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Cinéma 5 min de lecture

Le garçon en Rolls rencontre la fille du métro

Cinéma

Article paru dans Édition décembre 2021
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La Comédie française. Ces mots font souvent frissonner les cinéphiles. Il est toutefois difficile de déterminer d’emblée pourquoi la Comédie française ne jouit pas de la meilleure réputation qui soit. Que ce soit à cause du système français de financement du cinéma, qui perpétue la médiocrité devant et derrière la caméra, ou parce que les scénaristes se méprennent sur eux-mêmes et se prennent pour les héritiers de Michel Audiard – malgré cette mauvaise réputation auprès de la critique, les productions cinématographiques françaises qui remportent le plus de succès chaque année sont… les comédies. Certains cinéastes ne veulent pas rester les bras croisés face à cette tragédie comique. Bruno Dumont et Quentin Dupieux remuent vigoureusement le marécage créatif depuis maintenant plus de dix ans. Le premier confronte des acteurs amateurs à des personnages du grand écran – et de la Comédie Française (sic !) –, le second mêle la bêtise à des exercices de style formels. Et voilà que, soudain, ces films font parler d’eux à l’étranger. Et pas seulement dans les pays voisins. Un troisième nom viendrait compléter ce trio : Antonin Peretjatko. Avec son troisième long métrage, *La pièce rapportée*, il parvient enfin à percer dans les pays voisins.

À première vue, le titre et le contenu laissent présager un scénario classique. Un roman à sensation tout droit sorti d’un livre d’images. Paul Château-Têtard, fils à maman à plein temps d’une bobo parisienne du Seizième, doit prendre le métro pour la première fois de son existence de plus de 40 ans. Ces maudits taxis sont en grève et le temps presse. Un avion décolle dans moins d’une heure à destination d’Antibes. Sa maman, Adélaïde Château-Têtard, clouée dans un fauteuil roulant, l’y attend au bord de la piscine avec son chauffeur Raoul. Mais Paul apprend par la charmante Ava, au guichet du métro, qu’il est hors de question d’attraper cet avion à temps. Les deux jeunes gens préfèrent aller se promener dans le parc, manger une glace, et se retrouvent mariés peu de temps après. Au grand dam de la pure mère Adélaïde. Mais son désir d’avoir un héritier l’emporte sur le fait que son fils s’unisse en dehors de sa caste. Pourtant, cet héritier se fait longtemps attendre. Et quelque chose ne va pas avec Ava. Cette petite pute trompe sûrement son fils.

Dans le précédent film de Peretjatkos, *La loi de la jungle*, le personnage principal – en réalité stagiaire au ministère de la Norme – se retrouvait, après quelques détours, dans la jungle de la Guyane française. Et c’est là, au plus tard, dans cette jungle sud-américaine, que toutes les normes sont jetées par-dessus bord. Pour laisser place à l’anarchie. Parfois, le cinéma d’Antonin Peretjatko se distingue également par cette anarchie systématique dans la dramaturgie et la mise en scène. Une anarchie qui, d’un point de vue visuel, s’inspire des précurseurs de la Nouvelle Vague. Si ces aînés ont fini par céder au sérieux de leur rôle de pionniers, chez Peretjatko, tous les moyens sont bons pour un jeu malicieux, anarchique, mais surtout qui ne se prend jamais au sérieux. Et ce, malgré la mise en scène rigoureuse qui l’accompagne. Cette idée anarchique dans la forme déteint ainsi sur les personnages et le récit. *La fille du 14 juillet* et *La loi de la jungle* sont donc plus proches du caractère jazz de Boris Vian que de celui de Jean-Luc Godard.

Les adeptes de l’univers de Peretjatko attendent bien sûr avec impatience ses nouvelles créations. Et à cet égard, *La pièce rapportée* offre d’emblée une bonne dose de rebondissements. Dans un prologue débordant d’énergie, le réalisateur s’en prend à la bourgeoisie française, où une partie de chasseurs part peut-être à la poursuite du gibier, mais en profite pour abattre des gilets jaunes au passage. Peretjatko enferme la majeure partie de son intrigue dans les murs bourgeois du seizième arrondissement parisien et dans le fauteuil roulant de Josiane Balasko. Ce qui, malgré une pleine conscience des choix artistiques, ne fonctionne pas vraiment. La folie aérienne de ses films est étouffée par le cadre d’un théâtre de vaudeville. En apparence, on laisse davantage de place aux acteurs – l’utilisation de Josiane Balasko par des auteurs français tels que Claire Denis, les frères Larrieu dans *Tralala* ou, ici, Peretjatko, est très intéressante à observer –, mais malgré toutes les bonnes intentions de trouver de nouvelles voies, la pression et la poussière d’une tradition séculaire de la parole théâtrale française, prétendument sacrée, sont trop lourdes. La tentative de Peretjatko de conserver une forme et une critique légères devient de plus en plus difficile. Philippe Katerine finit par se lasser visiblement et Anaïs Demoustier ne peut, à elle seule, porter tout le film sur ses yeux brillants. Même si l’on se réjouit qu’elle s’éloigne brièvement de la troupe de Robert Guédiguian. Le fait que l’on finisse par sembler condamner son personnage est sans doute ce qu’il y a de plus déconcertant dans ce film. « Je ne tiens plus à m’ennuyer. » Quant à savoir si ce sont les paroles du personnage ou celles de Demoustier elle-même, la question reste ouverte.