La médecine de Härgott
Lorsque les viticulteurs luxembourgeois se retrouveront samedi sous le chapiteau du Glacis pour l’inauguration officielle de la 16e Fête des vins et crémants (voir page 20), ce sera le sujet de conversation du moment. Pas moins de six députés – trois du CSV, un du LSAP, des Verts et des Pirates, presque tous originaires de l’Est, ont demandé au gouvernement pourquoi le restaurant du pavillon luxembourgeois à l’Exposition universelle de Dubaï, baptisé « Schengen Lounge », proposait non seulement des vins et crémants luxembourgeois, mais aussi des produits « étrangers ». Une telle pression a incité le ministre de l’Économie, Franz Fayot (LSAP), à prendre position mardi lors d’une séance publique. Il a lui-même déclaré avoir mangé des « Kniddelen » au « Schengen Lounge » lors de son voyage à Dubaï en octobre, alors que la température extérieure atteignait 30 degrés, et s’être réjoui de pouvoir les déguster sans les faire passer avec un verre de vin luxembourgeois bien frais, a expliqué le ministre (photo : sb). Le fait que la carte des boissons propose, outre des vins luxembourgeois, des produits provenant d’autres pays s’explique par le fait que le groupe d’intérêt économique Luxembourg@Expo 2020 Dubaï, responsable du pavillon et auquel appartiennent, outre le gouvernement, la Chambre de commerce, la Poste et SES, a externalisé, pour des « raisons commerciales et réglementaires », l’exploitation du Schengen Lounge au groupe hôtelier Jumeirah, qui appartient à la famille régnante de Dubaï, les Al Maktoum. Lors des négociations avec Jumeirah, le GIE aurait insisté pour que des vins de la Moselle soient proposés, mais n’aurait pas pu – contrairement à la France et à l’Italie – obtenir un droit d’exclusivité pour les produits locaux, a expliqué M. Fayot. La sélection des vins luxembourgeois s’est faite en 2016 lors d’une dégustation à l’aveugle, au cours de laquelle six échantillons ont été retenus sur 106 testés. 600 bouteilles de chacun de ces cépages ont été commandées et acheminées par avion à Dubaï. Jusqu’à présent, aucun importateur de vin des Émirats arabes unis ne s’est intéressé au « Miseler Wéngchen », a déclaré M. Fayot, ce qui s’explique sans doute aussi par le fait que l’importation d’alcool dans cet État musulman est soumise à des droits d’importation pouvant atteindre 400 %. Les vins luxembourgeois représentent 60 % de l’offre du salon Schengen, les 40 % restants provenant d’autres pays. ll
Aide indirecte à la presse
Dans une question parlementaire, le député du Parti pirate Marc Goergen a demandé au ministre des Médias Xavier Bettel et au ministre des Finances Pierre Gramegna (tous deux du DP) de lui indiquer combien d’argent chaque ministère et administration avait dépensé depuis 2014 pour des annonces dans la presse écrite et en ligne, ainsi qu’à la radio. En réponse, le ministre d’État Bettel a fourni un tableau qui, à première vue, semble exhaustif et détaillé. Il en ressort, sans grande surprise, que le journal au plus grand tirage, le « Luxemburger Wort », qui produit également le plus grand nombre de pages, a reçu chaque année depuis 2014 de l’État des annonces publicitaires d’une valeur comprise entre 205 000 et 245 000 euros. Pour le Tageblatt, ce montant se situe entre 102 000 et 157 000 euros, et pour le Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek, entre 95 000 et 114 000 euros. Viennent ensuite Le Quotidien et le Lëtzebuerger Journal (jusqu’en 2020), qui ont reçu à peu près les mêmes montants. D’Land se situe entre 28 000 et 40 000 euros par an et a reçu, jusqu’en 2017, à peu près le même montant que le Woxx. Depuis quatre ans, cependant, les annonces publicitaires dans le Woxx ont diminué. Il est frappant de constater que, lors de l’année électorale 2018, le montant alloué à la quasi-totalité des publications était plus de deux fois supérieur à celui des autres années. En 2020, année marquée par la pandémie de coronavirus, le montant alloué aux quotidiens n’a que légèrement augmenté malgré la campagne d’information, tandis qu’il a fortement baissé pour les hebdomadaires. Alors que d’Land recevait encore en 2019 des annonces d’une valeur d’environ 32 000 euros, ce montant n’était plus, l’année dernière, qu’un peu plus de la moitié. Dans l’ensemble, le montant que l’État consacre à cette forme indirecte d’aide à la presse est toutefois resté stable ces dernières années. Le journal gratuit L’Essentiel, l’empire radiophonique de RTL et leurs sites Internet respectifs, ainsi que les magazines Revue et Télécran, ne figurent pas dans le tableau du ministre d’État. Interrogé par Land, un porte-parole de M. Bettel explique que cela tient au fait que le ministère d’État ne dispose que des informations relatives aux annonces passées de manière centralisée par le Service d’information et de presse du gouvernement. Le ministre d’État ne disposerait pas d’informations sur les annonces commandées séparément par les différents ministères. ll
Effet boomerang 2
Un ancien client russe de la banque Edmond de Rothschild prépare une plainte pour déni de justice contre l’État luxembourgeois. Sergey Bogdanchikov, ancien PDG de la compagnie pétrolière Rosneft, s’en est pris à l’établissement financier en avril 2017. Il accuse la banque privée, alors établie au Limpertsberg, d’avoir laissé son responsable du marché russe, Carlo Thewes, placer de l’argent à son insu. Sergey Bogdanchikov estime avoir perdu 81 millions de dollars dans des investissements frauduleux réalisés entre 2001 et 2016, en plus des douze millions de commissions versées à la banque. L’ancien cadre de Rosneft y avait déposé 155 millions d’euros pour les mettre en sécurité (d’Land, 6 novembre 2020). « Près de 5 ans après le dépôt de la plainte pénale, l’enquête pénale luxembourgeoise ne semble pas avoir progressé et nous n’avons toujours pas accès au dossier pénal luxembourgeois », a déclaré cette semaine Alexey Bogdanchikov au Land. Le fils de Sergey, qui a repris le dossier en main, explique « n’avoir d’autre choix » que de poursuivre le Luxembourg pour déni de justice. Le dossier juridique est en cours d’élaboration, poursuit-il. Ces déclarations interviennent quelques jours après la parution d’un article de Bloomberg sur les poursuites judiciaires engagées en octobre 2020 contre des intermédiaires financiers américains, maillons déterminants du système d’investissements douteux (assorti de généreuses rétrocommissions) mis en place par le banquier luxembourgeois. La partie russe a été déboutée au motif que la banque incriminée a son siège au Grand-Duché. « We are considering an appeal », réplique Alexey Bogdanchikov. Dans une déclaration à l’agence de presse financière, il estimait : « Le tribunal de New York a clairement mis en lumière l’inaction flagrante des autorités luxembourgeoises au cours des cinq dernières années. Nous continuerons à réclamer une indemnisation intégrale à la Banque Edmond de Rothschild malgré cette décision de justice fondée sur des motifs techniques. » En mars, le parquet avait informé le Land que « le dernier rapport de la police judiciaire a été transmis au juge d’instruction le 15 décembre 2020 ». En Suisse, où Edmond de Rothschild a son siège, la plainte de Sergey Bogdanchikov a été classée sans suite. Là encore, la justice a refusé de se prononcer tant que le Luxembourg n’avait pas réagi. Selon Alexey Bogdanchikov, le Tribunal fédéral de Lausanne a indiqué que si des actes de blanchiment étaient condamnés au Grand-Duché, la responsabilité de la maison mère pourrait alors être engagée. En mars, la banque avait fourni la réponse suivante : « Le groupe Edmond de Rothschild ne fait aucun commentaire et confirme que le respect des exigences légales et réglementaires figure au premier rang de ses priorités et de celles de l’ensemble de ses collaborateurs ». pso
Il faut sauver le soldat Lutgen 2
La douzième chambre du tribunal correctionnel, présidée par Marc Thill, examinera la semaine prochaine l’affaire Lutgen, du nom de l’avocat pénaliste poursuivi par le ministère public pour avoir intimidé et outragé un juge d’instruction, en l’occurrence Filipe Rodrigues. On reproche notamment à André Lutgen d’avoir envoyé en 2019 un courriel à la procureure générale Martine Solovieff (avec deux ministres en copie) afin d’accélérer une procédure de levée des scellés pour l’un de ses clients, Arcelor-Mittal. Le 29 juin, lors de la première audience tenue devant la septième chambre et le juge Stéphane Maas, la Bâtonnière s’était exprimée au nom de la profession : « Ce procès contre un avocat mis en cause dans l’exercice de sa profession inquiète particulièrement le barreau dans la mesure où aucune infraction n’a été retenue d’un point de vue déontologique à l’encontre de notre confrère » (d’Land, 2 juillet 2021). Le procès a tourné au fiasco avec une demande de récusation du juge, qui a contraint Stéphane Maas à se désister de lui-même au nom de la sérénité de la justice. Lors des deux premières audiences, les avocats avaient manifesté leur soutien en occupant tout l’espace disponible dans la grande salle. Cette semaine, l’association des avocats pénalistes lance une nouvelle fois un appel à mobilisation. « Nous espérons vous voir à nouveau nombreux pour manifester notre soutien à notre membre », écrit Philippe Penning, président de l’Alap. Rendez-vous mardi à 9 heures (salle TL1.10). pso
Le banquier catalan sera jugé en janvier
Suite et fin du procès du banquier catalan de la SGBT qui avait été condamné par défaut en 2016 à six ans de prison pour avoir détourné des dizaines de millions d’euros (d’Land, 22 octobre 2021). En opposition au premier jugement, la défense du banquier a plaidé l’acquittement pur et simple, « sinon l’acquittement pour doute raisonnable », explique François Moyse. L’avocat s’appuie sur un revirement de l’expert, l’analyse de la police calquée sur le rapport rendu par la banque, les « contradictions et mensonges » des « ‘victimes » qui ne se sont pas présentées aux citations à comparaître devant le tribunal et qui n’ont donc pas fait de déclaration sous serment, pas plus d’ailleurs que les principaux employés tels que l’ancien administrateur Vincent Decalf », proche de l’accusé Francisco de Borja (nom tronqué par la rédaction). Le substitut du procureur, Guy Breistroff, requiert, comme en 2016, une peine de six ans d’emprisonnement, cette fois éventuellement avec sursis, ainsi qu’une amende de 200 000 euros. Le tribunal rendra son verdict le
19 janvier prochain. pso
Kachkéis transnational
Les députées de Déi Lénk, Myriam Cecchetti et Nathalie Oberweis, s’inquiètent d’une OPA française sur le « Kachkéis ». Elles citent un article paru dans L’Est Républicain, selon lequel l’Association de promotion de la cancoillotte, fondée par des producteurs du Haut-Saône, serait en passe d’obtenir de la Commission européenne une indication géographique protégée pour « leur » cancoillotte. Cette initiative remonterait à 2015 et bénéficierait du soutien du gouvernement français. Cecchetti et Oberweis appellent le ministre de l’Agriculture à s’opposer à une telle mainmise nationaliste sur le Kachkéis, « produit transnational dont les origines historiques sont bien antérieures aux frontières actuelles de nos pays ». Si le gouvernement ne réagissait pas, les producteurs luxembourgeois de cancoillotte se verraient en effet interdire d’utiliser ce terme pour commercialiser leur produit. bt