En réalité, le réseau de grottes de Tham Luang, en Thaïlande, ne présente aucun danger ; par temps sec, on peut même le traverser en toute sérénité. Il n’en va toutefois pas de même lors des fortes averses, la mousson, qui s’abat régulièrement sur les montagnes thaïlandaises. En 2018, douze enfants et leur entraîneur de football, qui guidait le groupe, en ont fait la douloureuse expérience alors qu’ils s’étaient déjà enfoncés de plusieurs mètres dans le réseau de galeries. À cause des fortes pluies qui ont inondé la grotte, ils étaient condamnés à une mort certaine. Grâce à une opération de sauvetage de grande envergure qui a tenu le monde en haleine pendant environ dix-huit jours, le drame de la grotte de Tham Luang est rapidement entré dans l’histoire et a déjà fait l’objet de trois adaptations cinématographiques : *The Cave* (2019), *13 Lost : The Untold Story of The Thai Cave Rescue (2020) et The Rescue (2021), il a déjà fait l’objet de trois adaptations cinématographiques.
Avec *Thirteen Lives*, réalisé par Ron Howard, c’est désormais un cinéaste hollywoodien chevronné qui s’est emparé de ce sujet pour raconter ce drame de sauvetage à travers le regard des plongeurs britanniques Rick Stanton (Viggo Mortensen), John Volanthen (Colin Farrell) et de l’anesthésiste australien Richard Harris (Joel Edgerton), qui ont participé bénévolement à cette tentative de sauvetage. Que cet incident se prête particulièrement bien à un film hollywoodien n’a bien sûr rien de surprenant, puisqu’il met ici en avant la grande force d’impact du geste collectif, la libération par l’action commune. Mais avant d’en arriver là, il faut attendre longtemps. Au lieu de se précipiter vers le moment décisif du sauvetage, Ron Howard prend tout son temps pour décrire les préparatifs de la mission et mettre en parallèle les différents points de vue et états d’esprit. L’opération de sauvetage dépeinte dans *Thirteen Lives* est marquée par un étrange mélange d’hésitation et de pragmatisme, de doute et de créativité. Mais par-dessus tout pèse l’inévitabilité de la contrainte. Mortensen porte de manière impressionnante sur ses épaules le poids de ce sens des responsabilités, et avec lui tout le film – un véritable tour de force d’interprétation. Certes, le film rejette la lecture du récit du « sauveur blanc » en mettant sans cesse en avant la diversité des participants. Ainsi, un technicien des eaux de Bangkok collabore avec un habitant de la région, proche de la nature, pour mettre au point un système de drainage qui sauvera des vies. Il en ressort clairement qu’il ne s’agit pas ici tant de mettre en avant des héros que de montrer un dévouement résolu qui débouche sur une détermination pour le moins folle.
« Thirteen Lives » peut ainsi être considéré comme l’une des tentatives les plus réussies de dialogue entre la sensibilité hollywoodienne américaine et la réalité, et ce pas seulement en ce qui concerne les aspects liés au langage cinématographique. Ron Howard a délibérément conçu son film dans le respect des faits réels ; contrairement à ce que l’on observe habituellement dans les productions grand public, il ne cherche pas à déformer, remplacer, exagérer, voire réécrire de manière dramatique les événements réels, mais plutôt à les retravailler dans un esprit de commémoration, tout en les inscrivant dans la continuité de son œuvre. Cette continuité dans son œuvre est avant tout forgée par la situation extrême. Apollo 13 (1995), Cinderella Man (2005) ou Rush (2013) s’inspirent d’événements réels marquants qui montrent des personnes confrontées à des situations extrêmes. Comme ici, c’est le maintien de la courbe de tension qui fait l’intensité cinématographique. Mais ce qui caractérise particulièrement Thirteen Lives dans son effet oppressant, c’est la réduction de l’espace cinématographique à quelques décors et le point culminant de l’intrigue dans ce lieu toujours identique qu’est la grotte. C’est là que réside la force cinématographique du film, notamment parce qu’il sait exploiter de manière impressionnante le format grand écran de la salle de cinéma. Thirteen Lives dépeint un univers claustrophobe où toute fuite verticale est impossible ; il ne reste que l’horizontale, c’est-à-dire la traversée directe des puits. L’étendue de l’action en largeur y est palpable – une impression que les supports vidéo grand public ne peuvent restituer que de manière limitée. Le fait que Thirteen Lives soit principalement disponible sur la plateforme de streaming Amazon Prime ne plaide généralement pas en faveur des services de streaming.