« Est-ce que ça va tenir ? », s’interrogeait le magazine *Die Zeit* il y a un peu moins d’un mois. Il est question de la démocratie américaine depuis l’entrée en fonction du président Donald Trump. Des questions similaires se posent en Europe et chez nous. Les événements s’enchaînent à un rythme effréné aux États-Unis, où le président écrit sur X : « Celui qui sauve son pays n’enfreint aucune loi. » La nomination de Musk au sein du Department of Government Efficiency (DOGE) envoie un signal fort à l’extérieur. Des administrations sont dissoutes, la bureaucratie est allégée. Le terme « efficacité » n’est pas anodin. Dans un sondage réalisé au Royaume-Uni, un peu plus de la moitié des jeunes âgés de 13 à 27 ans ont déclaré douter de l’efficacité de la démocratie en tant que système politique et préférer une figure autoritaire qui n’ait pas à se soucier des « élections et des parlements ».
Il y a deux semaines, huit jeunes responsables politiques, Jessie Thill et Fabricio Costa de Déi Gréng, Michael Agostini et Jana Degrott (DP), Jill Goeres et Vincent Reding (CSV) ainsi que Danielle Filbig et Sammy Wagner (LSAP), se sont adressés au président du Parlement pour exprimer leurs inquiétudes concernant la démocratie. La désinformation et l’influence exercée sur les réseaux sociaux, en particulier, pourraient conduire à l’érosion du système ; c’est pourquoi ses faiblesses devraient être examinées à cet égard. Une rencontre a ensuite eu lieu avec le président du Parlement, Claude Wiseler (CSV), et le Premier ministre, Luc Frieden (CSV). Tous deux se sont montrés favorables à l’idée de mener un tel « test de résistance », à l’instar de ceux qui existent dans le secteur financier. Entre-temps, la Cellule scientifique du Parlement a été chargée d’élaborer des pistes possibles afin d’être paré à une « attaque contre l’État » ; les premières réflexions devraient être discutées dès cette année. Compte tenu également de l’évolution rapide de la situation à l’échelle mondiale, ce processus devrait débuter dès cette année.
Il s’agit d’un appel lancé par le centre politique, émanant des Verts. Ni l’ADR ni Déi Lénk ne s’y sont ralliés. Interrogée par le journal *Land*, Jessie Thill (Déi Gréng) explique : « Pour être honnête, nous n’avons pas demandé l’avis de l’ADR. » Selon elle, cela n’était pas à l’ordre du jour après les récentes déclarations du député Tom Weidig. De leur côté, Déi Lénk aurait également souhaité communiquer sur la justice sociale, et pas uniquement sur la démocratie – et c’est pour cette raison qu’aucun accord n’a pu être trouvé.
Quel est leur enjeu ? « Retrouverons-nous, après quatre ans, l’État tel qu’il existait auparavant ? », demande Michael Agostini (DP) lors d’un entretien avec le journal *Land*. La société civile et ses ONG, tout comme les médias, sont vulnérables, « des éléments qui peuvent basculer ». À cet égard, le Luxembourg constitue un cas intéressant, notamment en ce qui concerne la presse : le consensus politique est stable, mais les médias dépendent largement du financement public. Le risque de radicalisation des électeurs et électrices est sans doute plus faible qu’à l’étranger. Mais si cela venait à se produire, un parti aux tendances autoritaires pourrait supprimer les aides à la presse dans le paysage médiatique pluraliste – il suffit pour cela d’une majorité simple au Parlement – et il ne resterait plus qu’une chaîne en situation de monopole, RTL. Agostini estime toujours à 90 % le « dénominateur commun » en matière de démocratie au sein de la société luxembourgeoise – parmi les électeurs. Parmi les scénarios susceptibles de faire évoluer cette situation, on peut citer une récession, une aggravation de la crise du logement et une augmentation de la pauvreté ; tout cela pourrait également entraîner une radicalisation ici aussi. « Il faut renforcer les garde-fous afin que les électeurs aient la possibilité de destituer un gouvernement. La démocratie constitutionnelle ne doit pas pouvoir être remodelée sans effort. »
Le fait que cette désagrégation se produise de l’intérieur est une évolution observée depuis une dizaine d’années. « Ça ne me dit rien, et je pense que c’est pareil pour la plupart des gens », déclare Claude Wiseler (CSV), président du Parlement, dans un entretien accordé au journal « Land ». Il considère la liberté de recherche comme une liberté fondamentale qui doit être protégée. Jessie Thill, des Verts, s’inquiète pour les droits des femmes et souhaite inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution.
Le système judiciaire peut lui aussi devenir une cible. Au cours des deux dernières semaines, Trump a commencé à faire fi des décisions de justice en vigueur. Alex Bodry, ancien ministre du LSAP et vice-président du Conseil d’État, a récemment déclaré dans une interview accordée au journal *Das Wort* que le système local était assez solide. Des changements radicaux ne seraient pas si faciles à mettre en œuvre. La Cour constitutionnelle, par exemple, est inscrite dans la Constitution ; ses juges sont nommés par d’autres juges, ce qui garantit son indépendance.
Mardi après-midi, face à tous ces événements, le député libéral André Bauler avait alors appelé à un débat sur la démocratie et les tentatives visant à la déstabiliser. Ce débat a illustré à la perfection la manière dont les partis se positionnent sur cette question – et comment ils se perdent dans des platitudes sans fin, alors même qu’ils avaient déclaré ne pas vouloir tenir de discours de circonstance. « Comment amener même les adultes à faire preuve d’esprit critique ? La démocratie ne va pas de soi. Nous ne devons pas faire l’autruche », a commencé André Bauler. Laurent Zeimet (CSV) s’est livré à des métaphores conciliantes : « Après une dispute, il faut aussi pouvoir aller boire un verre pour faire la paix. La démocratie n’est pas un théâtre où les uns sont sur scène et les autres dans le public. » Il estime que les médias ont encore du chemin à faire pour refléter toutes les opinions. La présidente du groupe parlementaire du LSAP, Taina Bofferding, a réaffirmé son attachement à la social-démocratie, réclamant le droit de vote dès 16 ans et une réforme du système électoral.
Fred Keup (ADR) a estimé que certains partis seraient peut-être surpris de découvrir ce qui figurait encore dans leurs programmes il y a 50 ans. Il a ajouté que la démocratie impliquait également de respecter les opinions divergentes et « l’adversaire politique ». Dans son discours, la chef de file de l’opposition verte, Sam Tanson, a cité, en les adaptant, aussi bien T.S. Eliot (selon lequel la démocratie ne s’achève « pas dans un fracas, mais dans un gémissement ») que Jürgen Habermas. Enfin, Sven Clement (Parti pirate) a évoqué la nécessité de l’« honnêteté » et de la « transparence » des responsables politiques, qui, après tout, « commettent aussi des erreurs » et Marc Baum (Déi Lénk) a réclamé l’abolition du capitalisme et la redistribution des richesses comme solution au déficit démocratique – en citant Horkheimer. Le Premier ministre Luc Frieden a prononcé le discours de clôture et a souligné la nécessité des « freins et contrepoids », d’une culture vivante de la mémoire, de l’éducation et des droits de l’homme. Ces discours n’ont guère permis d’en savoir davantage.
Depuis dix ans, le Luxembourg figure, selon l’indice des États fragiles (Fragile States Index), parmi les dix pays les plus stables au monde. Cet indice prend en compte, dans son évaluation, des facteurs tels que la cohésion sociale, les facteurs économiques, les institutions politiques et le bon fonctionnement de l’État de droit, ainsi que les droits de l’homme et les pressions sociales, comme l’évolution démographique. L’indice de démocratie 2024, établi par l’Economist Intelligence Unit, confirme également la position privilégiée du Luxembourg (10e place mondiale ; la participation politique pourrait toutefois être améliorée).
La classe politique locale est néanmoins consciente de sa dépendance vis-à-vis de ses grands voisins. Le véritable test de résistance se situe juste de l’autre côté de la frontière. En France, les Verts européens ont déjà présenté, il y a trois ans, une réflexion intitulée « La résistance du système juridique français à un choc autoritaire potentiel ». Leur conclusion est plutôt décevante : « La France semble particulièrement mal placée pour résister à un processus de démantèlement des contre-pouvoirs qui serait organisé par une nouvelle majorité autoritaire. La société civile, traditionnellement faible en France, a été encore plus affaiblie ces dernières années. » Le scénario d’une Marine Le Pen à la présidence n’est pas particulièrement improbable. Un sondage Ipsos réalisé en France conclut que, parmi les 25 % de Français qui croient le moins en la démocratie, les jeunes et les personnes socialement défavorisées sont surreprésentés. Une partie non négligeable de la population perçoit la classe politique comme déconnectée de la réalité : 24 % souhaitent que davantage de personnes les écoutent et prennent en compte leurs préoccupations, tandis que 16 % souhaitent une évolution de la gouvernance et des institutions. Seuls 5 % voient dans la réduction des inégalités une solution possible – ce qui montre que les préoccupations tournent avant tout autour de leur propre vie et de leur environnement immédiat, et qu’une réflexion systémique est rare.
En Allemagne, l’AfD a obtenu 20 % des voix aux élections législatives ; pour l’instant, elle est exclue de toute coalition. La Fondation Friedrich Ebert (FES), proche du SPD, dresse dans ses sondages un tableau contrasté de l’état d’esprit de la population. Plus de 50 % des personnes interrogées sont insatisfaites de l’état de la démocratie. Les sceptiques vis-à-vis de la démocratie sont souvent des personnes socialement défavorisées, qui perçoivent de plus en plus le système comme un projet réservé à l’élite. La FES observe également une radicalisation des extrêmes : elle constate que la pandémie et la guerre en Ukraine ont provoqué une forte polarisation au sein de la société allemande, dont profitent les extrêmes politiques. Qu’est-ce que cela signifie pour le Luxembourg si Marine Le Pen ou Alice Weidel prennent les rênes juste à côté ? Il y aurait tout d’abord des conséquences « économiques », explique Claude Wiseler. Les « influences » constitueraient la deuxième conséquence. « Je ne sais pas non plus comment s’en défendre. Il faut vivre avec. »
Une étude récente de l’Uni.lu montre que l’intérêt pour la politique chez les 12-29 ans a diminué au cours des cinq dernières années, et qu’environ la moitié d’entre eux estime que les responsables politiques ne se soucient pas de ce que pensent les jeunes – et ne s’intéressent qu’à leur réélection. Bien que la génération Z s’inquiète des évolutions sociales, notamment du risque de guerre, près de la moitié déclare ne pas savoir comment exercer une influence politique – et deux tiers d’entre eux estiment qu’ils devraient avoir davantage leur mot à dire. Les chercheurs en concluent que c’est pour cette raison qu’ils s’engagent dans leur « entourage social », tandis que leur engagement politique et civique reste peu marqué.
Afin de favoriser une plus grande participation politique, l’idée d’une assemblée citoyenne parallèlement au test de résistance avait également été avancée par les huit élus. Bien que le Premier ministre Frieden se soit prononcé en faveur d’une telle participation citoyenne dans ce cas précis, une résolution en ce sens, déposée par Sam Tanson mardi, a été rejetée par le CSV et le DP. Après tout, ce sont eux, les représentants élus du peuple, qui doivent prendre les décisions, a déclaré Laurent Zeimet, député du CSV.