Le printemps est arrivé dans la plus ancienne ville d’Allemagne. Sur les terrasses du centre-ville de Trèves, les gens boivent du café et sirotent du vin, tandis que des files d’attente se forment devant les glaciers. Même le soir, il fait encore si doux que la galerie Netzwerk, située dans la Neustraße, a laissé les portes ouvertes sur son jardin idyllique. La galerie a invité le public au vernissage de l’exposition solo de Jeannine Unsens, intitulée « Take a deep breath – do not speak quickly ». Le titre tient toutes ses promesses. Les œuvres d’Unsens semblent parfois mélancoliques aux yeux des spectateurs, mais elles sont le plus souvent chaleureuses et apaisantes.
« Mon travail est une invitation à plonger dans le silence », explique Jeannine Unsen. « Nous vivons une époque très instable. Le monde a un besoin urgent de personnes sereines et ancrées dans la réalité. Et cela n’est possible que si l’on est en paix avec soi-même. » La photographe recherche et cultive également le silence dans sa vie privée. « Ce n’est pas dans le bruit que l’on trouve les bonnes réponses. »
À Trèves, l’artiste expose également de nouvelles œuvres dans lesquelles elle expérimente avec des éléments extérieurs. Une photo montre une femme assise sur une chaise rembourrée dans un restaurant désert. Par la fenêtre, on aperçoit un paysage enneigé. Le regard du spectateur est limité par un rideau de fils qui pend au-dessus de l’image. Est-ce qu’on regarde depuis une autre pièce ? Pour observer l’image de près, il faudrait écarter les fils sur le côté : un acte voyeuriste qui perturberait le calme et l’intimité de la femme.
Au fond de la salle où sont exposées les nouvelles photographies s’ouvre un étroit couloir dans lequel sont présentées des œuvres antérieures de la photographe. On y découvre des œuvres de la série « Have you been here, Dad ? », dans laquelle elle a agrémenté de broderies des photos d’archives monochromes des Rotondes. Le portrait de son amie Lisa Berg, la violoncelliste décédée d’une leucémie en 2017, est également présenté dans cette exposition personnelle. Après sa première chimiothérapie et après s’être rasé la tête, la musicienne a demandé à Jeannine Unsen de la photographier. Après le décès de Lisa Berg, Jeannine Unsen a décidé d’apporter de la couleur au portrait monochrome de son amie. Elle a commencé à y broder une couronne de fleurs. Il est un peu difficile d’apprécier pleinement cette œuvre très émouvante lors du vernissage, car de nombreux visiteurs se pressent dans l’étroit couloir. Il vaut mieux y consacrer du temps lors d’une journée plus calme de cette exposition de deux semaines.
Pour refléter l’équilibre dans son art, le processus de création des photos revêt une grande importance. En effet, les personnes qu’elle photographie – principalement des femmes – doivent se sentir en sécurité. L’artiste mène avec elles de longues conversations, souvent intenses. Pendant la séance photo, cependant, on ne parle pas, afin que « le silence puisse s’installer et que l’on puisse véritablement plonger dans l’introspection », explique Jeannine Unsen. La lumière, les nuances de couleurs et les postures du modèle influencent alors l’atmosphère que dégage l’image.
Neckel Scholtus, la photographe luxembourgeoise qui vient de clôturer son exposition « Entre Réel et Impalpable » au CAPE à Ettelbrück, est également venue. Elle dit suivre le travail de Jeannine Unsens depuis longtemps. Elle apprécie le processus de création qui se cache derrière ses photographies. « Elle consacre toujours beaucoup de temps à ses portraits, et cela se voit », dit-elle.
Une femme regarde une photo représentant de vieux arbres dont les branches sinueuses laissent passer des rayons de lumière chaleureux. Elle apprécie beaucoup les photos de paysages de Jeannine Unsens. « Ce sont des choses qui disparaissent peu à peu, c’est pourquoi je trouve important de les immortaliser », explique la visiteuse. « Qui sait combien de temps on pourra encore voir ce genre de choses ? »
La broderie, grâce à laquelle la photographe luxembourgeoise crée des effets de relief sur ses photos, peut s’apprendre avec Jeannine Unsen. Le 28 mars, elle animera un atelier de broderie à la Trierer Galerie, ouvert à tous, même sans aucune connaissance préalable. Jeannine Unsen sait toutefois par expérience que beaucoup de gens ont déjà besoin d’aide avant même de faire leur premier point. « Le premier défi, c’est d’enfiler l’aiguille. Je ne m’y attendais pas », dit l’artiste en riant.
Les participants choisissent une photo « à laquelle ils associent des émotions ou qui leur tient à cœur d’une manière ou d’une autre ». Celles-ci sont ensuite imprimées sur du tissu et le travail peut commencer. La patience est ici essentielle. « Si on n’en a pas, ça ne marchera pas », explique Jeannine Unsen. Dans son travail, elle utilise souvent des points de nœud. Ce point, également appelé « nœud français », se compose de petits nœuds sphériques qui, sur les photos, ressemblent à une pluie colorée, à des nuages de poussière bigarrés ou à des perles qui roulent. Ils symbolisent également le lien et l’interconnexion. Des qualités qui revêtent également une grande importance pour les artistes Bettina Ghasempoor et Marc Kalbusch, qui dirigent cette galerie privée.
« Le fait que de nombreux visiteurs aient traversé la frontière et que nous soyons tous réunis ici, au nom de la culture, nous réjouit tout particulièrement », déclare Bettina Ghasempoor.
Ce n’est pas la première fois cette année que les œuvres de Jeannine Unsens sont exposées à l’étranger. En janvier, à l’invitation de la Brick Lane Gallery de Londres, elle s’est rendue dans la capitale britannique avec quatre œuvres. Une opportunité qui lui a ouvert de nouvelles portes : une galerie new-yorkaise l’a même contactée. Mais l’artiste garde clairement ses objectifs en tête. « Il faut se demander ce que l’on veut. Les liens et les échanges sont très importants pour moi, et c’est pourquoi je me sens si bien chez Bettina et Marc. »