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Arts plastiques 3 min de lecture

Les duettistes

Pascal Vilcollet et Valentin van der Meulen déjouent cette belle image. À la galerie Reuter Bausch

Article paru dans Édition décembre 2024
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On se souvenait avoir vu Pascal Vilcollet dans trois expositions collectives organisées par la galerie Reuter-Bausch, à raison d’une par an depuis son ouverture. Valentin van der Meulen avait quant à lui déjà fait l’objet d’une exposition monographique en octobre 2022. Vilcollet et van der Meulen reviennent cette fois-ci rue Notre-Dame pour une exposition en duo.

La raison en est très simple : les deux artistes partagent le même atelier depuis dix ans. Sur les murs de la galerie, ce dialogue se manifeste à travers la différence d’expression des deux artistes, ainsi que dans l’alternance systématique des tableaux, dont la plupart sont de grands formats.
L’exposition « Classique barré » (titre qui est un jeu typographique sur le mot « barré » d’un trait) réunit les compositions florales de Pascal Vilcollet et les nuages de Valentin van der Meulen. Le trait renvoie plutôt aux exercices de ratures dans les carnets de croquis de van der Meulen. Il l’utilise ici pour barrer, ou annuler, ce que l’on pourrait croire être des nuages classiques.

Ce ne sont pas des classiques, bien qu’ils soient réalisés d’après des photos réalistes. Valentin van der Meulen superpose couche après couche de poudre de fusain, de fusain et de pierre noire sur du papier marouflé sur bois. Une technique qu’il maîtrise avec un talent hors du commun, comme nous l’écrivions déjà en 2022 à propos d’un triptyque : le reflet du soleil sur la mer. Son titre, Image / objet – objet / image, décrit bien l’utilisation de l’image comme objet de la peinture.

On n’a pas demandé à Valentin van der Meulen s’il connaissait le philosophe Paul Virilio (1932-2018), dont l’un des thèmes de travail est la catastrophe, mais les nuages de van der Meulen s’y rapportent : l’avant ou l’après d’une tempête dévastatrice, le nuage provoqué par l’explosion de la navette Challenger. Ses ratures à la peinture à l’huile sont, pour l’œil du spectateur – que cela le perturbe ou non –, l’objet accidenté qui ramène à la réalité alors qu’on pourrait se laisser aller à rêvasser devant la belle image d’un cumulonimbus…

Bien que reléguée au rang de « classique », il n’est toutefois pas interdit d’y penser, puisqu’elle fait partie de l’histoire de l’art : cette idylle si souvent peinte au cours des siècles précédents, principalement dans des marines. Pascal Vilcollet dit ressentir le besoin de revenir de manière cyclique à sa formation classique. Ses immenses bouquets (huile, acrylique, pastel sur toile), composés de roses, de tulipes, d’œillets et de pivoines peints dans les tons luxuriants que la nature leur a donnés, éclaboussent de couleurs des compositions « comme on en faisait essentiellement au XVIIIe siècle. Au point de devenir des compositions très lourdes, surchargées et, de ce fait, mal aimées », explique-t-il.

Lui aussi superpose des esquisses plus abstraites, à la texture épaisse (à l’huile), au travail minutieux et détaillé. On observe également des esquisses plus fines (au pastel), telles des « regrets », derrière les bouquets opulents. Le fond est d’un bleu éclatant, totalement hors de l’usage à l’époque classique, et des nuances de violet évoquent la décomposition imminente des plantes vivaces : ne s’agit-il pas de natures mortes ? Valentin van der Meulen, son partenaire de duo (ou de duel ?), l’interrompt : « C’est beaucoup plus provocateur que de faire littéralement allusion au mal-être ambiant ». Une affirmation ? Non. Une question ouverte ? Certainement. L’œuvre picturale de Vilcollet et de van der Meulen est bel et bien une réflexion contemporaine, « Classique barré », une exposition sur ce qui se trouve au-delà de la réalité de l’aspect physique de l’image.