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Arts plastiques 9 min de lecture

Ville de Marken, sur la Sarre

À Mettlach, Villeroy & Boch réaménage d'anciennes friches industrielles en collaboration avec la municipalité. L'histoire du groupe, présentée dans le musée d'entreprise récemment inauguré, reste également une priorité pour la direction.

Article paru dans Édition avril 2026
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Vieux Luxembourg : on l’a sans doute vu sur bien des tables lors des fêtes de Pâques – sous la forme d’un service de table complet sorti du placard des parents, repris par de jeunes familles ou adopté par des expatriés nouvellement installés comme signe de leur intégration. Cette porcelaine présente de délicates vrilles florales bleu cobalt et des feuilles en filigrane sur un fond émaillé blanc, agrémentées de fins reliefs. Elle date de la fin de la période rococo et s’inspire du bleu de Delft. Aujourd’hui encore, le « décor à la brindille » est considéré comme l’incarnation même de l’art de la table luxembourgeois. Ses origines remontent pourtant à une époque antérieure à la fondation de l’État luxembourgeois.

Conservée dans le buffet, cette vaisselle a survécu à la destruction de la manufacture Villeroy & Boch à Septfontaines en 1795 par les troupes révolutionnaires françaises, puis au bouleversement politique de 1839. Véritable vestige d’un monde disparu et, en même temps, point de repère au cœur de ce nouvel ordre dans lequel on s’est retrouvé plongé, plus ou moins sans avoir son mot à dire. Certes, la « soupe » du traité de Londres – l’indépendance accordée aux Luxembourgeois – n’a peut-être pas été dégustée par la majorité des habitants du Vieux Luxembourg, mais en revanche, les faïences prérévolutionnaires sont devenues, dans le jeune Luxembourg de la fin du XIXe siècle, des objets de collection très recherchés. Et depuis les années 1970 au plus tard, lorsque Villeroy & Boch a décidé de rééditer ce design en l’adaptant aux habitudes de table actuelles, elles sont peut-être même devenues un symbole de la manière dont une initiative personnelle peut naître d’une attribution extérieure.

En 2010, la fermeture du site de Luxembourg a marqué une rupture provisoire avec plus de 200 ans d’histoire de l’entreprise. Ce conflit social très vif, dans lequel les ouvriers se sentaient abandonnés par l’entreprise malgré un travail pénible et exigeant (woxx, 29 octobre 2009), a également envoyé un signal négatif quant à l’avenir industriel du Luxembourg, quatre ans après la vente des parts d’ARBED. Comme on pouvait s’y attendre, le musée de l’entreprise situé au siège social de Mettlach ne mentionne que très peu, voire pas du tout, ces événements.

Depuis le parking gratuit de la Saaruferstraße, en face de la charmante église néo-gothique Saint-Joseph, où se trouve le caveau familial des von Boch, le visiteur accède au premier étage par l’entrée latérale moderne d’un bâtiment industriel rénové. Devant une barrière automatique, il est accueilli par un globe terrestre sur lequel sont inscrites quelques adresses célèbres dont Villeroy & Boch a participé à l’aménagement intérieur : l’hôtel Knickerbocker à New York, le KaDeWe à Berlin ou encore le Grand Hôtel à Stockholm. Une fois la barrière franchie, le visiteur pénètre dans la première partie de l’exposition : une reproduction de l’impressionnante laiterie Pfunds de Dresde, avec son comptoir, son gramophone et ses chaises Thonet, qui servait autrefois de café dans l’ancien musée de la céramique, mais qui ne fait aujourd’hui plus que de décor. De là, le parcours mène à plusieurs étapes où les visiteurs peuvent découvrir les composants de la porcelaine et les différentes étapes de production – moulage, ébauche, test de résonance –, puis se poursuit dans un showroom présentant des toilettes à chasse d’eau diagonale, des baignoires qui semblent flotter et des lavabos mats issus de la dernière collection. Le parcours s’achève dans une pièce aux senteurs fraîches, décorée dans des tons verts et gris et agrémentée de sons de la nature. C’est au plus tard à ce moment-là que le visiteur prend conscience qu’il se trouve dans un musée d’entreprise.

Le musée proprement dit se trouve derrière, dans ce qu’on appelle la « salle du trésor », une salle d’apparat de l’ancienne abbaye bénédictine. En passant devant une salle de bains élégante des années 1920, avec ses carreaux muraux vert foncé, ses équipements sanitaires massifs, ses pommeaux de douche en forme de téléphone et ses lavabos sans mitigeur sur la gauche, ainsi que de la salle de bains psychédélique signée Luigi Colani, datant des années 1970, avec ses murs aux tons bruns chatoyants, ses lavabos courbés d’un vert intense et ses carreaux couleur abricot, on pénètre dans la partie chronologique de l’exposition.

Elle retrace l’histoire fascinante et transrégionale de Villeroy & Boch, depuis ses modestes débuts à Deutsch-Oth et Septfontaines jusqu’à sa nomination en tant que manufacture impériale de porcelaine sous Marie-Thérèse. On peut y admirer de superbes soupières rococo, des encriers en faïence, des salières et poivrières, ainsi que des marmites à soupe arborant le célèbre décor « Manoir ». Les courants historiques tels que l’historicisme et l’Art nouveau illustrent l’évolution du design au fil des siècles. Les « carreaux de Mettlach », mondialement connus, constituent un point fort particulier : il s’agit de carreaux de sol et de mur en céramique, inspirés de la mosaïque romaine de Nennig. Sous la direction d’Eugen von Boch (1809–1898), l’entreprise a su allier l’esthétique antique à la production industrielle. Dès 1869, Villeroy & Boch ouvrit sa propre usine de mosaïques, et ses carreaux trouvèrent leur place dans les gares, les théâtres et les églises de toute l’Europe. Eugen von Boch, anobli en 1892 par la Prusse, posa ainsi les fondements de la réputation de Villeroy & Boch. L’exposition présente également des commandes exclusives pour des clients aristocratiques et ecclésiastiques, notamment le service bleu-blanc-rouge destiné à Louis II, prince héritier de Bavière, ou encore des services de table pour le Vatican. On y trouve également des icônes du design des années 1960, telles que « La Boule » d’Helen von Boch.

La salle située derrière est consacrée à la famille. Les Bochs exploitaient depuis 1748 un atelier de poterie prospère au Luxembourg, tandis que la famille Villeroy dirigeait déjà sa propre manufacture de céramique et de porcelaine en France. En 1836, les deux familles ont conclu un partenariat, et grâce à des mariages entre leurs membres, les entreprises et les liens familiaux ont été étroitement unis. Cette famille aisée comptait également des artistes : Eugène Boch (1855-1941) était un peintre belge qui a étudié la peinture à Paris et est devenu un ami de Vincent van Gogh. La sœur d’Eugène, Anna Boch, était également peintre, membre du groupe d’artistes « Les XX » et une importante mécène d’artistes, dont van Gogh, dont elle acquit un tableau qui fut longtemps considéré comme la seule œuvre vendue de son vivant. Plusieurs tableaux remarquables de ces deux frères et sœurs sont exposés.

Le visiteur en apprend relativement peu sur les années 1933 à 1945. Certes, le service de table de la société Zeppelin figure parmi les objets exposés, mais rien n’est dit sur le mariage, en 1909, de l’héritière de la famille Boch, Martha von Boch, avec Franz von Papen, précurseur d’Hitler sur la voie du pouvoir et fossoyeur de la République de Weimar, dont la fonction de chancelier du Reich en 1932, puis de vice-chancelier au sein du gouvernement hitlérien, fit de lui une figure clé du renversement de la démocratie, n’est pas évoqué. Le thème des travailleurs forcés soviétiques n’est pas non plus abordé. L’existence d’un camp de travailleuses de l’Est à Mettlach est pourtant historiquement attestée.

Dans une station vidéo, les héritiers s’expriment longuement. C’est avec fierté qu’ils évoquent la Confrérie Saint-Antoine de Septfontaines, fondée par Pierre-Joseph Boch – un système précurseur d’assurance sociale auquel contribuaient tant les salariés que l’entreprise et qui aurait plus tard inspiré Bismarck pour son système de sécurité sociale. Un coup d’œil à l’histoire récente de l’entreprise montre toutefois qu’en 2010, Villeroy & Boch, ainsi que plusieurs autres fabricants, a été condamnée par la Commission européenne à une amende d’environ 71,5 millions d’euros pour des ententes présumées sur les prix sur le marché des équipements sanitaires. L’entreprise a fait appel et a contesté les accusations, mais la Cour de justice de l’Union européenne a par la suite confirmé la sanction.

Depuis l’ancienne abbaye bénédictine, on peut admirer le château de Saareck, situé de l’autre côté de la Sarre, qui servait autrefois de résidence et de siège de représentation aux familles Boch et Villeroy. Aujourd’hui, le château est utilisé pour des mariages et d’autres événements et abrite un hôtel de luxe. L’ancien haras se trouve à proximité immédiate. Les traces de la dynastie de la céramique sont omniprésentes à Mettlach. L’église de pèlerinage néo-romane Saint-Lutwinus en est un autre exemple. Selon la légende, Lutwinus, dont les ossements reposent dans le chœur de l’église, aurait été protégé des coups de soleil par un aigle envoyé par Dieu. L’entreprise a non seulement soutenu la construction, mais a également fourni des éléments essentiels de l’aménagement intérieur, des carreaux de sol, des stations du chemin de croix en terre cuite ainsi que des mosaïques artistiques en or et en verre.

En 2024, Villeroy & Boch a réalisé pour la première fois un chiffre d’affaires consolidé d’un milliard d’euros. Le rachat de l’entreprise de sanitaires Ideal Standard a permis d’augmenter le chiffre d’affaires d’environ 50 % au premier semestre 2025 et de doubler les effectifs, qui sont passés à environ 12 500 collaborateurs. La gamme de produits de table est en recul depuis des années. Le Centre mondial Villeroy & Boch, entièrement rénové par le groupe, devrait accueillir jusqu’à 70 000 visiteurs par an. À titre de comparaison, le sentier des cimes situé à proximité, dans la boucle de la Sarre, attire chaque année entre 150 000 et 200 000 personnes. Le maire Daniel Kiefer (SPD) espère une revitalisation du centre-ville de Mettlach, soutenue par environ 100 000 euros de subventions régionales destinées au projet « City-Management Ortszentrum Mettlach ». Parallèlement, des mesures d’urbanisme sont mises en œuvre dans le cadre du plan directeur « Mettlach 2.0/3.0 », qui associe commerce, tourisme et développement du centre-ville. Il est notamment prévu de réhabiliter les parcs à l’anglaise et de réaménager d’autres friches industrielles. Dans le centre-ville, seuls les baux du magasin d’usine Villeroy & Boch ont été résiliés jusqu’à présent ; celui-ci se trouve désormais au sous-sol du musée.