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Arts plastiques 6 min de lecture

Tout le respect dû au travail

Le nouveau Musée du Travail se retrouve pour la première fois sous les feux de la rampe, avec la nouvelle exposition « Working Class Heroes » à Kayl

Article paru dans Édition avril 2022
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Un tas de terre est la première chose que voient les visiteurs du musée Ferrum à Kayl, avant même d’entrer dans l’exposition « Working Class Heroes » – un tas de terre symbolique : de la roche de Minett. Au sommet trône un ouvrier, véritable trésor de la région. L’exposition met à l’honneur trois personnalités qui ont joué un rôle déterminant dans la promotion des droits des travailleurs : Jean-Pierre Bausch, Léon Weyrich et Jean Schortgen. Dans des installations vidéo, des comédiens prêtent leur voix à leurs discours enflammés. Dans la salle d’exposition, le visiteur découvre la vie des ouvriers dans le contexte de la lutte de pouvoir entre l’Église et les socialistes, et face à la suprématie des propriétaires de mines. Les trois militants syndicaux et leur environnement social sont au cœur de l’exposition. Le couloir menant à la salle principale est tapissé de textes de loi : la loi du 6 décembre 1876 sur le travail des enfants et des femmes stipule par exemple : « Avant l’âge de 12 ans révolus, les enfants ne peuvent être employés à des travaux dans des usines, des ateliers, des chantiers ou des manufactures, en général en dehors du cercle familial, sous les ordres d’un employeur. »

Marie-Paule Jungblut, commissaire de l’exposition, explique : « À partir des années 1870, la structure sociale évolue ici, dans le Sud, et le gouvernement a du mal à suivre. Il souhaite défendre les intérêts économiques : la roche est une source de richesse, mais elle est aussi synonyme de travail. Une première législation du travail voit le jour. C’est dans ce contexte que le visiteur fait la connaissance des trois héros. » Jean-Pierre Bausch, originaire de Rümelingen, fut le premier ouvrier à devenir député puis maire. Léon Weyrich fut le premier président de la Chambre des travailleurs, et Jean Schortgen le premier ouvrier à être élu député au Parlement en 1914 ; il était originaire de Teting.

Mais plus encore que ces trois messieurs, c’est le Musée du Travail (Muar) qui occupe le devant de la scène à l’usine de charbon de Kayl. Il ne s’agit pas seulement d’une exposition, pas plus qu’il ne s’agit uniquement d’une époque dont le romantisme industriel est de toute façon exploité comme argument de vente par la Capitale culturelle. Le Muar s’intéresse au travail d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Se concentrer, en tant que musée, sur le travail dans son ensemble, « personne ne l’avait fait jusqu’à présent », explique Guy Assa, responsable culturel de la commune de Kayl et l’un des initiateurs du Muar. Le thème est prometteur et peut être développé dans de nombreuses directions.

Le Muar se définit comme un « musée sans murs ». Concrètement, cela signifie qu’il ne dispose pas de bâtiment. L’ASBL est davantage un organisateur qu’un lieu d’accueil. Le Muar se considérant comme un musée national, cela lui offre l’avantage de ne pas être lié aux locaux de Kayl. Des conférences et des concerts sur les thèmes abordés par le Muar peuvent ainsi avoir lieu partout dans le pays et toucher également des personnes intéressées qui ne se trouvent pas au Minett. La notion même de musée peut toutefois être remise en question. Guy Assa pose la question suivante : « Le musée est-il simplement un lieu où l’on expose des objets qui ont eu leur importance autrefois, qu’il ne faut surtout pas toucher ni remettre en question ? Ou bien comprend-on aujourd’hui le musée comme un lieu de rencontre où l’on se pose des questions ? » Parmi les partenaires de l’ASBL figurent notamment le Luxembourg Institute for socio-economic Research (Liser) et la Chambre des salariés. Les chercheurs du Liser présenteront leurs travaux à la Schungfabrik, dans le cadre d’échanges avec les citoyens. Si l’exposition actuelle porte encore sur l’histoire du travail, le Muar souhaite, dans ses prochaines initiatives, aborder également les problématiques actuelles et futures liées au travail. L’une de ces questions brûlantes est abordée dans « Working Class Heroes » et devrait occuper une place encore plus importante au Muar : qu’en est-il des travailleuses ? Concernant les femmes dans le monde du travail, le Muar prévoit d’organiser en septembre une table ronde à la Chambre des salariés.

Le lien avec la Schungfabrik offre néanmoins au Muar itinérant une sorte de port d’attache. Le musée Ferrum continuera à l’avenir de mettre son espace d’exposition à la disposition des programmes du Muar. Le Ferrum, inauguré en décembre, vient compléter le centre culturel Schungfabrik de Tetingen. À l’intérieur, ça sent encore le neuf, la peinture et le bois. Le Ferrum est un fil supplémentaire dans la trame muséale qui couvre le sud à travers une approche historique contemporaine de l’industrie minière et sidérurgique. L’exposition permanente est centrée sur l’économie qui s’est développée autour de l’industrie sidérurgique, à l’image de la Schungfabrik. « Working Class Heroes » est le deuxième temps fort du programme après l’exposition inaugurale consacrée à la peinture d’Emile Kirscht en décembre. Elle s’inscrit dans le cadre d’Esch2022. C’est pourquoi – et également en raison de l’identité régionale de Kayl – l’industrie minière s’impose comme le premier grand thème de Muar.

Par ailleurs, l’exposition vise à tenir un miroir devant le présent en lui montrant son passé. « Nous mettons en lumière tout ce que ces personnes ont dû accomplir pour se faire entendre. Et je pense que la situation n’est guère meilleure aujourd’hui. » Comme le fait remarquer Assa, les travailleurs restent une rareté au sein des assemblées législatives et même des conseils municipaux. La commissaire d’exposition Marie-Paule Jungblut ajoute : « Nous voulons remettre cela en question : où en sommes-nous aujourd’hui, jusqu’où sommes-nous allés ? » En tant que commissaire d’exposition, elle doit se poser la question suivante : en quoi cela reste-t-il d’actualité ? « Les questions que nous posons au passé sont celles de notre époque. » Derrière les portes des casiers blancs, l’exposition, avec ses portraits des « héros modernes » de la classe ouvrière, fait le lien avec le présent. On y trouve par exemple le portrait d’Angelo Filippetti, mineur et maire d’Audun-le-Tiche dans les années 1980. Sa fille, Aurélie Filippetti, ancienne ministre de la Culture en France, a été invitée au Muar pour une lecture tirée de son livre *Les derniers jours de la classe ouvrière*.

« Working Class Heroes », du 30 avril au
25 septembre au musée Ferrum de Tetingen/Kayl