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Cinéma 4 min de lecture

Homer dans les Cévennes

Film réalisé au Luxembourg

Article paru dans Édition février 2022
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Au début, un jeune homme parfaitement équipé s’enfonce littéralement dans la grotte… la grotte. En pénétrant dans ce trou creusé dans la terre, il allume la lampe à gaz fixée sur son front et s’enfonce lentement, mais sûrement, de plus en plus profondément dans la grotte. Il se laisse envelopper par l’obscurité et tente de s’imprégner de ce silence qui n’en est pas vraiment un. Mais les bruits (imaginaires ?) de la grotte finissent par le submerger et il prend la fuite vers la lumière du jour. Le jeune homme que les spectateurs peuvent voir peu après, assis sur son quad, est un homme transformé, métamorphosé. Et c’est un homme atteint du syndrome de Down. C’est Théo, le personnage qui donne son titre au film, qui vit reclus avec son père dans les profondeurs des Cévennes françaises.

Ce jeune homme de 27 ans et son père, photographe d’art, vivent en parfaite harmonie avec la nature et la faune qui les entoure. Ils habitent une maison en bois aménagée dans un style minimaliste japonais, chaleureuse et baignée de lumière naturelle de tous côtés, et préfèrent mener leur vie quotidienne tels que la nature les a créés. Théo est passionné par les arts martiaux asiatiques et leurs philosophies (de vie), qu’il fait siennes. Un jour, son père et mentor laisse son fils seul pendant quelque temps pour se rendre à une exposition. Théo s’abandonne alors à ses rêveries, à ses visions, au cours desquelles il imagine sa place dans le monde et se la forge à sa manière.

« Théo et les métamorphoses » de Damien Odoul conserve jusqu’à la fin des traits documentaires, mais s’avère finalement tout sauf un documentaire. Cela plaide en faveur de cette œuvre hybride, entièrement mise en scène et scénarisée. Car en réalité, c’est la question de l’exploitation artistique et morale de l’acteur qui devrait être au cœur du débat. Théo/To – l’acteur Théo Kermel est un comédien atteint du syndrome de Down. Mais la manière dont la caméra d’Odoul capture son protagoniste – avec une caméra à l’épaule, nerveuse et imprévisible – souligne la liberté laissée au jeu, malgré des situations scénarisées. Le fait que le tournage ait été réalisé en grande partie à la lumière naturelle souligne le message que la dramaturgie souhaite faire passer. Et en même temps, cela donne tout simplement l’impression d’un documentaire, avec lequel le réalisateur et le film veulent clairement flirter.

Le deuxième fil conducteur est la voix intérieure – écrite par Odoul – en voix off, qui accompagne le spectateur tout au long du film. Le personnage de Théo et l’acteur qui l’incarne sont peut-être atteints du syndrome de Down, mais ils représentent pour le réalisateur Odoul l’essence même de l’être et sa vie mentale, tout aussi pure, qu’il finit toutefois par utiliser à ses propres fins. Au cours de sa carrière, Damiel Odoul a collaboré à maintes reprises avec des personnes en situation de handicap, que ce soit en fiction ou dans des documentaires. *Théo et les métamorphoses* se veut une épopée à la grecque, au cours de laquelle le héros entreprend sa propre odyssée intérieure. Hallucinations, rêves et réalité s’entremêlent, et le héros, Théo, rencontre des personnes et des créatures qui l’aident, dans un récit mêlant passage à l’âge adulte et retour à l’essentiel, à trouver sa place dans le monde. Le film est divisé en chapitres. La première moitié examine de près la relation de Théo avec son père. C’est de loin le chapitre le plus abouti, malgré toute sa spontanéité, qui prend le temps et le calme nécessaires – ce qui est finalement le thème du film – pour dresser le portrait de ses personnages et les mettre en regard les uns des autres.

Malheureusement, le film et ce qu’il raconte et parvient à transmettre tournent ensuite en rond, tant sur le plan dramaturgique que visuel, et tombent dans un verbiage arbitraire, presque ésotérique, qui nuit au film et discrédite ses thèmes, au point qu’on risque de se désintéresser. Les chapitres abordés et les péripéties de Théo défilent au galop, alourdissant et répétant ce qui a été dit, alors que le film prône en réalité le contraire : un retour à la nature et à l’essence, en se débarrassant en chemin de tout excès matériel et spirituel inutile afin de trouver ainsi la paix intérieure. Malgré tout, le film hybride « Théo et les métamorphoses », distribué par Tarantula, reste un OVNI cinématographique intéressant, que l’on a rarement l’occasion de voir dans nos salles de cinéma.