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Cinéma 4 min de lecture

Centre-ville

Cinéma

Article paru dans Édition octobre 2021
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Ça commence comme une comédie musicale et ça se termine comme un film d’horreur : dans son nouveau film, Edgar Wright explore une fois de plus tous les registres du genre. À l’instar de Baby Driver, qui mêlait notamment des éléments de film de gangsters et de comédie musicale, il fait évoluer son nouveau film, Last Night in Soho, de *My Fair Lady* de George Cukor à *Breakfast at Tiffany’s* de Blake Edwards, en passant par *Peeping Tom* de Michael Powell, *Repulsion* de Roman Polanski et *Carrie* de Brian de Palma. Il développe sa nouvelle histoire en s’inspirant de la musique et, en effet, le film se présente pour ainsi dire comme une transposition à l’écran de la chanson pop de 1964, « Downtown », de Petula Clark, qu’il intègre de manière si marquante dans son film.

Quand tu es seul et que la vie te fait te sentir seul

Tu peux toujours y aller

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La jeune Ellie (Thomasin McKenzie) est une marginale timide, elle est tout sauf « normale ». Elle vit chez sa grand-mère et semble complètement déconnectée de son époque, plongée au cœur des années soixante : avec les Beatles et Audrey Hepburn. Elle est hantée par des visions de sa mère, une créatrice de mode qui s’est donné la mort à la suite de troubles psychiques. Ellie a un rêve qui doit la mener sur les traces de sa mère : elle veut partir à Londres pour y suivre une formation de créatrice de mode. Le Londres des années soixante offre à Ellie un refuge, au sens propre du terme, car c’est là qu’elle voyage désormais dans le passé, se glissant chaque nuit, dans une sorte de rêves éveillés très précis, dans la peau de Sandie (Anya Taylor-Joy), une femme élégante et vamp, qui se présente avec assurance comme la prochaine Cilla Black.

Écoute simplement la musique de la circulation en ville

Attarde-toi sur le trottoir, là où les enseignes lumineuses sont jolies

Les impressions de la vie nocturne urbaine constituent un attrait majeur du film de Wright. C’est également là que *Last Night in Soho* déploie tout son pouvoir d’attraction formel. Le film de Wright est une exploration de stimuli purement superficiels, sur lesquels il construit sa reconstitution atmosphérique de la vie nocturne des années soixante. Et le film de Wright ne lésine vraiment pas sur l’utilisation des néons. Ellie vit dans ce monde de rêve en tant qu’étoile montante. Le fait de dépasser les limites de leur propre personne conduit Ellie et Sandie – la frontière la plus fiable entre l’une et l’autre ayant disparu depuis longtemps – dans une zone de danger, car leur manager Jack (Matt Reeves) se révèle bientôt être un proxénète. Et soudain, nous nous retrouvons pris dans un enchevêtrement cruellement parfait de pouvoir, de violence et de dépendance la nuit, et dans un enchevêtrement d’amour et de responsabilité le jour.

Et tu trouveras peut-être quelqu’un de gentil qui t’aidera et te comprendra

Quelqu’un qui est exactement comme toi et qui a besoin d’un peu de douceur

Pour les guider tout au long de leur parcours

Le salut d’Ellie pourrait bien prendre la forme de John (Michael Ajao), son jeune camarade d’études, qui perçoit son désespoir et sa double personnalité. Thomasin McKenzie, que l’on connaît pour ses rôles dans *Leave No Trace* et *Jojo Rabbit*, fait passer pour terne ce personnage d’intérêt amoureux, déjà peu convaincant.

En fin de compte, il ne s’agit pas des crimes décrits dans *Last Night in Soho*, ni même de la tension liée à la violence, mais de la réflexion sur deux destins féminins brisés de manière très différente, avec des facteurs perturbateurs très différents. Mais au milieu de toutes ces confusions, de ces motifs de miroirs et de cette profusion de stimuli sensoriels, Wright perd de vue la position claire que le débat #MeToo postule en quelque sorte implicitement. Last Night in Soho manque de cohérence dans sa description des actes de violence : hommes comme femmes y deviennent à la fois auteurs et victimes d’agressions que le film n’excuse ni ne justifie de manière catégorique. Ainsi, *Last Night in Soho* se comporte finalement comme la chanson pop qu’il met en scène : envoûtante, créatrice d’ambiance, mais étrangement vide. Ou bien ce collage pop se suffit-il à lui-même ? La profondeur réside-t-elle à la surface ? Le cinéma comme évasion :

Ne reste pas là à te laisser envahir par tes problèmes

Il y a des séances de cinéma

Centre-ville.