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Cinéma 4 min de lecture

Ce film n’existe pas

Film réalisé au Luxembourg

Article paru dans Édition novembre 2023
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La semaine dernière au cinéma a été entièrement placée sous le signe du Lëtzebuerger Filmpräis. L’occasion de passer en revue et de célébrer le cinéma luxembourgeois de ces deux dernières années sous toutes ses formes. Qu’il s’agisse de courts métrages ou de longs métrages, de films d’animation ou de documentaires, ou simplement de coproductions, la sélection n’était cette fois-ci pas si mauvaise que ça. Même les éternels pessimistes culturels devront bien l’admettre. Mais pas d’inquiétude, ils ne deviendront certainement pas des partisans fanatiques du « Films Made in Luxembourg » (une sorte de marque de promotion nationale), prêts à accueillir avec bienveillance tout ce qui porte le label « Film Fund Luxembourg ». Pas quand, quelques jours seulement avant la remise des prix du film, *Complètement cramé !*, sans doute la coproduction la plus faible de ces dernières années, fait son apparition sur les écrans de cinéma de tout le pays.

Depuis la mort de sa femme, Andrew Blake n’est plus le même. Plusieurs mois plus tard encore, il est toujours en deuil et mène une vie recluse. Il évite à tout prix une cérémonie organisée en son honneur. Il s’enfuit de Londres pour se réfugier dans la province française, là où il avait autrefois rencontré sa défunte épouse. Son voyage dans le passé ne prend toutefois pas la tournure que Blake avait imaginée. Une fois arrivé dans ce domaine aux allures de château, il s’avère que, s’il veut rester, il doit passer un stage en tant que majordome. Blake comprend très vite que non seulement lui, mais tous les personnages sont en quelque sorte à bout de forces – qu’il s’agisse de la propriétaire, Madame Beauvillier, qui a fort à faire pour maintenir le domaine à flot financièrement après la mort de son mari ; que ce soit la cuisinière corpulente Odile, Philippe, intendant et ermite amateur, ou encore la jeune gouvernante Manon.

Lorsque l’affiche de *Complètement cramé !* a été dévoilée il y a quelques mois, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’un photomontage, d’une fantaisie bizarre et de mauvais goût imaginée par un graphiste cinéphile, voire d’un visuel généré par l’IA. John Malkovich, au pied d’un escalier, vêtu d’une veste bleue, mais surtout tenant un plateau sur lequel est assis un chat arborant le classique « resting cat face » et coiffé d’un chapeau de fête vert. Derrière Malkovich et son chat, on aperçoit notamment Fanny Ardant et Émilie Dequenne sur un escalier, et au milieu, Eugénie Anselin est même assise sur une marche. Tous regardent depuis l’affiche le spectateur perplexe. Ces regards seraient-ils des appels à l’aide cachés ?

Truffaut et Resnais chez Ardant, et une carrière de plusieurs décennies à Hollywood pour Malkovich. Et maintenant, *Complètement cramé !* de Gilles Legardinier, pour eux deux et tous les participants. Cela peut ressembler à un téléfilm du samedi après-midi et en avoir toutes les caractéristiques, mais ne vous y trompez pas. C’est bel et bien un téléfilm du samedi après-midi. En soi, rien ne s’oppose à une comédie légère et décontractée. Mais sans une bonne dose de charme, capable de faire oublier certaines lacunes, cela ne mène pas très loin. Mais dans *Complètement cramé !*, ce charme est très bien caché. Ceux qui parviendraient à le dénicher y trouveraient peut-être aussi le sens du rythme comique, de la mise en scène des acteurs et de la construction dramaturgique. Pour ses débuts en tant que réalisateur, l’auteur Gilles Legardinier adapte son propre roman, paru il y a plus de dix ans. Selon ses propres dires, ce long métrage n’est toutefois pas une véritable adaptation de son best-seller. La littérature, selon Legardinier, serait une dimension intérieure du quotidien des lecteurs et lectrices. Le film rejette donc toute forme d’intériorité (et d’humour) et étouffe dans l’œuf les tout derniers vestiges des tentatives de John Malkovich de jouer en français. Qui, au sein de cette production, a pensé que ce serait une bonne idée de faire jouer l’Américain dans le rôle d’un Britannique parlant français restera sans doute à jamais un mystère. Un mystère similaire à celui de savoir comment Bidibul Productions a bien pu se lancer dans un tel projet. Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?, qu’ils ont coproduit, a non seulement été nominé aux Filmpräis de cette année, mais a également été l’un des meilleurs films de l’année. « Complètement cramé ! », en revanche, rappelle une époque que le secteur cinématographique luxembourgeois, aujourd’hui régulièrement présent dans les grands festivals, préférerait oublier. Quant à savoir si « Complètement cramé ! » parviendra au moins à décrocher une diffusion dans la programmation télévisée du week-end, cela reste finalement incertain.