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Cinéma 5 min de lecture

Une image de marque sanglante

Films réalisés au Luxembourg

Article paru dans Édition mars 2023
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Victor Dieu dans le rôle de Martin © Les Films Fauves

Le cinéma de genre et Jacques Molitor sont indissociables. Depuis de nombreuses années, il incarne – aux côtés de Govinda Van Maele – la figure de proue du cinéma trash, d’horreur et de série B au Grand-Duché. Ce n’est pas un « gatekeeper », mais un passionné aux opinions bien arrêtées, un peu excentrique, qui sait néanmoins faire preuve d’un sain esprit de (auto-)critique. C’est pourquoi l’auteur de ces lignes, qui compte Molitor parmi ses amis, a plus de facilité à rédiger une critique honnête du film.

« Kommunioun » est le deuxième long métrage du réalisateur luxembourgeois et raconte une fois de plus l’histoire d’un duo mère-fils. Elle, Elaine, est mère célibataire à Bruxelles, tandis que son fils Martin semble entrer un peu trop tôt dans la puberté. Cette phase de transition se manifeste de manière très marquée chez le garçon : un jour, c’est sa mère, débordée par son travail dans les cuisines d’un restaurant, qui doit aller le chercher à l’école. Une fois sur place, elle apprend que son fils s’en est pris de manière agressive à un camarade de classe et l’a mordu jusqu’au sang. Pour sa propre sécurité, selon le directeur de l’école, il est suspendu de cours pendant deux semaines. Elaine ne sait plus quoi faire et décide spontanément de faire monter Martin dans la voiture et de l’emmener chez la famille de cette figure paternelle mystérieusement absente. Au Luxembourg. Au bord de la Moselle. Une fois sur place, les Urwald, de purs et durs « Stacklëtzebuerger » de Misel, sont certes surpris par cette visite inopinée, mais finissent par se réjouir de pouvoir enfin faire la connaissance de leur petit-fils après tant d’années. Mais c’est surtout Elaine qui va redécouvrir non seulement sa belle-famille luxembourgeoise, mais aussi son propre fils.

Indépendamment du grand pas en avant que Molitor fait vers le cinéma de genre, on connaît déjà cette relation mère-fils grâce à son premier film, *Mammejong*. Tout comme celui-ci, *Kommunioun* traite de l’amour maternel et du lien invisible qui unit mère et fils. Le réalisateur montre que cet amour peut aller très loin à travers des images qui, tantôt de manière plus explicite, tantôt de manière plus subtile, remettent en question le stéréotype socialement admis d’une telle relation et en explorent les limites. La dramaturgie de Molitor s’abstient toutefois de tout commentaire. Il a dédié *Kommunioun* à sa propre mère qui, selon le carton, attendait ce film depuis longtemps. La « conditio luxembourgeoise » en prend pour son grade. L’existence en tant que Lëtzebuerger, c’est-à-dire en tant que personne maîtrisant le dialecte francique de la Moselle, allant sagement à l’église et trouvant son bonheur dans la classe moyenne bourgeoise, n’est qu’une apparence éphémère. Ce statu quo social est une lutte perpétuelle contre des forces intérieures et extérieures. L’intégration attendue par la famille luxembourgeoise de Martin et Elaine est un acte profondément réactionnaire, dans lequel l’individu/le Lëtzebuerger doit constamment lutter contre des pulsions de toute nature. Dans le cas de Martin, cela signifie réprimer les pulsions animales et transgressives de son être et de son corps. D’un autre côté, cela signifie aussi – comme le montre la scène la plus troublante du film –, se débarrasser d’êtres humains pour les dévorer par la suite. L’identité nationale n’est possible, telle est peut-être l’une des thèses du film, que si l’on vit et prospère aux dépens des autres. Il n’est peut-être pas possible de s’échapper de cette construction sociale. C’est sur cette prise de conscience que Molitor et Van Maele se rejoignent une fois de plus – tout comme leurs films respectifs, *Gutland* et *Kommunioun*.

Ce qui fait la force de *Kommunioun*, c’est qu’il utilise un genre non pas pour le genre lui-même, mais comme catalyseur. À cet égard, ce film surpasse largement *Mammejong*. On sent que Molitor a mieux su transmettre ses idées décalées à son scénario et à ses acteurs. Myriam Muller et Marco Lorenzini incarnent à merveille des psychopathes théâtraux ; Louise Manteau, l’actrice qui incarne Elaine, apporte une présence rafraîchissante et porte le film avec une grande assurance. On aurait juste souhaité que Molitor ose davantage. Plus de sang, plus de gore, plus d’« American Werewolf on the Musel », s’il vous plaît ! Les effets spéciaux et le maquillage sont réalisés avec beaucoup d’amour. Le point culminant – où une créature en images de synthèse sème joyeusement la pagaille – est malheureusement précipité au point d’en être frustrant. Soudain, le film prend la saveur insipide d’un film d’horreur ou d’un slasher ordinaire des années 70 : pendant plus d’une heure, il ne se passe absolument rien, et le maigre budget est investi dans quelques minutes très spectaculaires vers la fin du film. Mais *Kommunioun* n’est pas ce genre de film. Jacques Molitor prouve que la construction psychologique des personnages, l’atmosphère et la soif de sang peuvent très bien coexister. Même dans l’intérieur stérile et de mauvais goût de l’Urwald, qui, dans cette métaphore tirée par les cheveux, symbolise la scène cinématographique luxembourgeoise. S’il vous plaît, monsieur, pouvons-nous en avoir davantage… de sang et de gore ?