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Cinéma 4 min de lecture

banalités du quotidien

Pour son nouveau film, le réalisateur Martin McDonagh réunit à nouveau devant la caméra son duo d'acteurs fétiche, Colin Farrell et Brendan Gleeson. Après « In Bruges » (2008), McDonagh utilise à nouveau l’intrigue de «…

Article paru dans Édition janvier 2023
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Pour son nouveau film, le réalisateur Martin McDonagh réunit à nouveau devant la caméra son duo d’acteurs fétiche, Colin Farrell et Brendan Gleeson. Après « In Bruges » (2008), McDonagh utilise à nouveau l’intrigue de « The Banshees of Inisherin » comme simple prétexte pour développer une réflexion philosophique existentielle sur la vie et la mort : Deux amis de toujours, l’introverti Colm Doherty (Brendan Gleeson) et le plus extraverti Pádraic Súilleabháin (Colin Farrell), se trouvent à la croisée des chemins. Du jour au lendemain, Colm met fin à leur amitié. Il en a assez de ses bavardages insignifiants incessants et compte consacrer ses vieux jours à l’écriture et à la musique. Pádraic refuse d’accepter cette décision et exige des explications.

McDonagh met ici encore l’accent sur l’art du jeu d’acteur et fait confiance à ses deux acteurs principaux. La simple confrontation des points de vue opposés de deux tueurs à gages que tout oppose dans *In Bruges* a servi de trame de fond à un film de gangsters plutôt atypique, qui tire davantage sa force de ses dialogues délicieusement comiques que de la représentation du crime – une réflexion sur la détermination, le libre arbitre, la vie et la mort. Cela n’a en rien nui à l’exploration des thèmes typiques du genre que sont l’honneur et la loyauté. Dans *The Banshees of Inisherin*, McDonagh procède de manière similaire : libéré de toutes les associations classiques liées au genre, il tisse une toile philosophique existentielle à partir des banalités et des besoins du quotidien, de la liberté et de l’autodétermination. Tout commence lorsqu’un homme prend conscience que sa situation de vie est perturbée, qu’il faut rompre avec la routine. Mais vouloir mettre des mots sur cette aliénation au cœur de la vie quotidienne ne mène nulle part. La situation initiale d’un drame existentiel bascule dans la comédie à partir du moment où l’interlocuteur exige non seulement des explications rationnelles pour ce changement d’humeur, mais insiste même pour les obtenir. Dans un renversement du dicton méphistophélique, Pádraic fait partie de cette force qui veut toujours le bien mais ne fait que le mal. Tous ses efforts pour rétablir l’ordre social se retournent contre lui. C’est ce qui rend ce Pádraic d’une tragédie déchirante. Son homologue, Colm Doherty, ne peut toutefois jamais être pleinement compris, car la complexité de ses sentiments échappe à toute expression verbale, toute mise en mots constituant une réduction de cette complexité. Tous deux ne se rendent toutefois pas compte qu’ils ne peuvent déterminer leur bonheur personnel qu’à travers l’autre – que ce soit par sa présence ou par son absence.

Le film tire son humour à la fois particulièrement joyeux et triste non seulement de ses dialogues incisifs, mais surtout des limites inhérentes à la nature même de ses personnages. *The Banshees of Inisherin* est sans doute, plus que tout autre, ce que l’on pourrait qualifier de tragicomédie. C’est là où la banalité, dans toute son absurdité, et l’humour noir, dans toute sa grossièreté, se rejoignent que le film de McDonagh tire tout son intérêt. Un facteur important dans cet hymne à la signification universelle et à la futilité simultanée de l’existence humaine est notamment le cadre grandiose de la côte nord de l’Irlande, qui, avec toute son atmosphère subtilement morbide, offre un terreau fertile au développement du conflit. La tragicomédie noire devient tumultueuse et sanglante à mesure que la situation s’aggrave : les discussions sur l’amitié et le sens de la vie débouchent soudainement sur une gravité mortelle. Au-delà de son cadre typiquement nord-irlandais des années 1920 – le paysage, les pubs locaux, l’anglais teinté d’un fort accent irlandais –, *The Banshees of Inisherin* est une réflexion très profonde sur les questions du vivre-ensemble au quotidien : Qu’est-ce qui caractérise une routine, ou plus précisément : une routine au sein d’une relation interpersonnelle ? Où commence le respect des limites que l’autre a fixées ? Comment renouveler la vie en société de manière saine ?