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Cinéma 4 min de lecture

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Article paru dans Édition novembre 2023
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Michael Fassbender dans le rôle d'un tueur à gages © Netflix

Le titre du nouveau film de David Fincher, *The Killer*, en dit long par sa sobriété : Michael Fassbender y incarne un tueur à gages, à travers le regard duquel nous suivons l’intrigue. La voix off appartient à ce tueur discret, qui n’a même pas de nom. « Tiens-t’en à ton plan. Ne fais confiance à personne. Tiens-t’en à ton plan. Interdis-toi toute empathie », telle est sa devise professionnelle. Tout comme cet homme décrit son existence avec sincérité et lucidité, le langage visuel du film, froid et efficace, est d’une rigueur et d’une transparence extrêmes : enchaînements logiques de plans, montages précis, narration sobre et simple. Tout est contrôlé, routinier, planifié – jusqu’à ce que le tueur commette une erreur.

Après le drame biographique Mank (2020), également produit par la plateforme de streaming Netflix, The Killer marque un retour aux univers narratifs sombres issus des abîmes du crime qui ont fait la renommée de Fincher : Seven (1997) ou encore Zodiac (2008). L’adaptation du roman de Stieg Larsson, *Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes* (2012), était une descente sinistre dans l’univers du polar suédois. Dans *The Killer* également, le style de mise en scène de Fincher ne comporte ni fioritures ni détours : le film se concentre sur l’apparence et s’articule autour d’arcs de suspense qu’il s’agit de maintenir, les codes du suspense étant utilisés avec une efficacité de mise. La densité atmosphérique naît de la bande originale palpitante et sombre ainsi que du langage visuel froid, sans cesse porté par la voix posée et calme de Fassbender.

Le film de Fincher puise son inspiration dans le cinéma policier français, notamment dans *Le Samouraï* (1967) de Jean-Pierre Melville, ce film qui a tant marqué une multitude d’œuvres du genre, ainsi qu’au roman graphique français dont ce film s’inspire, jusqu’à *Léon* (1994) de Luc Besson. Ce sont toujours des personnages qui ne se laissent pas attacher, qui restent insaisissables, mais qui n’échouent jamais dans leur mission. Le tueur de Fincher correspond parfaitement à ce schéma ; il incarne l’indifférence nihiliste totale, comme il le dit lui-même de manière lapidaire : « I don’t give a f**k. » Mais c’est Michael Mann qui, une vingtaine d’années plus tôt, avait créé l’apothéose de ce personnage dans *Collateral* (2004) avec le personnage de Vincent interprété par Tom Cruise. Le film de Mann aurait sans doute marqué la fin immédiate de ces récits typiques du genre, si tant est qu’un récit cinématographique puisse prendre fin avec un seul film. Chez Mann, le tueur à gages exprime d’ailleurs sa doctrine avec une éloquence hors du commun : « Get with it. Des millions de galaxies composées de centaines de millions d’étoiles, réduites à un grain de poussière en un clin d’œil. C’est nous, perdus dans l’espace. […] Il n’y a ni bonne ni mauvaise raison de vivre ou de mourir. Je m’en fiche. » Mann a conçu le tueur à gages comme une excroissance criminelle du capitalisme, comme le stade terminal pathologique de la culture postmoderne.

The Killer est sans aucun doute le film le plus direct et le plus sobre de Fincher, car il prend son thème central très au sérieux et le traite avec une grande précision : il présente le meurtre comme une activité froide et banale. Il n’y a pas de place pour des stratégies visant à susciter l’émotion ou à susciter l’empathie du public. Il n’y a pas de flash-backs qui faciliteraient la compréhension, ni d’évolution du personnage à deviner. Fincher présente le personnage principal tel qu’il est : un protagoniste. Ni héros rayonnant, ni méchant malveillant. Mais c’est là que réside le nœud du problème : comme Fincher ne permet aucun lien avec ce personnage, celui-ci ne peut se défaire de son caractère purement symbolique, propre au genre – ici, surface et superficialité sont étroitement liées, la simplicité tend vers la simplification. Partant de son centre, le protagoniste, aucune référence n’est envisagée, ni politique ni économique, qui permettrait de concevoir le tueur à gages comme faisant partie d’un système du monde réel – le symbole reste un symbole, voire se fige dans son caractère symbolique. En bref : David Fincher n’est pas Michael Mann.