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Cinéma 3 min de lecture

Entre vérité et marchandise

« Rapaces », le nouveau film du réalisateur français Peter Dourountzis, est un film sur un crime qui refuse d’être un polar classique. Un film politique et un drame familial qui se déroule quelque part entre exigence…

Article paru dans Édition juillet 2025
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« Rapaces », le nouveau film du réalisateur français Peter Dourountzis, est un film sur un crime qui refuse d’être un polar classique. Un film politique et un drame familial qui se déroule quelque part entre exigence morale et désarroi émotionnel. L’intrigue semble simple à première vue : un journaliste emmène sa fille sur les lieux d’un crime. Samuel (Sami Bouajila), reporter dans un journal à sensation, emmène sa fille Ava (Mallory Wanecque), stagiaire, à ce qui semble être un reportage de terrain tout à fait ordinaire. Dans une banlieue, une jeune femme a été victime d’une violente attaque à l’acide. Samuel commence à enquêter, presque comme un enquêteur – mais pas pour élucider les faits, plutôt pour en faire un sujet d’article. Son obsession est l’expression d’un goût pour le sensationnel – au-delà de la morale et de l’éthique.

C’est là que commence le double mouvement qui fait toute la richesse de *Rapaces*. D’une part, il y a l’intrigue extérieure : l’enquête, les entretiens avec les proches, la collecte de documents exclusifs. D’autre part, un drame silencieux se développe entre le père et la fille. Ava, d’abord admirative et hésitante, commence peu à peu à percer à jour le côté manipulateur de son père. Elle devient une figure de contraste moral, tiraillée entre l’empathie et la distance journalistique. Alors que Samuel instrumentalise le crime, Ava s’interroge sur la frontière entre curiosité et exploitation.

Samuel devient le reflet d’un système qui transforme la douleur en clics, la violence en portée de main, la mort en tirage. Tel un rapace, il tourne autour de la tragédie, à la recherche de matière chargée d’émotion. Le film fait clairement référence à l’affaire réelle d’Élodie Kulik, qui a bouleversé la France en 2002 : une jeune femme dont le viol et le meurtre ont été attestés par un enregistrement audio bouleversant. Dans Rapaces également, un enregistrement joue un rôle central. Mais le film s’intéresse moins à l’affaire criminelle qu’aux mécanismes par lesquels de tels cas sont traités par les médias.

« Rapaces » est un film sur le malaise face à la réalité médiatique. Il montre comment la presse transforme la souffrance en attention médiatique, fait des victimes des marchandises et franchit les limites éthiques. Samuel n’agit pas seulement plus vite que la police : il se présente comme un sauveur afin d’obtenir des détails intimes. Photos, témoignages, objets : tout ce qui pourrait constituer des éléments de preuve devient l’objet d’un reportage exclusif. Les médias apparaissent ici eux-mêmes comme des « rapaces », ces oiseaux de proie qui flairent les tragédies et fondent sur la misère. Dourountzis pose la question de savoir quelle part d’intégrité journalistique se cache dans une couverture médiatique qui vise avant tout à susciter des émotions et à maximiser l’audience – et si, en tant que public, nous ne faisons pas depuis longtemps partie du problème. Un film qui montre ce que devient la vérité lorsqu’elle n’est plus qu’un simple produit.