En réalité, le mensonge se cache déjà dans le titre : Mission Impossible. Aucune mission confiée au super-agent Ethan Hunt (Tom Cruise) n’est, en fin de compte, insoluble. Aucun méchant n’est finalement trop puissant ou insurmontable pour l’IMF – l’Impossible Mission Force. Avec Dead Reckoning, c’est désormais le septième volet de cette franchise à longue durée de vie qui sort en salles ; celle-ci devrait connaître une conclusion supposée fulgurante en 2024 avec un huitième et dernier film, après environ 28 ans d’existence.
Le réalisateur Christopher McQuarrie a conçu ce film en étroite collaboration avec Tom Cruise, en misant pleinement sur les attraits explosifs et exotiques du thriller d’espionnage et en l’adaptant sur mesure à sa vedette. Dead Reckoning est un véritable défilé des plus beaux sites touristiques que l’on trouve notamment dans les brochures touristiques européennes : De Rome à Venise, puis à travers les Alpes autrichiennes – on y découvre sans cesse des lieux traversés à une vitesse fulgurante, en voiture, à moto et en hors-bord. Dans l’esprit de l’hommage à Hitchcock que Brian de Palma avait intégré à la série en 1996 avec le premier volet, un train ne pouvait bien sûr pas manquer à l’appel. Depuis toujours, les films de la franchise, à l’instar de James Bond, misent sur un mélange entre la paranoïa des films d’espionnage des années 60 et l’autodérision des spectacles d’action des années 90. L’intrigue serpente, telle une liane, le long des séquences d’action – depuis Ghost Protocol (2011) au plus tard, c’est devenu la marque de fabrique et l’argument marketing de la série. À l’heure où l’ascension de ChatGPT semble imparable, cette trame narrative sommaire prend une tournure presque inquiétante : C’est en effet une intelligence artificielle qui prend le contrôle des systèmes de sécurité mondiaux, détermine elle-même le flux d’informations et, en dernière analyse, cherche à redéfinir la notion même de vrai et de faux. Plus clairement que dans tout autre film de la série Mission Impossible, *Dead Reckoning* insiste désormais sur le fait que ce groupe d’agents disposerait effectivement d’un libre arbitre, qu’ils se consacreraient tous à cette cause de leur plein gré – ce qui est tout de même très surprenant.
C’est là que apparaissent clairement les faiblesses dramaturgiques d’une franchise aussi pérenne. Non seulement le personnage de Julia (Michelle Monaghan), l’ancienne compagne de Hunt, semble n’avoir d’autre utilité que celle d’un élément dramaturgique arbitraire : dans *Dead Reckoning*, elle est à nouveau oubliée, alors qu’elle faisait pourtant clairement référence au calvaire d’Ethan Hunt dans le film précédent, *Fallout* (2018). Plus encore : à un niveau plus global, cela revient pour ainsi dire à nier l’ensemble du troisième volet de la série, qui, comme on le sait, excluait tout retour à la vie privée. C’est précisément là que résidait le côté fataliste du héros : le libre choix qui est présenté à Hunt avant chaque mission – « Votre mission, si vous décidez de l’accepter » – n’en est pas un en soi. C’est ce qui le rendait tragique. Ces incohérences semblent avant tout découler d’une nécessité dramaturgique qui se renouvelle à chaque film. Dans *Dead Reckoning*, il s’agit de justifier l’arrivée d’un nouveau personnage féminin, la voleuse Grace (Hayley Atwell). Le film met plutôt l’accent sur son libre arbitre, dont Hunt n’est qu’un simple vecteur, tandis que son tourment intérieur ne fait que s’intensifier – ce qui est tout à fait logique, puisque Hunt, et par conséquent Cruise, sont d’autant plus liés à la saga. Oui, on remarque clairement dans *Dead Reckoning* la présence extrêmement captivante de Tom Cruise ; c’est son charisme – ses dents blanches y sont, comme d’habitude, particulièrement frappantes – qui vise à faire oublier toutes les contradictions dramaturgiques entre les différents films. Les films *Mission Impossible* et leur acteur principal entretiennent une relation de réciprocité. La série revêt ainsi une importance capitale tant pour l’image de star de Cruise – bien plus encore que *Top Gun* (1986, 2022), par exemple – que pour l’évolution du cinéma d’action.