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Cinéma 4 min de lecture

Cadres photo

Cinéma

Article paru dans Édition juin 2023
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Wes Anderson prouve une fois de plus que les films peuvent être des cadres avec son dernier film, *Asteroid City*. Cette ville se trouve quelque part au milieu d’un désert aride et doit son nom à l’impact d’un astéroïde ; un lieu qui n’est jamais devenu l’attraction touristique que l’on espérait. Des couleurs pastel criardes dominent l’aspect extérieur, évoquant l’harmonie supposée qui devrait régner ici. Mais le photographe Augie Steenbeck (Jason Schwartman) se rend très vite compte que tout va de travers ici : en 1955, suite à une panne de voiture, il se retrouve contraint d’y séjourner avec ses enfants. Il fait rapidement la connaissance des nombreux habitants excentriques d’Asteroid City, et les visiteurs extraterrestres ne tardent pas à faire leur apparition…

Ce qui aurait pu être conçu par Wes Anderson comme une comédie caustique, pleine d’idées insolites et d’une opulence visuelle débordante, se perd assez rapidement dans un vide narratif aussi morne que le paysage désertique qui sert de décor. Plusieurs raisons expliquent cela : tout d’abord, l’intrigue que « Asteroid City » tente de développer ressemble bien plus à un prétexte destiné uniquement à mettre en avant ses stars de cinéma : des grands noms du cinéma tels que Tom Hanks, Edward Norton, Margot Robbie et Adrien Brody font leur apparition, mais ils ne parviennent plus à dégager une véritable présence de star et ne sont plus que des figurants dans l’univers cinématographique de Wes Anderson, si souvent qualifié de « maison de poupées ». D’autre part, cette histoire tout à fait confuse, qui s’empêtre dans de nombreux petits fils narratifs et récits-cadres, ne peut que s’enliser dans le néant. Non seulement une histoire d’amour est introduite parallèlement au fil narratif des étrangers en terrain inconnu – puisque Steenbeck trouve son âme sœur en la personne de l’icône du cinéma Midge Campbell (Scarlett Johansson) –, mais l’intrigue est en outre doublée par un récit en contrepoint. Le traitement médiatique des événements par le film lui-même, c’est-à-dire l’histoire de sa production, est présenté en parallèle, par fragments. Ces constructions narratives très lourdes correspondent d’ailleurs de manière frappante au style visuel opulent et très ornemental, caractérisé de façon ostentatoire et excessive par le cadrage et la composition symétrique. Dans tous les cas, cela ne fait que compliquer constamment l’accès à l’œuvre. Wes Anderson semble plutôt vouloir célébrer sa propre signature artistique. Il ne fait aucun doute qu’Anderson a développé un style cinématographique extrêmement singulier qui rend chacune de ses œuvres reconnaissables entre toutes, mais la complaisance avec laquelle ce réalisateur met en avant ce narcissisme a depuis longtemps – au plus tard avec *The Grand Budapest Hotel* (2014) – atteint son point mort. Avec *Asteroid City*, on assiste une fois de plus à un cas extrême où le médium se fige dans sa constitution, ne consistant même plus qu’en un effet post-mortem.

Les allusions à une vie extraterrestre ou encore les exclamations percutantes telles que « You can’t wake up if you don’t fall asleep » sont disséminées de manière décousue et sous forme de citations – Anderson se croit-il ainsi en phase avec son époque, cherche-t-il à formuler un commentaire sur la pandémie de coronavirus ? Le réseau thématique autour de la quarantaine forcée et de la doctrine d’État trace ces pistes, mais celles-ci restent très peu abouties. Il y a en tout cas suffisamment de matière à alimenter des théories du complot farfelues. On ne vit donc pas ce film aux côtés des personnages ; on les observe sans cesse, ils font partie d’une esthétique de la surconstruction. Montrer et raconter relèvent bien sûr de catégories de stimulation différentes. On regarde à travers une fenêtre, on a l’impression d’une représentation du monde réel, mais on observe en réalité un cadre de fenêtre. C’est cette référence constante des images à elles-mêmes qui constitue le caractère « de construction » de ce film, dont le geste de montrer détermine l’ensemble du contenu, à tel point qu’on peut en conclure qu’Asteroid City représente l’une de ces œuvres de fin de carrière qui ne se sent plus engagée qu’envers sa propre volonté esthétique.