À Schengen, sur les rives de la Moselle, il n’y a plus de café. Ceux qui souhaitent découvrir l’héritage politique de la région doivent actuellement faire une pause-café loin de la Riviera mosellane, sans vue sur l’autre rive et sans informations. Depuis mai, le Musée de l’Europe de Schengen, ainsi que son café, sont fermés. Au début de l’année encore, il accueillait les visiteurs avec une exposition permanente qui attendait depuis un certain temps déjà d’être modernisée. Cette exposition présentait des photos, des textes et des enregistrements sonores de la signature des accords de Schengen et des événements politiques qui y ont conduit. Peu interactive, elle ne répondait pas aux normes muséales actuelles. Cela va désormais changer. D’ici juin 2025, le musée ainsi que le bateau historique « MS Princesse Marie Astrid » doivent être rénovés, puis rouvrir leurs portes avec une nouvelle exposition. Les 17,7 millions d’euros nécessaires à ce projet proviennent de la commune de Schengen et de la Direction générale du tourisme. Depuis de nombreuses années, la Direction du tourisme subventionne les frais de fonctionnement du musée de Schengen. Pour la nouvelle exposition prévue, le musée a désormais débloqué une enveloppe supplémentaire. Le ministère de la Culture finance l’élaboration du nouveau concept muséal à hauteur de 47 872 euros.
Le musée de Schengen est géré par une association à but non lucratif, le Centre Européen Schengen a.s.b.l. De nombreux musées régionaux sont gérés par des organisations à but non lucratif. Celles-ci bénéficient d’un soutien ciblé de la part du ministère de la Culture. Jamais auparavant la part du budget de l’État consacrée à la culture n’avait été aussi élevée qu’ cette année. Selon le ministère, ce sont surtout les associations à but non lucratif qui bénéficient de cette augmentation. Elles sont plus nombreuses à recevoir des subventions et les montants alloués ont également été revus à la hausse. La plupart de ces petits musées traitent moins de l’art que de l’artisanat et de l’histoire. Le ministère déclare : « L’interconnexion entre la culture et le tourisme est un élément essentiel de la stratégie nationale et contribue à rendre les richesses culturelles du pays accessibles aux touristes tout en renforçant l’identité culturelle du Luxembourg. Les musées jouent ici un rôle central. » Dans la répartition classique des tâches, la valeur touristique d’un musée relèverait moins de la compétence d’un ministre de la Culture que la promotion de l’art et de la culture. Mais les frontières sont souvent floues, et pas seulement au Luxembourg. L’ambiguïté du mot « culture » souligne d’emblée la difficulté d’établir une distinction claire : d’une part, il désigne la « haute culture », celle qui s’exprime dans les musées, les galeries, les salles de concert et lors des lectures de poésie. Ce terme, forgé au sein de la bourgeoisie du XIXe siècle, s’oppose à la « culture pop », un concept issu du siècle dernier. D’autre part, la culture représente l’héritage de la société, l’ensemble des modes de pensée et d’action, des normes et des productions de toute nature. D’autres définitions font référence à l’agriculture ou aux caractéristiques communes qui définissent certains groupes, comme la langue par exemple. Dans la stratégie actuelle du ministère de la Culture, aucune définition unique de la culture ne se détache particulièrement. La culture s’exprime aussi bien dans les galeries de la capitale que dans les musées agricoles et l’exposition consacrée au patrimoine industriel au Minett Park de Fond-de-Gras. Là encore, le ministère de la Culture investit dans les frais de fonctionnement de l’A.s.b.l. ainsi que dans la préservation et la mise en valeur du musée en plein air par l’intermédiaire de l’Institut pour le patrimoine architectural (INPA). Le ministère prévoit de « promouvoir davantage les sites historiques et de mettre davantage en avant les spécificités de nos régions ». La conception de la culture du ministère repose fortement sur l’histoire et l’identité.
Cette conception de la culture apporte aux petits musées du pays, consacrés à l’artisanat, à l’histoire locale ou au patrimoine industriel et culturel, une attention accrue, non seulement sur le plan financier, mais aussi en termes de fréquentation. Eric Thill est en charge de ces deux domaines, en tant que ministre de la Culture et adjoint au ministre du Tourisme. Les photos prises lors d’événements officiels le montrent aussi souvent en chaussures de randonnée devant des entrées de mines ou des monuments historiques que lors de vernissages d’art plastique. En mars, les ministères ont annoncé un déplacement du ministre en « mission touristique et culturelle à Berlin ». L’organisation de tels événements ne doit pas être une mince affaire, car la Direction générale du tourisme relève d’un autre ministère, celui de l’Économie. Il n’existe pas de groupes de travail formels ni d’interfaces clairement définies pour la coordination entre les deux départements, précise le ministère de l’Économie. Le budget ne précise pas non plus quel montant doit être alloué au tourisme culturel. Des fonds sont prévus pour des projets touristiques ainsi que pour des investissements dans les infrastructures touristiques. Le montant investi par chaque ministère dans tel ou tel projet, ainsi que le choix des projets, relèvent de la négociation, en l’occurrence entre Thill et lui-même. Et il a bien négocié, du moins pour la culture. Lors de l’édition de cette année de la campagne touristique estivale « Lëtzebuerg, dat ass Vakanz ! », l’accent a été mis sur le tourisme culturel, après le tourisme d’activité l’année dernière et la gastronomie l’année précédente. Il n’existe pas de chiffres sur l’efficacité de la campagne. L’objectif du ministère de la Culture est de renforcer la visibilité des musées. Le succès se mesurera surtout à moyen et long terme, à mesure que davantage de touristes choisiront les musées comme destination. À cet égard, la campagne touristique a délibérément mis en avant, outre le Mudam et le Konschthal, des musées régionaux, parmi lesquels le Musée national de la microbrasserie et de la tannerie ou le château d’Useldingen, où les visiteurs peuvent découvrir ce site fortifié vieux de plus de 1 000 ans, ainsi que son jardin d’herbes aromatiques. La culture est multiple.