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Cinéma 4 min de lecture

boucle sans fin

Cinéma

Article paru dans Édition janvier 2022
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Lorsque *Matrix* est sorti en salles en 1999, c’était une véritable nouveauté. Un événement cinématographique, des univers visuels inédits, un blockbuster grand public qui mettait les nouveaux effets spéciaux au service d’un débat philosophique postmoderne, mené par Jean Baudrillard, sur la réalité et la simulation. Au cœur de cette sombre vision du futur se trouvait Neo (Keanu Reeves), ou plutôt Thomas Anderson, qui ne se doutait de rien. C’est également le cas dans *Matrix Resurrections*, le quatrième volet de la série. Neo est prisonnier de la Matrice, une réalité virtuelle conçue par des machines et simulée par ordinateur, qui est pratiquement identique à notre monde. Plus précisément, Anderson se trouve dans les bureaux d’un groupe spécialisé dans les jeux vidéo. Il y a longtemps, il a développé un jeu vidéo à grand succès intitulé « The Matrix », qui lui a valu gloire et reconnaissance. Il doit désormais concevoir une suite, c’est ce que souhaite le groupe médiatique Warner Bros. Une réunion créative est convoquée afin de rassembler les éléments qui ont fait le succès du premier jeu : il faut plus de costumes noirs, plus d’action, plus de « Bullet Time ». C’est au plus tard avec cette scène que *Matrix Resurrections* devient une farce autoréférentielle. Avec un geste d’autodérision, le film se déconstruit lui-même : un projet de scénario pour « Matrix 4 » est examiné – oui, le film a en quelque sorte pour sujet lui-même et son processus de création. Thomas Anderson, cependant, sent peu à peu que quelque chose ne va pas. Il rencontre le mystérieux Morpheus (Yahya Abdul-Mateen), qui lui propose un moyen de s’échapper de ce monde illusoire, car Trinity (Carrie-Ann Moss), le grand amour de Neo, est elle aussi prisonnière de la Matrice à son insu et court un grave danger.

Y a-t-il un moyen de s’échapper de la Matrice ? Près de vingt ans après la trilogie « Matrix », Lana Wachowski revient sur cette question en misant avant tout sur un élément : une nostalgie métaréflexive et autoréférentielle. Pendant de longs moments, *Matrix Resurrections* ressemble à un remake de l’original, un film délibérément structuré autour des éléments qui ont fait le succès de 1999 : des scènes de combat inspirées du cinéma d’arts martiaux hongkongais ; le choix entre la pilule bleue et la pilule rouge ; le retour de personnages bien connus. Un public qui ne connaît pas l’original ni ses deux suites, *Matrix Reloaded* (2003) et *Matrix Revolutions* (2003), aura du mal à suivre *Matrix Resurrections*.

Ce qui frappe particulièrement dans ce film, c’est que, après toutes ces années, Wachowski ne semble plus avoir la moindre idée nouvelle. Dans *Matrix Resurrections*, la réalisatrice se contente surtout de se copier elle-même et laisse les idées autrefois originales dégénérer en clichés agaçants. Pourquoi répéter à tout prix ce que l’on a déjà parfaitement réussi ? Peut-être Warner Bros. compte-t-il sur un public qui ne souhaite rien d’autre que de se voir servir sans cesse les mêmes éléments de décor. À l’ère de l’univers cinématographique Marvel, il est d’ailleurs tout à fait logique d’exploiter sans cesse les idées que l’on a eues autrefois. Et c’est ainsi que le public obtient ce qui avait été défini lors de la réunion créative consacrée à la suite du jeu : de l’action grandiose, des cascades exécutées avec précision, des effets spéciaux époustouflants. Mais les effets spéciaux seuls – ce constat n’est vraiment pas nouveau – ne suffisent pas à porter un film.

Ou bien les Wachowski visent-ils autre chose ? L’ironie postmoderne, avec sa frénésie de citations et ses innombrables mises en abîme, a sans aucun doute connu son apogée dans les années 90, après avoir vu le jour dans les années 80, et a peut-être atteint son point culminant à l’aube du nouveau millénaire avec *Matrix*. Mais *Matrix Resurrections* ne trouve pas de nouvelle approche narrative capable de rivaliser avec les films précédents. *Matrix Resurrections* incarne ainsi un diagnostic décevant du public cinéphile des années 2020 : un public comme engourdi, prisonnier des boucles narratives sans fin que produisent les innombrables productions Marvel depuis désormais plus d’une décennie.