Certaines choses ne changeront jamais : les enfants parviennent à mettre hors d’usage les ateliers interactifs bien plus vite que les techniciens ne parviennent à les réparer. Le Deutsches Museum en fait l’expérience depuis plus de 100 ans. En Suisse, les expériences interactives ne s’en sortent pas mieux : pour la reconstruction numérique d’un pavillon de Le Corbusier, 160 millions de points de données ont été enregistrés – mais les casques de réalité virtuelle permettant de s’y promener sont actuellement hors service.
Par ailleurs, les avatars et l’IA peuvent tout à fait rendre visible ce qui est abstrait ou caché. Le Musée du design de Zurich présente actuellement une exposition consacrée aux innovations muséales : des projets numériques récents, notamment ceux du Laboratoire de muséologie expérimentale de l’EPF Lausanne, mais aussi ceux de différentes hautes écoles zurichoises.
Les insectes sont trop petits et discrets ? Le Musée d’histoire naturelle de l’université de Zurich les numérise. Les modèles 3D peuvent ensuite être agrandis à volonté et observés sous tous les angles : « Cette rencontre d’égal à égal peut changer l’image que l’on se fait des insectes et réduire les préjugés. » Le tableau panoramique « La bataille de Morat », réalisé en 1893 dans un élan patriotique sur près de mille mètres carrés, est en revanche bien trop grand pour les musées et est entreposé dans un dépôt inaccessible de l’armée suisse ? Lui aussi est numérisé ! La copie, qui compte 1,6 billion de pixels et constitue actuellement la plus grande image numérique au monde, montre chaque coup de pinceau, chaque fissure, aussi minuscule soit-elle, de la toile. On ne pourrait jamais zoomer aussi près sur l’original.
Qui aurait cru que les collections de reproductions redeviendraient un jour à la mode ? Aujourd’hui, il ne s’agit toutefois plus simplement de rassembler des moulages en plâtre de statues antiques. Des chercheurs indiens et suisses ont documenté des sculptures du musée du Bihar à l’aide de la photogrammétrie, puis les ont assemblées pour créer des modèles 3D haute résolution. La colonne d’exposition « Double Truth II », de taille humaine, permet désormais, par exemple, d’admirer de très près Varahi, la déesse de la fertilité à tête de cochon. Ou encore le bodhisattva de Gandhara. Ou une danseuse hellénique. Ces répliques numériques ultraprécises et détaillées sont accompagnées d’une musique adaptée, comme des chants védiques ou des hymnes bouddhistes.
À l’époque coloniale, les troupes britanniques ont pillé le royaume du Bénin, qui fait aujourd’hui partie du Nigeria. Les œuvres d’art spoliées, vendues aux quatre coins du monde pour financer cette « expédition punitive », sont désormais réunies virtuellement : la plateforme Digital Benin propose déjà des photos et des informations sur près de 5 300 objets provenant de 139 institutions réparties dans 21 pays. L’impression 3D permet de réaliser des copies tangibles. Si les documents numérisés soulèvent eux aussi des questions de propriété et de restitution, notamment en matière de droits de reproduction
, comme le montre une action menée par le duo d’artistes « Looty » : Chidi Nwaubani et Ahmed Abokor ont scanné des bronzes du Bénin au British Museum à l’aide de la technologie LiDAR afin de les « voler à nouveau». À partir de ces scans, ils ont créé des sculptures numériques ; les jetons non fongibles (NFT) vendus à cette occasion sont désormais destinés à financer des bourses pour des artistes africains.
Ce sont sans doute les reproductions virtuelles des marionnettes de Sophie Taeuber-Arp qui suscitent le plus d’enthousiasme dans l’exposition zurichoise. Le spectacle de marionnettes original *König Hirsch* (Le Roi Cerf), datant de 1918, ne peut plus être animé pour des raisons de conservation ; de toute façon, des marionnettes couvertes de poussière exposées dans une vitrine constitueraient un spectacle plutôt morne. Les avatars du Dr Komplex, de Freud-Analytikus et d’autres personnages peuvent désormais être contrôlés par les visiteurs grâce à leurs mouvements corporels. Dansez avec l’avant-garde !
En revanche, ceux qui savent lire les tablettes cunéiformes mésopotamiennes ou les manuscrits médiévaux et qui, de ce fait, se considèrent comme des spécialistes hautement qualifiés et irremplaçables, risquent bien de vivre en ce moment même un « moment Kodak » choquant. Désormais, les robots se débrouillent très bien tout seuls : grâce à l’intelligence artificielle, d’énormes quantités de textes peuvent être numérisées, transcrites et traduites en un clin d’œil dans les langues modernes les plus diverses, puis traitées de manière à pouvoir être consultées via une recherche en texte intégral. Quiconque souhaite savoir ce que contiennent les plus de 12 000 lettres conservées du réformateur zurichois Heinrich Bullinger n’a plus besoin de manipuler les fragiles documents originaux.
La question de savoir si, à l’avenir, les temples classiques des muses seront encore nécessaires reste totalement en suspens. De nombreux objets originaux ne peuvent de toute façon pas être touchés et sont mieux conservés dans des réserves fermées à clé que dans une salle de musée. Et l’emplacement des serveurs et autres équipements n’a en réalité aucune importance. Une fois les œuvres numérisées, elles peuvent être consultées à tout moment et en tout lieu, à volonté. À condition, bien sûr, que tout ce bric-à-brac de câbles, d’électronique et d’écrans fonctionne comme promis.
L’exposition « Museum of the Future – 17 expériences numériques » est à découvrir jusqu’au 18 janvier 2026 au Museum für Gestaltung de Zurich : museum-gestaltung.ch