Risque de schisme chez Luxair
L’accord tripartite conclu lundi entre les syndicats, la direction de Luxair et le gouvernement apporte un répit sur le plan social. Par l’intermédiaire de l’OGBL et du LCGB, les salariés de la compagnie aérienne réclamaient une revalorisation salariale en reconnaissance des efforts qu’ils déploient depuis la reprise généralisée du trafic aérien, dans un contexte de désorganisation post-Covid. Les salaires avaient été gelés en pleine crise fin 2020 afin de donner un maximum de chances de survie à Luxair. Cette mesure sera levée en janvier prochain. L’augmentation annuelle de 2 % sera rétablie (son coût s’élève à environ quatre millions d’euros). Le chômage partiel ne sera plus utilisé non plus en 2023 (le recours au chômage partiel conjoncturel est abandonné dès à présent) si la situation sanitaire ne se dégrade pas d’ici là.
Les syndicats avaient rassemblé leurs membres au Kirchberg avant la réunion afin de faire pression sur la direction. 800 personnes ont défilé avec des pancartes parfois hostiles à Gilles Feith, arrivé à la tête de la compagnie aérienne en juin 2020, en pleine crise du Covid-19. Ces dernières semaines, le directeur général a régulièrement été accusé dans la presse d’exiger trop de ses collaborateurs et d’avoir créé une ambiance délétère qui se serait traduite par une vague de départs et une hausse du taux d’absentéisme. Son style de management (parfois qualifié de microgestion) sans concession ne fait pas l’unanimité… même si sa volonté de sortir Luxair de l’ornière est globalement reconnue.
Lundi, devant la presse, au 22e étage du ministère du Développement durable, les syndicats (d’un côté de la salle) et la direction de Luxair (de l’autre, avec les représentants du gouvernement) affichent leur cordialité. Tous réaffirment avoir mené « une discussion constructive ». La nomination, jeudi dernier, par le conseil d’administration de Luxair, de l’ancien procureur d’État Robert Biever au poste de médiateur social est accueillie favorablement par tous. L’objectif est de recenser les doléances (dans un rapport) et d’explorer des pistes pour y répondre.
Luxair reste dans une situation financière précaire, avec un exercice à peine rentable en 2022. « L’entreprise doit être modernisée », répète Gilles Feith à qui veut bien l’entendre. Et l’année 2023 s’annonce pleine de nouveaux défis. Malgré la crise multiple (pandémie, guerre en Ukraine, inflation, récession), le ministre François Bausch (Déi Gréng) rappelle les engagements climatiques, l’impératif de renouvellement de la flotte, les investissements nécessaires dans les technologies de l’information ou encore les appels d’offres à venir pour la manutention.
Il ne s’agit en effet plus seulement de l’avenir de Luxair, mais de celui de l’écosystème du Findel. Cela donne notamment du fil à retordre à Tom Weisgerber (photos : Sven Becker), éminence grise du ministre à l’aéroport. Un article paru samedi dernier dans Le Quotidien fait état d’une rumeur persistante : Luxair pourrait céder sa branche cargo pour se concentrer sur ses activités de transport aérien. Cette hypothèse revient régulièrement dans les discussions depuis plusieurs années. Les activités de manutention rapportent environ 110 millions d’euros par an (en fonction du poids des marchandises chargées et déchargées dans les avions) à Luxair, principalement grâce à Cargolux, son meilleur client. Mais les coûts de personnel, qui représentent entre 1 200 et 1 300 salariés sur les 2 700 que compte le groupe, s’élèvent à près de cent millions d’euros. Lorsque l’activité est intense, cette branche génère des revenus bienvenus, mais avec une marge très faible. Si l’activité est faible, Luxair Cargo représente alors un risque pour la pérennité de la compagnie aérienne.
La possibilité d’une scission se concrétise aujourd’hui. Le bail de Luxair concernant le Cargo Centre arrive à échéance le 31 décembre et revient entre les mains de l’État, qui le remettra sur le marché s’il le décide. Le marché de la manutention à l’aéroport pourrait être remporté par des tiers tels que Dnata, Swissport ou DB Shencker. La convention collective des services aéroportuaires prévoit un transfert des équipes en cas de changement d’exploitant. Luxair Cargo est donc exposée. Un transfert du personnel de Luxair Cargo vers une société ad hoc constituerait une alternative. La réglementation européenne relative aux marchés publics autorise en outre une compagnie aérienne à pratiquer l’auto-assistance. Cargolux est donc libre d’employer ses manutentionnaires et de proposer des services d’assistance au sol à des tiers. Cette éventualité conviendrait sans doute aux salariés de Luxair, puisque la convention collective de la compagnie de fret nationale (qui doit être renégociée prochainement) prévoit une participation aux bénéfices de 10 % pour l’ensemble du personnel conventionné. Avec 1,2 milliard d’euros de bénéfices réalisés en 2021, le personnel de Cargolux a reçu 70 000 euros (bruts) de primes. De quoi faire saliver. Schisme ou statu quo ? Les réponses seront données dans les prochaines semaines. pso
Actions Impakt
Que pense la population luxembourgeoise de la finance durable ? C’est cette question que l’institut de sondage Ilres a cherché à éclaircir. Une majorité des personnes interrogées entre avril et mai 2022 estime que le secteur financier peut avoir une influence positive sur le développement des énergies renouvelables, les communautés locales ou l’environnement. 74 % des personnes interrogées ont par ailleurs attribué à ce secteur un rôle central dans la transition vers une économie durable. Près de la moitié des 1 011 personnes interrogées ont toutefois confondu « finance verte » et « finance durable ». Cette dernière va toutefois au-delà des préoccupations environnementales et inclut également des critères sociaux et de gouvernance. Une minorité de 20 % des participants à l’enquête a toutefois déjà investi dans des produits financiers durables. Beaucoup de personnes interrogées hésitent toutefois, car elles estiment que les placements sans exigences sociales et environnementales seraient plus rentables. De leur côté, les prestataires affirment que ce n’est pas le cas, notamment parce que l’UE encourage juridiquement ce secteur financier dans le cadre de son Pacte vert. Dans le sondage, 61 % des personnes interrogées ont désigné leur banquier comme source d’information fiable, ce qui explique pourquoi l’ABBL souhaite peut-être renforcer son rôle dans le domaine des produits financiers durables. En outre, à l’avenir, lors des entretiens d’information, on devrait moins recourir à un langage technique et mettre davantage l’accent sur le potentiel de la finance durable, comme le souhaitent les trois quarts des personnes interrogées. L’enquête a été réalisée à la demande de la Fondation ABBL, de la Commission de surveillance financière (CSSF) et de la Luxembourg Sustainable Finance Initiative (LSFI). Ce groupement a présenté les résultats le 21 septembre
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Du Pirsch au Meyer
Luc Meyer succède cette semaine à Ernest Pirsch à la présidence de la Fédération des artisans (FDA). Ernest Pirsch avait annoncé son départ en juin pour des « raisons personnelles », moins d’un an après sa nomination. Ce concessionnaire automobile, vice-président de la FDA et seul candidat, avait succédé à Michel Reckinger en juin 2021 lorsque ce dernier avait pris la tête de l’UEL (Union des entreprises luxembourgeoises), l’organisation faîtière du patronat. Pris au dépourvu et faute de candidats déclarés, le bureau exécutif de la FDA avait établi une liste restreinte. Un duo s’est dégagé à l’issue d’entretiens avec tous les candidats potentiels. D’un commun accord, Luc Meyer a été désigné candidat unique. Le patron des boucheries-salaison Meyer a été élu cette semaine « avec un score stalinien », raconte Romain Schmit, l’indéboulonnable secrétaire général de l’organisation.
Dans son discours d’investiture, Luc Meyer met d’emblée l’accent sur les élections de l’année prochaine, « où nous devons, en tant que secteur, nous positionner et entamer des discussions sérieuses avec le nouveau gouvernement afin d’aborder ces problèmes » et invite les membres à accueillir les élus chez eux. « Les politiciens n’ont pas conscience de ce que vivent actuellement les entreprises », explique Luc Meyer, 44 ans, au Land. « J’ai l’intention de faire bouger les choses », dit-il, au-delà de ce mandat écourté d’une année.
La FDA, qui est en réalité une confédération, regroupe une trentaine de fédérations issues de secteurs variés et représente quelque 8 000 entreprises employant 100 000 personnes. Malgré cette diversité, elle reste marquée par une image conservatrice, très masculine et « à l’ancienne ». Son ancien président apparaît par exemple dans un spot publicitaire de la BIL. Ernest Pirsch descend de son Land Rover Defender de deux tonnes (à vide) pour une interview réalisée à l’orée d’une forêt dans la périphérie de Diekirch « où il adore s’évader en 4×4, à pied ou avec ses chiens ». Luc Meyer (qui dirige une boucherie, une charcuterie et une brasserie à Bascharage) s’agace lorsqu’on l’interroge sur l’image renvoyée. Romain Schmit, rompu aux relations publiques, explique que l’élargissement du bureau réalisé cette semaine répond entre autres à cette volonté de mieux représenter la diversité. Alexa Balmann, entrepreneuse et esthéticienne, a été nommée vice-présidente de la FDA. Les autres vice-présidents sont Roland Kuhn (bâtiment), Michel Reckinger (chauffagiste) et Tun di Bari (services). Romain Schmit rappelle par ailleurs l’engagement de la FDA en faveur de la numérisation (la boucherie Meyer propose une visite virtuelle de son fumoir à jambons sur son site internet) et de la lutte contre le changement climatique : « Nous avons mis en place un programme pour accompagner les transitions énergétiques de nos membres. Nous venons de recruter un collaborateur dédié à l’énergie et au climat. Et nous sommes un interlocuteur privilégié du ministre Claude Turmes » (Déi Gréng), poursuit le secrétaire général de la FDA. Il souligne enfin que 22 % des entreprises de la confédération sont dirigées par des femmes. En ce qui concerne le rajeunissement, Romain Schmit invite les jeunes de bonne volonté à s’engager au sein de la FDA, « pour un renouveau nécessaire ». pso
Classe affaires
Dans une interview accordée à Paperjam, le promoteur immobilier Marc Giorgetti déplore la limitation de la déduction fiscale sur les investissements immobiliers décidée en 2021. Il qualifie « d’erreur » cette mesure qui rendrait l’investissement plus difficile. « Si l’attractivité diminue, il y a moins d’investisseurs. S’il y a moins d’investisseurs, il y a moins de nouveaux logements. Ils se font donc plus rares et les prix continuent d’augmenter. C’est incroyable, mais l’État ne semble pas l’avoir compris » Marc Giorgetti souhaiterait-il vivre dans un pays peuplé de locataires à la merci des promoteurs-constructeurs ? « La promotion immobilière semble de plus en plus destinée aux investisseurs plutôt qu’aux primo-accédants, au point que la demande “en général” devient la demande des investisseurs », s’interroge Antoine Paccoud, coordinateur à l’Observatoire de l’habitat et interlocuteur privilégié de « Gio ». Interrogés par le Land, les « théoriciens de l’immobilier » que Marc Giorgetti fustige relativisent. Il est vrai que moins d’investisseurs se présenteront si le marché de l’investissement locatif est moins attractif (c’est une lapalissade), admet Julien Licheron depuis l’Observatoire de l’habitat. « Mais cela dépend aussi des possibilités de se tourner vers d’autres produits financiers », poursuit le chercheur du Liser. Or, l’investissement locatif reste attractif car il est considéré comme peu risqué. Les avantages fiscaux constituent quant à eux un facteur de décision parmi d’autres. « Et le système fiscal reste très avantageux pour les investisseurs », estime Julien Licheron. Il souligne par ailleurs que l’intérêt des investisseurs serait nul sans la demande de logements, à commencer par celle des primo-accédants. « Il est sans doute vrai que les investisseurs, en réservant des logements très tôt dans la commercialisation d’un nouvel immeuble, permettent de lancer la construction. Mais je doute que ces investisseurs-là disparaissent complètement du marché », estime Julien Licheron. On serait loin d’un changement de paradigme. La demande continue de dépasser l’offre (« Gio » réfute catégoriquement l’idée selon laquelle il spéculerait en conservant des terrains en réserve). Marc Giorgetti déplore les prix élevés auxquels les promoteurs belges acceptent d’acheter les terrains. « Pour pénétrer le marché, ces acteurs se battent pour trouver des terrains constructibles et sont prêts à payer le prix fort, sans aucun scrupule à les revendre plus cher. Ce n’est pas notre philosophie », affirme Marc Giorgetti. Mais lorsque la journaliste lui fait remarquer que lorsqu’il revend un projet après avoir conservé le terrain pendant dix ou quinze ans (délai estimé par le promoteur pour mener le projet à bien), « le prix est tout de même celui de l’année en cours, et non celui d’il y a dix ou quinze ans ». « Bien sûr, car nous sommes tout de même une entreprise commerciale. Mais nous sommes soucieux de la qualité et avons une réputation à défendre. » Il poursuit : «Nous sommes, malgré nous, entraînés dans cette spirale de hausse des prix et, parfois, par la force des choses, nous subissons cette situation contre notre gré. » Un peu plus haut dans l’interview, celui qui est également président du groupement des entrepreneurs du bâtiment (Fedil) se console de pouvoir absorber la hausse des coûts des matériaux dans l’immobilier privé « où les marges sont plus confortables ». L’État serait quant à lui le « meilleur client » de Giorgetti. pso
Rectificatif : litige Lux / Becca
Contrairement à ce qui avait été indiqué dans notre dernière édition, le contrat-cadre (signé le 18 novembre 2010) regroupant les actifs d’Éric Lux et de Flavio Becca au sein du fonds Olos ne prévoyait pas une répartition équitable des actifs à l’échéance. De plus, le rapport réalisé par Deloitte dans le cadre du litige Belu en Slovaquie n’était pas un rapport d’audit au sens strict, mais une étude sur la situation financière de la société. pso