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Arts plastiques 3 min de lecture

Du geste chargé de sens à la trace silencieuse

Jusqu'à dimanche, la Stadtgalerie de Sarrebruck présente l'œuvre la plus poétique de Suzan Noesen à ce jour. Une exploration

Article paru dans Édition août 2025
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L’exposition « Loopzones » de Susan Noesen se compose de deux espaces : une salle vidéo immersive et plongée dans la pénombre, et une salle lumineuse, presque méditative, présentant des œuvres textiles et sculpturales. Cette division en deux parties va bien au-delà d’un simple changement de support et d’atmosphère. Elle marque la transition entre différents niveaux de perception – entre le caractère éphémère des images projetées et la matérialité des tissus et des objets.

Dans la première salle, le visiteur se faufile entre une série de films qui font office de cloisons semi-transparentes. Des séquences filmées s’y superposent : des gros plans de visages et de mains ; ceux d’une femme et d’un homme émergeant du talus d’un institut botanique – chacun muni, à une main, d’une prothèse de doigt en forme de griffe. Les deux esprits de la nature s’observent avec méfiance à distance, s’avancent prudemment l’un vers l’autre – la femme, secouée de spasmes –, entrelaissent leurs griffes et s’explorent tantôt de manière animale, tantôt dans des contorsions grotesques, pour finalement se manquer – se repousser, pris de panique et de dégoût. Il ne reste que des grimaces.

Ces incrustations, dont la théâtralité à la fois burlesque et effrayante rappelle les grands classiques du cinéma des débuts, comme *Nosferatu* et d’autres films muets, créent une impression de suspension entre le souvenir des souffrances endurées et un présent réconciliateur. Il est impossible de tout embrasser du regard en même temps. Noesen crée ainsi une sorte de palimpseste visuel, tandis que, sur le fond, une tension persiste entre intimité et distance.

La projection sur des supports transparents renforce cette impression : les frontières entre l’espace et l’image s’estompent. La structure filmique est fragmentaire ; il n’y a pas d’intrigue linéaire claire, si ce n’est celle d’un rapprochement et d’un éloignement entre deux personnes. Le texte d’accompagnement les décrit comme « prisonniers d’une tentative de réconciliation : dans une sorte de boucle où l’instant se répète sans cesse ». Tout comme le jardin botanique en tant que concept, ils sont guidés par l’idée d’une connexion sensuelle.

La deuxième salle (salle des tentes) s’ouvre sur la lumière. Ici, de grandes bandes de soie peintes à la lasure sont suspendues au plafond, tantôt isolées, tantôt disposées en quinconce. Les motifs peints – des couples de corps, des silhouettes, des fragments de paysage – semblent avoir été distillés de la mémoire. Ni naturalistes ni abstraits, ils oscillent entre deux mondes, rappelant des fresques défraîchies ou l’image rémanente d’un rêve.

La palette de couleurs est terreuse, dans des tons végétaux chauds, ce qui confère aux textiles un aspect organique, presque semblable à celui de la peau. Noesen mise ici sur la lenteur et la réduction : alors que, dans la salle vidéo, les images se succèdent sans cesse, ces motifs restent figés. Mais la transparence des tissus fait naître ici aussi des superpositions – des « espaces sociaux intermédiaires » dans lesquels les perceptions sont examinées et, le cas échéant, relativisées.

Une œuvre particulière (Fossile Fingers) occupe le centre de la pièce : suspendue au plafond par une bande transparente, une sculpture plate en bois, aux allures de relief, flotte dans les airs, ressemblant à une vitrine. Sur celle-ci sont encastrés, dans une sorte de « Carte du tendre » modelée en rougeâtre, les éléments en verre, en résine et en cuivre des prothèses de main en forme de griffes provenant de la première salle.

Loopzones, Stadtgalerie de Sarrebruck. Dimanche à partir de 16 h : finissage avec visite guidée et rencontre avec l’artiste, en présence de celle-ci. Entrée libre