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Arts plastiques 7 min de lecture

architecture emblématique

L'OAI se met à l'honneur avec un « best-of », évite les questions d'avenir et fait venir des critiques pour éduquer le public

Article paru dans Édition juillet 2025
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architecture emblématique
© Photo : Sven Becker

Donner à un public intéressé les moyens de participer aux débats actuels sur l’architecture : telle est l’ambition d’un ouvrage au titre audacieux, *Architecture deLUX*, publié par l’Ordre des architectes et ingénieurs (OAI) à l’occasion de son 35e anniversaire chez DOM publishers, la célèbre maison d’édition berlinoise spécialisée dans l’architecture. Dans cet ouvrage, dix critiques d’architecture issus de différents pays – à l’exception des Luxembourgeois – passent en revue vingt édifices « exceptionnels » du Grand-Duché.

L’idée vient de Pierre Hurt, directeur sortant de l’OAI, diplômé en gestion d’entreprise, et de Philipp Meuser, architecte et fondateur des éditions DOM. L’économiste allemande et ancienne employée de la BEI, Patricia Wruuck, qui avait déjà rédigé pour la maison d’édition le guide d’architecture du Luxembourg paru en 2023, participe également à ce projet. En collaboration avec Philipp Meuser et l’architecte luxembourgeoise Arlette Schneiders, elle a également été chargée de la sélection des projets. Bon nombre d’entre eux ont soit reçu le « Bauhärepräis » 2024, soit fait partie de l’« Architectour » 2023 organisée par l’OAI. Le critère était que les travaux aient été achevés au cours des six dernières années.

Cette sélection reflète donc ce que l’OAI considère elle-même comme représentatif du Luxembourg. Et il semble qu’il s’agisse avant tout d’une architecture destinée à impressionner. Cette publication s’apparente ainsi davantage à un ouvrage de relations publiques qu’à une tentative sérieuse de se présenter, en tant qu’organe représentatif de la profession d’architecte, face à la critique internationale. Certes, différents types de bâtiments sont pris en compte – du logement aux réaffectations en passant par les infrastructures –, mais une impression domine : cet ouvrage est avant tout destiné à servir de carte de visite aux architectes luxembourgeois à l’étranger. Qu’il s’agisse de la Villa Kutter, de la Bibliothèque nationale, du plus long pont cyclable d’Europe, du Luxembourg Learning Center ou de la Möllerei à Esch, tous les superlatifs sont réunis ici. Une interview de Vicky Krieps sur son amour pour la Philharmonie ne pouvait bien sûr pas manquer à l’appel.

À cela s’ajoute l’externalisation judicieuse de la rédaction des textes à de jeunes critiques internationaux, dont la plupart se rendaient au Luxembourg pour la première fois. Bien que certaines contributions formulent des critiques justifiées, celles-ci restent généralement modérées. Enfin, les lecteurs sont invités à voter pour désigner l’article qui remportera le « Prix luxembourgeois de la critique d’architecture », décerné pour la première fois par l’OAI.

Le fait que l’OAI déclare en même temps vouloir promouvoir une scène critique architecturale autonome dans le pays semble presque cynique. « Comme souvent, il faut un regard extérieur pour faire prendre conscience des qualités et des particularités de son pays », écrivent les éditeurs. Il faut toutefois reconnaître que la critique architecturale est un phénomène rare au Luxembourg.
Certains aspects sont laissés de côté dans l’ouvrage – par exemple, la perception de la crise du logement, que beaucoup de gens considèrent désormais comme une atteinte à leur vie privée et qui revêt une forte dimension politique. Ou encore le fait que l’aménagement de l’aula dans l’extension du lycée Michel Rodange fait référence au foyer du Grand Théâtre de la Scheierpaart.

On y trouve certes ici et là des observations révélatrices. Par exemple, lorsqu’un architecte présente fièrement son gymnase situé dans la banlieue aisée de la ville de Luxembourg, mais refuse d’admettre qu’il est à peine utilisé – le prestige prime sur les besoins. Ou encore ce projet phare du quartier Nonnewisen à Esch, qui, deux ans après son achèvement, reste sans voitures – mais aussi désert. Les maisons individuelles coûtent environ 650 000 euros – au stade du gros œuvre. « Là où l’attribution du droit de superficie, l’implantation urbanistique et la conception architecturale des enveloppes des bâtiments sont si judicieuses, c’est cela – [le prix] – qui constitue le véritable talon d’Achille du projet », remarque avec justesse David Kasparek, critique d’architecture à Bonn. Même les curieux qui, il y a deux semaines, attirés par la nourriture et les boissons gratuites, sont venus assister à l’inauguration officielle organisée par la commune ne peuvent masquer cette réalité.

Par ailleurs, c’est au lecteur qu’il revient d’évaluer la réhabilitation, financée par les pouvoirs publics à hauteur d’un « demi-milliard d’euros », , pour laquelle 24 millions supplémentaires ont été alloués à l’étude du potentiel géothermique par le biais de forages atteignant deux kilomètres de profondeur. Certes, le projet VeWa, en tant que « tiers-lieu » dirigé par le DKollektiv, s’oppose à l’appropriation commerciale du site et milite pour la préservation du patrimoine culturel et communautaire, mais ce n’est qu’une maigre consolation. C’est avec un sarcasme en douceur que l’Anglais Tom Ravenscroft rend compte de cette compétition absurde et anachronique pour le château d’eau le plus original, qui plonge le pays dans une effervescence architecturale depuis 2003 et pousse les communes, à l’instar des patriciens de San Gimignano autrefois, à se livrer à une surenchère de constructions. Or, « avec le développement de pompes modernes à vitesse variable, qui fonctionnent en continu pour maintenir la pression de l’eau (…), le besoin en châteaux d’eau traditionnels a diminué », écrit le Londonien.

Le seul projet de rénovation mentionné est la restauration de la Villa Kutter dans son aspect d’origine, sans doute réussie mais certainement d’un coût exorbitant. Le culte du béton se porte toujours très bien au Luxembourg, et l’« énergie grise » fait son grand retour, comme le démontre une fois de plus Architecture deLUX. Bien sûr, les nouveaux locaux de la Ligue HMC à Capellen sont un régal pour les yeux et notre pays peut s’estimer heureux de pouvoir offrir un tel cadre aux personnes en situation de handicap. Mais dans quelle mesure le béton est-il durable ? Ou encore le Lot 7SA, également situé dans les Nonnenwisen, qui allie intelligemment vie communautaire et sentiment de sécurité ? Certes, le bâtiment Pasam à Limpertsberg est une symbiose réussie entre l’ancien et le nouveau, mais d’un point de vue social, ce projet purement axé sur le profit, destiné à des eurocrates et des expatriés désormais moins généreux qu’auparavant, semble à peu près aussi souterrain que l’ascenseur à voitures interne menant au parking souterrain de trois étages.

Ce qui manque dans cet ouvrage est plus révélateur que ce qu’il présente. Pas un mot sur l’Äerdschëff, ce projet extrêmement durable développé de manière coopérative depuis 2013 sous la direction du CELL (Centre for Ecological Learning Luxembourg) à Redange/Attert – construit par ses habitants, autosuffisant, sans prétention sur le plan esthétique, mais néanmoins charmant. Pas un mot non plus sur la Maison du Jeune Peuple (2001) à Differdange – flexible, sobre, fonctionnelle, abordable. La longue lutte autour du projet Ad-Hoc, qui visait à ancrer légalement la construction coopérative au Luxembourg, est également ignorée – alors qu’elle aurait pu constituer un troisième pilier du logement à vocation sociale. En Autriche, en Allemagne ou en Suisse, cela est établi depuis longtemps.
Ou encore une

Une reconversion fonctionnelle comme celle du 1535° Creative Hub à Differdange (carvalhoarchitects) : simple, abordable, axée sur la communauté. Ce n’est pas de l’architecture « Instagram », mais c’est en revanche ancré dans la réalité.

Au final, on a l’impression d’un album de louanges destiné à l’autopromotion. Au lieu de mener une réflexion sérieuse sur son propre domaine professionnel, on importe la critique, on la met en forme, puis on la récupère au final – avec un prix du public. Avec Architecture deLUX, l’OAI met en lumière un pharisaïsme qui préfère être admiré plutôt que compris.

« Redonnons aux maîtres d’ouvrage, ainsi qu’à leurs concepteurs, la liberté et la volonté de façonner notre monde », écrit Pierre Hurt, directeur de l’OAI, dans sa préface intitulée « Qui construit, construit pour nous tous ! ». « Les professions libérales veillent, de manière concrète et transparente, à ce que nos objectifs communs soient mis en œuvre de manière durable.* Cette foi dans l’autorégulation de deux secteurs marqués par la vanité et la concurrence laisse perplexe.

Or, un tel anniversaire aurait justement pu être l’occasion de s’interroger en toute sincérité sur l’architecture au Luxembourg : qui construit ? Pour qui ? Et surtout, à quel prix ?

Architecture deLUX, DOM publishers, Berlin, 2025, 296 pages, 400 illustrations, 48 euros