Le Parti écologiste est en perte de vitesse. Début juillet, Sam Tanson est la première Verte à figurer dans le Politmonitor, à la douzième place en termes de « sympathie et de compétence ». À égalité avec Laurent Mosar, François Bausch occupe la 22e place. Il est ainsi le deuxième Vert le plus populaire. En juin, le parti a perdu 13 mandats municipaux ; par rapport à 2017, ses scores ont globalement reculé de 3,7 points de pourcentage. Selon le Politmonitor, seuls 22 % des personnes interrogées souhaitaient, avant la pause estivale, que les Verts participent au futur gouvernement ; deux mois avant les élections municipales, ce chiffre s’élevait tout de même à 29 %.
Dans une interview accordée à Télécran, Sam Tanson n’a pas voulu dresser un bilan entièrement pessimiste des élections municipales et a tenté de relativiser ce mauvais résultat, rappelant qu’en 2017, le parti avait enregistré une progression relativement forte. Mais bien sûr, « on se réjouit davantage quand on bénéficie d’un élan supplémentaire. Ce n’était malheureusement pas le cas », a-t-elle ajouté. Interrogée sur les élections municipales dans l’émission « Kloertext » de RTL, Joëlle Welfring déclare : « Oui, ces résultats nous inquiètent. Mais ce qui nous importe, c’est la cause, et nous avons mené une politique climatique qui – contrairement à ce qui se passe en Allemagne – rallie les gens. » Elle souhaite faire passer le message suivant : nous ne sommes pas un parti de l’interdiction. La présentatrice Caroline Mart insiste pour savoir pourquoi personne n’en tient compte. Joëlle Welfring ne fournit aucune analyse, mais se contente de rassurer une nouvelle fois : « Nous avons fait preuve d’un grand engagement en matière de protection de la nature. Nous avons le soutien des communes. C’est là-dessus que nous nous concentrons. » L’objectif est d’engager le dialogue avec les électeurs avant le 8 octobre et de mettre en avant ce bilan positif.
Avant les élections municipales, l’ambiance était tendue. Dans le quartier Est, une candidate a été insultée devant chez elle et sa voiture a été rayée. Des affiches électorales ont été recouvertes de la mention « éco-terroristes », d’autres ont été endommagées ou recouvertes de symboles nazis. Dix jours avant le scrutin, les visages des têtes de liste de l’arrondissement Est ont été recouverts d’un chat mort. Pendant la campagne électorale municipale, Pierre Weimerskirch, qui dirige la rédaction de RTL Online, a déclaré au journal *Der Land* que le ton s’était durci. Les responsables politiques verts « polariseraient énormément » ; dans les rubriques de commentaires, on reproche aux Verts d’être un parti d’interdiction indémirable et antidémocratique qui mènerait le pays à la ruine. Il s’agirait d’une copie du « parti allemand des scandales et du népotisme ».
Certains partis s’en prennent également à la politique verte. La candidate Carole Dentzer, qui a finalisé cette semaine avec Bas Schagen le site Internet du parti Liberté, a écrit sur Facebook qu’en tant que membre de « Carmeet » et de la scène du tuning automobile, elle souhaitait défendre les intérêts de ces communautés. Les voitures électriques mettraient fin à la scène du tuning automobile : « Les échanges animés entre amis passionnés de sport automobile et le savoir-faire des mécaniciens qui savent encore vraiment s’y prendre avec les voitures tombent dans l’oubli. » C’est pourquoi elle s’oppose à la disparition des moteurs à combustion. « Où est passé le droit au libre choix ? » Dans le Quotidien, le tête de liste de l’ADR, Fred Keup, a déclaré cette semaine qu’il fallait rester ouvert aux énergies fossiles. Lors du congrès de l’ADR au début de l’année, il a par ailleurs mis en garde contre une éventuelle interdiction des voitures – la politique d’interdiction étant d’ailleurs une mode omniprésente. La présidente des Femmes de l’ADR, Sylvie Mischel, affirme quant à elle, au sujet de la politique féministe : « Nous disons non aux Verts ». Dans sa vidéo YouTube intitulée « Klimaterror Lëtzebuerg », Roy Holzem, membre du parti « déi Konservativ », affirme que « les politiciens du système font tout pour vous mentir : obligation de rénovation ! Obligation de chauffage ! – c’est ainsi qu’on veut se plier à une politique européenne perfide ». En arrière-plan, le commentaire de blog « Bienvenue dans la dictature climatique » s’affiche et quelques éclairs traversent l’écran. « Déi Konservativ » serait le seul parti à souligner que « ce qu’ils font là est tout à fait impossible à mettre en œuvre ».
L’initiative citoyenne « Energie mat Verstand – Keng Wandmillen viru Bierden » illustre bien comment une critique, au départ légitime, concernant l’implantation d’éoliennes peut se transformer en une aversion pour la politique énergétique verte. L’initiative citoyenne adopte un ton de plus en plus agressif : elle parle de « monstres éoliens » et d’une « nuisance visuelle » qui produirait des « infrasons dangereux » et des ombres gênantes, voire nocives pour la santé. Elle se considère comme victime de la transition énergétique verte : « Un débat public sur l’énergie éolienne est plus que nécessaire si nous ne voulons pas, comme nos voisins allemands, nous retrouver dans une impasse. » Une politique énergétique durable ne serait « ni judicieuse ni rentable ». 93 % des habitants de Bürden ont soutenu la collecte de signatures de l’initiative. Dans ces discours, ce n’est pas le changement climatique qui menace la survie de l’humanité, mais la politique des Verts qui menace les citoyens ; c’est pourquoi il faut lutter contre la prétendue « éco-dictature ». Une partie du spectre anti-Verts a sombré dans des idéologies complotistes qui rendent le débat sur la cohabitation future pratiquement impossible et entravent les processus démocratiques, car un échange ouvert et raisonnable est un élément central de la démocratie. Selon une étude représentative de la Fondation Friedrich-Ebert réalisée en 2020/2021 sous la direction de Franziska Schroeter, près d’une personne sur dix rejette actuellement l’affirmation selon laquelle il existerait un changement climatique d’origine humaine clairement perceptible.
La dévalorisation des mesures environnementales ne se limite généralement pas à une critique du parti vert, mais vise également à rejaillir sur la politique environnementale du centre. « Cette stratégie semble porter ses fruits dans une certaine mesure. Récemment, des responsables politiques du CSV ont voté contre la restauration des écosystèmes détruits au Parlement européen », analyse Meris Sehovic, coprésident du Parti vert, dans une interview accordée au journal *Der Land*. En février, Laurent Mosar a tweeté : « J’ai parfois l’impression que, pour certains, la lutte contre le changement climatique n’est qu’un prétexte pour un changement de système accompagnant la suppression de la démocratie. » Les Verts entendent contrer cette tendance par des messages optimistes – meilleure qualité de l’air, protection de l’eau et participation citoyenne à la transition énergétique –, explique M. Sehovic. Le « Green-Bashing », qui relève du droit pénal, fera l’objet de plaintes.
Alors que les détracteurs des Verts ne font de toute façon pas partie de l’électorat de ce parti, le DP est devenu une menace sérieuse face à l’érosion de leur électorat. En juillet, le Premier ministre Xavier Bettel s’est présenté devant 450 membres de son parti au centre culturel Syrkus et s’est proclamé « Premier ministre du climat ». Il a misé sur quelques slogans rassurants : « Les gens ne sont pas le problème, ils sont la solution. » Et il a promis une protection du climat sans renoncement et sans perte de confort. De son côté, Lex Delles a souligné lors du congrès du parti qu’il était opposé à toute forme de « politique climatique à la dure ». En novembre 2022, lors de la Conférence mondiale sur le climat à Charm el-Cheikh, Xavier Bettel a profité de la tribune pour se présenter comme un homme politique engagé en faveur du climat, comme l’a rapporté le Tageblatt. Dans son discours devant les chefs d’État réunis à la COP27, M. Bettel a souligné que les mesures prises par son gouvernement dans le domaine des énergies renouvelables constituaient « un élément important de la protection du climat, mais aussi de notre sécurité d’approvisionnement nationale ». Le programme électoral regorge de mots tels que « intégrer », « soutenir », « créer des incitations ». Ainsi, les citoyens doivent pouvoir « choisir librement » leur moyen de transport (tout comme une plaque d’immatriculation « personnalisée »). Dans le même temps, le programme critique les Verts pour leur position jugée trop stricte. On y lit notamment qu’il existe des « lois inutilement restrictives, notamment en matière de protection de l’environnement », en référence aux projets immobiliers.
C’est surtout dans le secteur agricole que le DP a gagné du terrain face aux Verts. L’agriculteur bio Luc Emering est assesseur à Dippach et a présidé les « Jongbauren » jusqu’en juillet 2023. Dans le sud, il se présente aux élections sous la bannière du DP et concilie avec éloquence écologie et économie. Fin juin, Marco Koeune, maire du DP et agriculteur bio, a par ailleurs pris la présidence de l’Alliance des agriculteurs, qui compte 400 membres. Aucun autre parti ne compte d’agriculteurs bio exerçant un mandat politique. Le programme du DP reprend la revendication de l’Alliance en faveur d’un ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture, ainsi qu’un accent mis sur les productions de niche.
Avec Jeff Feller, c’est un végétalien engagé dans la cause écologique et utilisateur des transports en commun qui siège au sein du cabinet du Premier ministre. Il a participé à la rédaction des deux derniers discours sur l’état de la nation. On y trouvait notamment des phrases telles que : « Malgré les crises et les défis actuels, le changement climatique reste la menace la plus grave et la plus immédiate pour l’humanité. Ce n’est pas une menace qui se concrétisera dans quelques décennies : elle est déjà bien réelle. » Max Hahn, ministre de la Famille et ingénieur en électrotechnique de formation, candidat du DP dans le sud, a joué un rôle déterminant dans l’élaboration du programme sur les énergies renouvelables. Le DP promet l’installation de panneaux solaires sur chaque nouveau hangar industriel, ainsi que sur les parkings « d’une certaine taille » et sur « différents tronçons d’autoroute ». « Le point vert dans le logo de notre parti est important pour moi », déclare Max Hahn au journal *Der Land*. En 2008, une tache verte est apparue dans le logo du parti et le numéro de liste se détache dans un cercle vert – la couleur n’a pas été choisie au hasard. Quelques années avant les élections de 2013, des dîners informels et confidentiels ont été organisés entre les principaux dirigeants du DP et de Déi Gréng afin d’explorer les points communs. Lors de ces rencontres, Claude Meisch et Paul Helminger ont même rêvé d’une fusion bleu-vert. Mais les Verts n’ont pas donné suite à ce scénario, comme le note Romain Meyer dans sa biographie consacrée à François Bausch.
Au printemps encore, le Parti vert souhaitait axer sa campagne sur la notion de liberté. Fin mars, lors d’un congrès extraordinaire, la tête de liste Sam Tanson a déclaré qu’aucun autre parti n’avait jamais été envisageable à ses yeux. Un parti « pour lequel il est extrêmement important de venir en aide précisément à ceux qui n’ont pas assez ». En même temps, ce parti est libéral et correspond à son attachement à la liberté : « Je pense que, sur le plan social, nous devons laisser aux gens toutes les libertés dont ils disposent, et que nous ne pouvons pas leur dicter comment ils doivent vivre ni comment ils doivent se comporter », comme l’a rapporté le journal *Das Land*. L’objectif était ainsi de lutter contre l’image d’un « parti des interdictions » et d’apporter une interprétation « verte » à la notion de liberté. Car bien que les Verts n’évoquent pratiquement jamais les interdictions (le terme apparaît quatre fois dans le programme du parti, notamment en rapport avec la chasse au renard), ils sont dénigrés comme tels. On s’en est désormais éloigné. Un débat sur les conditions de la possibilité de la liberté serait trop philosophique, affirme le parti. (On craignait probablement que la banalisation actuelle de la notion de liberté ne conduise à un débat trop trivial). C’est avec le slogan « Une vie digne, juste et tournée vers l’avenir – voilà notre Luxembourg » que le parti entame désormais l’automne. Le bilan évoqué par Joëlle Welfring dans le Kloertext s’est concrétisé mercredi sous la forme d’une brochure distribuée dans les boîtes aux lettres du Grand-Duché. Le journal Reporter a notamment mis en avant, dans ce bilan, la taxe sur le CO₂ – un « projet phare » des Verts. Selon le journaliste Laurent Schmit, la taxe sur le CO₂ aurait eu un effet incitatif depuis son introduction en 2021 et aurait permis de réduire les émissions du secteur des transports de 6,2 millions de tonnes de CO₂ en 2019 à 4,3 millions de tonnes l’année dernière.
« Eise Bilan 2018-2023 », tel est le titre de la brochure – cela fait un peu scolaire. Les premiers de la classe, selon l’attitude habituelle des Verts, veulent expliquer ce qu’ils font de bien. Cela peut paraître moralisateur, voire susciter du rejet : le premier de la classe veut rappeler aux autres, de manière un peu désagréable, qu’ils ne sont peut-être pas les plus malins après tout. De plus, la protection de l’environnement est associée aux portefeuilles bien garnis. Car c’est auprès des personnes aisées qu’ils trouvent un écho : à Walferdingen, Schüttringen, Strassen et Niederanven, les Verts ont progressé en juin. Selon l’Agence fédérale pour l’éducation politique, les électeurs verts disposent de revenus supérieurs à la moyenne et des niveaux d’études les plus élevés. Ils sont employés dans les secteurs des services et de l’éducation et appartiennent aux nouvelles classes moyennes. Les femmes sont légèrement plus nombreuses que les hommes à voter pour ce parti. Les chiffres allemands sont probablement transposables aux Verts locaux. Or, leurs mesures en faveur des personnes à faibles revenus ne sont pas si modestes que cela : Le programme électoral précise que l’on souhaite lutter contre les inégalités sociales « en augmentant le taux d’imposition maximal » ; les ménages dont le revenu ne dépasse pas le triple du salaire minimum doivent bénéficier d’allègements fiscaux ; le montant maximal du crédit d’impôt pour les parents isolés doit être augmenté. Les Verts souhaitent une « imposition équitable du capital ainsi que des revenus du capital ». L’allocation familiale de base doit être recalculée et adaptée, et des aides spéciales liées à la transition énergétique doivent être mises à la disposition des ménages à faibles revenus.
La tête de liste Sam Tanson n’utilise pas sa famille pour prendre des selfies de campagne. Et, selon certaines sources, elle n’utilise pas non plus ses visites de projets environnementaux pour se mettre en avant sur les réseaux sociaux. « C’est vrai, je ne suis pas tombée dans la folie des selfies », répond-elle lorsqu’on l’interroge à ce sujet. Le fait que Xavier Bettel se présente comme le « Premier ministre du climat » ne la dérange pas. « Que d’autres partis s’emparent également de ce sujet souligne bien son importance », rétorque Meris Sehovic. Mais ce sont les Verts qui en sont à l’origine.
Les Verts ne manqueront toutefois pas de connaître un automne mouvementé. Le DP affirme être les meilleurs Verts. Parallèlement, il faut craindre une radicalisation du débat politique sous l’influence des climatosceptiques. Avec « Eise Bilan » et un style objectif et défensif, la tête de liste des Verts entend mettre un frein à la perte d’électeurs.