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Cinéma 4 min de lecture

Conflit

Marathon télévisuel

Article paru dans Édition décembre 2023
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Le Continental est le refuge de la pègre new-yorkaise. Élément incontournable de la saga John Wick, il est devenu, sur fond de réinterprétation au synthétiseur du « Hiver » d’Antonio Vivaldi, le théâtre d’actions spectaculaires et, en tant que lieu purement imaginaire, a brisé de manière ironique les codes de l’hôtellerie par sa violence extrême, mais extrêmement stylisée. Ce lieu fait désormais son apparition dans la série Peacock *The Continental*, disponible sur Amazon Prime, devenant ainsi une marque à part entière de la franchise. La série se présente comme un spin-off de la saga cinématographique avec Keanu Reeves ; elle vise d’une part à élargir l’univers de John Wick, mais aussi, d’autre part, à mettre en lumière les origines de certains personnages de la saga. On y suit un jeune Winston Scott (Colin Woodell), qui gravit les échelons pour devenir, dans les années 1970, le directeur de la chaîne hôtelière The Continental. Il a un frère qui a dérobé un objet précieux à une organisation du milieu. Le sinistre Cormac O’Connor (Mel Gibson) doit le récupérer s’il ne veut pas s’attirer les foudres de la Haute Chambre.

La série se déroule principalement dans les années 70. La chronologie affichée à l’écran ne laisse aucun doute à ce sujet, et la musique en est une illustration encore plus évidente : des tubes pop emblématiques, tels que « I Feel Love » de Donna Summer, « Daddy Cool » de Boney M. ou encore « Yes Sir, I Can Boogie » de Baccara, font référence aux années 70. Mais autant la série tient à cette référence à l’époque et s’attache à créer une ambiance, autant sa conception de base est empreinte d’un caractère résolument futuriste. L’éclairage et l’ambiance des rues contribuent largement à cet effet. Les associations avec *Blade Runner* (1981) sont tout à fait légitimes. Mais contrairement à John Wick, la simple esthétique ne suffit pas à la série : elle recherche trop la plasticité, poursuivant sans relâche les ébauches d’une profondeur à laquelle elle aspire, mais qu’elle ne parvient pas à atteindre. Un bref résumé de l’intrigue peut déjà donner une idée de la direction que prendra l’histoire : « The Continental » est une « origin story » typique de la série, qui, en s’écartant des schémas habituels d’une histoire de gangsters, ne pouvait que se solder par un échec : elle tente de susciter des émotions là où la série John Wick ne misait que sur le spectacle. Elle s’efforce de psychanalyser sérieusement, sur le plan dramaturgique, les personnages et leurs relations, là où John Wick ne présentait que des coquilles vides. Elle tente d’établir des origines, de rendre compréhensibles les évolutions des personnages, là où, de manière significative, John Wick misait sur l’indéfinissable. Le développement de l’intrigue obéit à un principe qui place The Continental en opposition avec la série de films à laquelle la série fait référence. Il s’agit de la négation systématique du caractère purement artistique de la série de films, qui mettait en court-circuit la forme et le contenu et faisait pour ainsi dire de la forme le contenu. The Continental ne respire l’esprit de l’œuvre originale que par la chorégraphie de l’action, sans toutefois atteindre la virtuosité débridée de sa source d’inspiration. Au plus tard lorsque se dessine l’ambition de documenter de manière plausible l’ascension de la mafia et du crime organisé à New York, la série s’est aventurée sur un terrain où l’univers cinématographique a été dépouillé de son caractère purement artistique et avant-gardiste. Ces ruptures et frictions inévitables entre les réalités concrètes, l’évolution des organisations criminelles et la fiction de l’univers établi auraient pu être éliminées grâce à un seul élément que la série ne s’autorise pourtant pratiquement jamais : l’ironie. Une série qui repose sur un divertissement typique du genre, avec quelques effets visuels, mais aucun moment fort sur le plan du jeu d’acteur ; une production télévisée qui ne laisse aucune trace. C’est remarquable, car si la série dérivée réussit quelque chose, c’est bien de confirmer le statut d’exception de cette série cinématographique unique en son genre dans le cinéma d’action.