James Bond : ce nom est synonyme d’élégance. Il incarne tout ce qui rend cet espion fascinant et captivant : la liberté d’exercer tout son pouvoir, il décide de la vie et de la mort, les femmes sont à ses pieds ; un bon vivant qui, au cours de ses missions, parcourt des lieux exotiques et boit volontiers son vodka martini « secoué, pas remué ». La nouvelle série d’espionnage à suspense Slow Horses, réalisée par James Hawes, n’a pratiquement rien en commun avec les univers fascinants et palpitants que dépeignent les films de James Bond : au cœur de Slow Horses se trouve Jackson Lamb – un nom qui, rien que par sa sonorité, a perdu tout son éclat. Lamb (Gary Oldman) est le directeur de Slough House, un établissement complètement en déclin appartenant aux services secrets britanniques MI5, qui accueille des espions mis au rebut pour diverses raisons et relégués à des tâches administratives. Ce sont ces « Slow Horses » qui donnent son titre à la série, des agents désespérés qui tuent le temps en espérant une nouvelle mission importante.
Cette opportunité semble soudain se présenter alors que des liens entre les hautes sphères du gouvernement et des groupes d’extrême droite se dessinent de plus en plus clairement, jetant une ombre sur la directrice du MI5, Diana Taverner (Kristin Scott Thomas). C’est désormais l’occasion pour les « has-been » de l’entourage de Lamb, comme le fougueux River Cartwright (Jack Lowden) ou la discrète Sid Barker (Olivia Cooke), de prouver leurs véritables capacités et de démêler cette toile d’intrigues et de tromperies.
« Slow Horses », adapté du roman de Mick Herron, Morwenna Banks et Will Smith, tire davantage sa force de son casting que de la construction de l’intrigue, qui suit des schémas très conventionnels. Gary Oldman incarne ce Jackson Lamb avec une autorité autoritaire, une certaine condescendance, mais aussi une pointe de bienveillance : ce sont des idiots qu’il supervise, mais ce sont tout de même ses idiots, semble-t-il dire. Son personnage de Jackson Lamb montre ce qu’est sans doute devenu Smiley (également incarné par Gary Oldman) dans l’adaptation cinématographique du roman de John Le Carré, Tinker Tailor Soldier Spy (2011), après avoir démasqué sa propre organisation – à l’époque de la Guerre froide. Dans *Tinker Tailor Soldier Spy*, le film d’espionnage avait peut-être trouvé une sorte d’apothéose d’un nouveau type de personnage : le perdant héroïque. À la fin, Smiley n’avait plus d’autre choix que de constater que les dirigeants de sa propre organisation de renseignement n’étaient fidèles qu’à eux-mêmes ; la tromperie résidait dans le comportement humain lui-même ; ce qui restait, c’était un agent déçu, complètement désabusé et solitaire qui, mis en scène de manière poétiquement exagérée, ne dégageait plus que de la fatigue et de la désillusion.
C’est en quelque sorte là qu’intervient *Slow Horses*, qui reprend ce type de personnage avec Jackson Lamb, tout en l’imprégnant d’une bonne dose de cynisme. Lamb est déjà, rien qu’à son apparence, une épave ; il affiche ouvertement les signes de sa négligence : sale, les cheveux en bataille, des vêtements usés. Ce qui, chez James Bond, ne pouvait qu’aller de pair – la mission réussie et l’apparence impeccable –, est chez Jackson Lamb en totale contradiction : Il semble négliger son apparence autant qu’il veille à sa consommation d’alcool. Pour Lamb, l’espionnage consiste à traiter des dossiers administratifs et à veiller à ce qu’aucun de ses « Slow Horses » ne cause de gros dégâts. Lorsque l’ordre habituel vole en éclats et que l’excitation fait irruption dans le quotidien, ce Jackson Lamb reste visiblement de marbre, contrairement à l’euphorie de ses collègues. Une affaire aux répercussions considérables l’attend, mais en réalité, Lamb n’en a tout simplement plus envie. La Guerre froide appartient depuis longtemps au passé, mais le jeu des espions reste, d’une certaine manière, toujours le même : on joue selon les règles de Moscou et selon les règles britanniques ; c’est bien sûr un « Strange Game », comme Mick Jagger nous le clame haut et fort au générique de fin.