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Cinéma 8 min de lecture

Les manieurs de pelles sans scrupules

Remarques sur l'authenticité et la simulation

Article paru dans Édition juin 2025
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Oui, c’est toujours un plaisir de voir des politiciens faire étalage sans vergogne de leurs talents de manipulateurs en public. Entrons dans l’arène de la supercherie officielle et de la soif de séduction, et examinons un exemple frappant. Sur le Kirchberg, on met en scène le premier coup de pelle pour la nouvelle ligne de tramway en direction de l’École européenne. Derrière un tas de terre soigneusement empilé, les notables sur leur trente-et-un attendent, munis des pelles d’usage. La maire, fervente partisane du tramway depuis le début, est présente, ainsi qu’une ministre et d’autres personnalités de l’administration et de la société de tramway. Derrière elles, deux grandes pelles mécaniques sont en place, leurs bras tendus vers le ciel. La scène donne l’impression d’un travail éreintant.

Les photographes sont là ? La caméra tourne ? Alors c’est parti pour le stand-up politique. Ces sept pelles ont l’air sacrément neuves. En y regardant de plus près, on découvrirait sans doute encore les étiquettes de prix. Comme l’enfoncement symbolique des pelles dans le tas de terre – attention, signification socio-économique ! – est une opération très simple, un peu de fioritures ne peut pas faire de mal. Un membre particulièrement inspiré de la délégation des pelleteurs projette un petit tas de terre haut dans les airs. Sur une photo, on voit la terre retomber de manière pittoresque. Génial ! Nous, les simulateurs, sommes vraiment de bonne humeur.

Il ne reste qu’une question : où sont donc les véritables travailleurs ? Ceux qui vont désormais construire le lit de la voie ? Ici, il n’y a que les bailleurs de fonds, même si ce n’est pas tout à fait exact. Ils ne font que transférer de l’argent qui n’appartient pas à eux, mais aux contribuables. Pas un seul ouvrier en vue à perte de vue. Pourquoi confier des pelles à des amateurs maladroits et empotés, alors que les professionnels pourraient bien mieux mener à bien cet acte symbolique ? Les travailleurs sont-ils si peu attirants ? En tout cas, la ministre de la Mobilité et des Travaux publics a l’air très séduisante. Elle s’est mise sur son trente-et-un de manière spectaculaire pour manier la pelle. Apparemment, le code vestimentaire de son époque de maréchale de la cour résonne encore en elle. Il faut bien l’admettre, une combinaison bleue au look prolétaire aurait rendu les choses encore pires. La moquerie à l’égard de la classe ouvrière a tout de même des limites. En observant ce rituel trompeur et scandaleux, on peut se demander : à quoi cela ressemblerait-il si ces faux ouvriers étaient condamnés à un mois de corvée sur les voies ? Ils finiraient probablement tous à l’hôpital au bout de quelques heures seulement.

Changement de décor : à la Luga, cette initiative de simulation de la nature totalement hors de prix, le symbolisme ponctuel « à la Kirchberg » devient un principe d’aménagement structurel. En fin de compte, tout cela n’est qu’illusion et tromperie. On simule, par un geste pathétique, la maîtrise de la nature. Pourquoi aspirer à une biodiversité réelle alors que la projection virtuelle fait l’objet d’une promotion aussi massive ? Les organisateurs font appel à l’imagination des visiteurs de la Luga : « Et si les rues de Luxembourg se transformaient en un immense jardin à ciel ouvert ? » Seuls les cyniques peuvent poser une telle question. Car dans ce cas, la même administration municipale qui vante les mérites du projet Luga à outrance démantèlerait très rapidement cet « immense jardin à ciel ouvert ». Sa clientèle habituelle, le monde des affaires, lui donnerait en effet aussitôt le coup de pied aux fesses. Un peu de battage autour d’un spectacle naturel dans la vallée de Petrus et au parc municipal tombe donc à point nommé pour faire diversion. Une magie éphémère, un effet spectaculaire garanti, une durabilité nulle. De manière révélatrice, l’objectif de cette initiative est un « terrain de jeu naturel », c’est-à-dire un terrain de jeu clinquant pour des amateurs de divertissement gâtés. La nature est sans autre déclarée « Disneyland vert ». « Rendre visible l’invisible », telle est la devise de la Luga. Mieux vaut s’en abstenir. Il vaut mieux que l’agenda secret de la municipalité reste dans l’ombre. On y cherche en vain un concept environnemental cohérent.

À un peu moins d’un kilomètre à vol d’oiseau du nouveau complexe de loisirs nature de la vallée de Petrus se trouve la Pariser Platz, un lieu urbain emblématique. On peut y observer la relation réelle qu’entretiennent les responsables municipaux avec la nature et les espaces verts. Cette place est un misérable désert de dalles de pierre qui bafoue toute prise de conscience de l’urgence des mesures de protection écologique. La ville aurait très bien pu aménager ici une sorte de laboratoire d’expérimentation urbanistique, ou tout au moins une piazza qui ferait office de poumon vert dans le quartier de la gare. Mais une telle prévoyance environnementale dépasse manifestement les capacités des politiciens. Ils préfèrent une place qui reflète leur propre horizon : un espace vide et sans imagination dans le paysage urbain, une zone interdite qui met pour ainsi dire sous la loupe toutes les erreurs et les négligences de dirigeants municipaux paresseux d’esprit. Mais à la Luga, on déroule le tapis vert pour la conscience environnementale. Venez, mes petits enfants, défoulez-vous dans ce parc d’attractions « au plus près de la nature ». Ici, vous pouvez jouer à sauver l’environnement.

Changement de décor : cette fois-ci, nous sommes à Holtz, un petit village des Ardennes, où le camping rénové « Héiltzerstee » est inauguré en grande pompe. Pas de pelles à l’horizon, mais des ciseaux. Alignés derrière un ruban tricolore tendu, les héros locaux attendent leur moment de gloire. Au milieu, l’homme qui se fait appeler ministre de la Culture, mais qui semble ici n’être qu’une figure de proue du tourisme. Les photographes sont-ils là ? La caméra tourne ? Alors c’est parti pour le spectacle de stand-up politique. Les huit paires de ciseaux ont l’air sacrément neuves. En y regardant de plus près, on découvrirait sans doute encore les étiquettes de prix. Comme le fait de couper un ruban tricolore – attention, symbolique national et patriotique ! – est terriblement banal, on improvise un peu avec créativité. Sur une photo, on voit les huit porteurs de ciseaux brandir fièrement le morceau de ruban tricolore qu’ils viennent de couper. Un tour de force culturel sans pareil. Les artistes des ciseaux feront sans doute encadrer leur bout de tissu pour le montrer à leurs petits-enfants : « C’est papy/maman qui l’a découpé de ses propres mains. Génial, non ? »

Un accueil en grande pompe avec la présence des autorités pour un simple camping de l’Ösling ? Pourquoi donc ? La publicité des exploitants du camping en révèle la raison : « Nature, créativité et bien-être » sont au programme. « Écoutez le murmure de l’eau et le chant des oiseaux pour profiter d’un séjour en toute tranquillité. » Les édiles de Holtzer ont apparemment réussi à tenir en échec ce maudit changement climatique mondial. Ici, la nature est encore intacte. Les gérants du camping simulent allègrement un idylle sans menace. On pense spontanément à la demande provocatrice de la ministre de l’Agriculture Hansen, qui souhaite assouplir les règles de protection des forêts au niveau européen. Peut-être a-t-elle séjourné un jour à Héiltzerstee et trouvé l’inspiration dans la saine forêt locale. Que faudrait-il donc protéger ici ? Ici, tout va pour le mieux. Tout le contraire de ce lointain Lötschental, où le monde est en train de s’écrouler. Qui oserait recommander aux habitants du Lötschental : « Écoutez le murmure de l’eau et le chant des oiseaux » ? À Holtz, en revanche, on fait la sourde oreille aux catastrophes.

Dans les forêts intactes qui entourent le camping, le temps semble s’être arrêté. Ici, les touristes peuvent, à leur guise, se livrer à leurs vieux préjugés auxquels ils sont si attachés. Selon la publicité en ligne, les clients du camping ont la possibilité de passer la nuit dans ce qu’on appelle des « Gypsy Wagons ». Le ministre de la Culture est-il tombé par hasard sur cette publicité ouvertement anti-woke ? S’est-il engagé en faveur des Sintis et des Roms ? Mais qui voudrait bien perturber la bonne ambiance de cette zone de loisirs ? Après tout, on a offert un panier au ministre. Un panier garni, bien sûr. Faut-il y voir un acte de corruption ? On sait bien comment flatter l’État pour qu’il continue à soutenir ces simulations de bien-être. Et maintenant ? Il ne nous reste plus qu’à nous lamenter avec Bertolt Brecht : « Le rideau tombe et toutes les questions restent en suspens. »