérieuse, et cet esprit se répercute également sur les personnages. Et bien sûr, la créature hybride au cœur du film, une sorte de centaure nordique (mi-mouton ou mi-agneau, au lieu de mi-cheval), est un atout qui laisse immédiatement entrevoir différentes interprétations. Le mythe du désir naturel d’avoir des enfants et sa déclinaison, celle de récupérer ce qui a été perdu autrefois, ainsi que la maxime triomphante : « Fais attention à ce que tu souhaites », ont déjà été racontés de manière bien plus cathartique et émouvante, malgré toute la froideur, le calme et la bonne volonté qui caractérisent ce film.

Le réalisateur Valdimar Jóhannsson a écrit son scénario en collaboration avec l’auteur, poète et collaborateur occasionnel de Björk, l’Islandais Sigurjón Birgir Sigurðsson, alias Sjón. Sjón a également collaboré avec Robert Eggers pour *The Northman*. Avec Björk elle-même au casting, ce qui bouclerait sans doute la boucle. Mis à part un seul « What the fuck ? » prononcé à voix haute – celui du troisième personnage humain qui fait son apparition au deuxième acte et dont l’arc dramatique aboutit à un vide insignifiant –, Jóhannsson reste fidèle à Lamm et à ses figures parentales, sans jamais chercher à sombrer dans le ridicule. Les références musicales telles que le morceau des Beach Boys « God Only Knows » présent dans la bande-annonce sont laissées de côté. La musique de Þórarinn Guðnason – le frère de la compositrice de *Joker*, Hildur Guðnadóttir – souligne l’ambiance souhaitée par le réalisateur à l’aide de drones et de cordes graves. Grâce à la mise en scène et à sa cohérence, la réalité présentée sera acceptée comme telle. L’« uncanny valley », ce fossé d’acceptation, est ainsi franchi. À cet égard, le cinéma sort une fois de plus gagnant grâce aux producteurs d’A24, même si c’est au prix d’une profondeur psychologique qui n’est qu’apparente et d’une fin abrupte qui semble inévitable. Lamb n’en reste pas moins rafraîchissant, notamment pour les fans de l’actrice suédoise Noomi Rapace – connue pour les films Millénium ainsi que pour *Prometheus* de Ridley Scott –, que l’on a vue ces dernières années dans des films d’action médiocres, voire mauvais. C’est aussi grâce à son jeu nuancé que *Lamb* fonctionne comme un long métrage et non comme un simple court-métrage de 30 minutes.