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Arts plastiques 6 min de lecture

La partie émergée de l’iceberg

Le MNHN regorge de curiosités : des fossiles rares, des squelettes vieux de plusieurs dizaines de millions d'années, des minéraux aux formes grotesques. Pourtant, seule une infime partie des collections de l'établissement est exposée. Derrière la façade se cache un trésor bien plus vaste.

Article paru dans Édition octobre 2022
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Loschbour, l’homme de l’âge de pierre luxembourgeois, vêtu d’un trench-coat et arborant une barbe, pose nonchalamment son bras sur l’accoudoir du canapé rouge situé dans l’entrée. Il indique le chemin menant à l’exposition permanente. On passe devant un autruche géante et une minuscule antilope, puis les pièces exposées deviennent d’abord plus petites et plus inanimées. Dans cette salle se trouvent les minéraux les plus impressionnants que la collection du Musée national d’histoire naturelle (MNHN) ait à offrir – des minéraux dentelés et d’un vert éclatant, de grands minéraux anguleux et d’un blanc brillant – derrière des vitrines, mis en valeur par l’éclairage. Seule une douzaine de minéraux environ occupent ici une place d’honneur. Or, la collection de minéraux du musée en compte près de 10 000. Un professeur brésilien a légué cette collection au musée en 2019. Il s’agit d’une collection scientifique dont l’objectif principal n’est pas l’esthétique ni le prestige, mais les connaissances que la recherche peut tirer de ces spécimens. Patrick Michaely, directeur du MNHN, explique : « Ce ne sont pas toutes des pièces dont on se dirait : « Waouh, il faut absolument les exposer ». Mais elles sont extrêmement intéressantes de par leur composition ou leur type de minéral. Les scientifiques les étudient pour comprendre pourquoi de telles pièces existent et comment elles se sont formées. »

Le musée et ses expositions ne constituent que la partie visible. Derrière, rattachées au musée, se trouvent des collections comptant des dizaines de milliers de pièces individuelles entreposées dans des réserves. Au centre de recherche du Musée national d’histoire naturelle, des scientifiques étudient la présence de différentes espèces dans la nature. L’un des bâtiments du centre de recherche se trouve justement en face du musée. Dans les couloirs, ça sent le désinfectant ; dans le laboratoire biomoléculaire, une chercheuse, munie d’un masque et d’une pipette, travaille à son établi ; dans un bureau à l’étage, quelques fossiles sont éparpillés sur les tables et les chariots, grands, petits, dans de la pierre grise et brune, rangés dans des cartons étiquetés. D’autres spécimens se trouvent dans des bacs en plastique posés sur une étagère contre le mur. « Ils proviennent des collections », explique Patrick Michaely. « Parfois, on ressort des pièces des collections, par exemple parce qu’elles sont nécessaires à une étude en cours. » La collection de fossiles du musée date de plusieurs décennies. Elle ne cesse de s’enrichir grâce aux nouvelles découvertes issues des fouilles.

Un étage plus haut encore, sous les combles, des abeilles, des coléoptères et d’autres insectes sont rangés dans les tiroirs d’armoires à dossiers massives. Patrick Michaely tourne une manivelle et les armoires s’écartent, ouvrant le passage entre les espèces de guêpes et de bourdons. Dans des tiroirs plats en bois, les insectes sont disposés en rangées bien ordonnées, épinglés et étiquetés ; chaque espèce occupe un tiroir contenant environ 100 spécimens. Mais même ces nombreux tiroirs remplis d’insectes et de coléoptères ne représentent qu’une petite partie de la collection ; la majeure partie se trouve dans un entrepôt situé en dehors de la ville. Le musée possède environ trois millions de spécimens d’insectes. Actuellement, les scientifiques travaillent à la réalisation d’un atlas des abeilles sauvages du Luxembourg. On en dénombre environ 300 espèces dans le pays. Mais certaines disparaissent régulièrement. La mission des chercheurs consiste à recenser la présence de ces espèces. Cela permet ensuite de déterminer avec précision à quel moment une espèce s’est éteinte.

Au musée, les insectes partagent une salle avec des animaux plus grands, car les coléoptères et les guêpes attirent moins le public que les mammifères aux grandes dents. L’exposition permanente accueille les pièces les plus représentatives. « Nous exposons ceux qui sont beaux à regarder et qui en disent long », explique Patrick Michaely. Des espèces animales de grande taille, des fossiles dont le motif est particulièrement mis en valeur, des minéraux insolites, ainsi que des squelettes. Le squelette d’un reptile marin s’étend sur le mur, sur une bonne longueur d’un mètre. De nombreuses vertèbres s’assemblent pour former un corps et une tête étroite. « Nous sommes particulièrement fiers de cette pièce. C’est la véritable Melusina. Elle est restée pendant des années dans une cave et n’a été découverte que plus tard. » Cet exemplaire de plésiosaure, un reptile marin vieux d’au moins 66 millions d’années, a été découvert au début des années 1990 à Sanem, puis est resté entreposé dans les réserves de l’institut de recherche jusqu’à ce qu’une paléontologue s’y intéresse à nouveau en 2017. Ce n’est qu’il y a cinq ans que le squelette a été reconnu comme une découverte sensationnelle. Grâce à lui, le MNHN a décrit une nouvelle espèce. Le Microcleidus melusinae, comme a été baptisée cette espèce, a été intégré à la collection en tant qu’holotype, c’est-à-dire un spécimen de référence pour la communauté scientifique internationale. Tous les chercheurs qui écrivent sur ce plésiosaure mentionneront le spécimen luxembourgeois. « Ce sont là les véritables trésors d’un musée d’histoire naturelle. Et celui-ci est en très bon état, la tête est presque entièrement conservée. » De telles découvertes sont rares, car la plupart des espèces, qu’il s’agisse de plantes ou d’animaux, ont déjà été identifiées et décrites, et les rares exceptions sont rarement trouvées au Luxembourg. Les objets issus de fouilles restent généralement dans le pays où ils ont été découverts.

La grande majorité des nouvelles espèces, qu’il s’agisse de fossiles, de squelettes, de plantes ou de minéraux, ne sont pas découvertes lors de travaux sur le terrain, mais dans nos propres collections. « Lorsqu’une collection n’a pas été examinée depuis des décennies, on la passe en revue à la lumière des nouvelles connaissances : on en sait davantage et on dispose de meilleurs outils d’observation, ce qui permet de découvrir une nouvelle espèce.» Jusqu’à cette nouvelle étude, ces spécimens étaient classés dans une autre espèce ou n’étaient pas clairement identifiés ; ce n’est qu’après un nouvel examen qu’ils sont reclassés et reconnus comme holotype d’une espèce. De nombreux spécimens des collections n’ont tout simplement pas encore fait l’objet d’une étude exhaustive. Les collections comptent environ 40 000 fossiles luxembourgeois, une montagne d’objets de recherche pour les paléontologues – un travail de Sisyphe, car de nouveaux spécimens viennent régulièrement s’y ajouter grâce aux fouilles.

Le 7 octobre, le MNHN inaugure la nouvelle exposition temporaire « Impact – La biodiversité en jeu ». Le musée y présente les conséquences des activités humaines sur la nature.