Compensation carbone
Issus de la génération « Fridays for Future », les futurs étudiants n’auront pas manqué d’y voir une forme de « carbon offset » posthume. Ce lundi a été présenté « The Cloud – inspired by André Losch », un projet d’auditorium de l’Uni.lu qui devra être construit en mémoire (et grâce à l’argent) d’André Losch, l’ancien concessionnaire Volkswagen, Audi et Porsche, décédé en 2016. Sa fondation, dont le conseil d’administration réunit des personnalités éminentes de la place financière, est « un partenaire de longue date » de l’Uni.lu. Le recteur, Stéphane Pallage (ici avec le président de la fondation Losch, Pit Reckinger ; photo : Gilles Kayser), s’est réjoui de ce « don le plus important que l’université ait jamais reçu » : « A gift of beauty for the university, the neighborhood, the city ». Il a énuméré les dons passés de la Fondation Losch, notamment sous forme de « food stamps » distribués aux étudiants les plus démunis pendant la crise du Covid-19. Le futur bâtiment abritera notamment deux amphithéâtres ainsi qu’une grande salle de conférence. Il marquera l’entrée du campus qui réunira les facultés de droit, d’économie et de finance au Kirchberg et devrait ainsi souligner la proximité avec « les acteurs économiques et institutionnels », comme l’a expliqué Claude Meisch (DP) lors de la conférence de presse. Le ministre de l’Enseignement supérieur a remercié la fondation pour son geste philanthropique, y voyant « un très grand signe d’altruisme et de solidarité ». La Fondation Losch investira 20 millions d’euros (le terrain a été cédé par le Fonds Kirchberg au ministère des Finances), un projet pourtant qualifié de « modeste » par le président de la Fondation, Pit Reckinger, associé du cabinet Elvinger Hoss. Conçu par le cabinet d’architectes japonais Sanaa, le bâtiment reposera sur des pilotis et sera tout en courbes et tout en verre. (Ses concepteurs promettent toutefois une performance énergétique conforme aux normes luxembourgeoises.) Après la place financière, le mot d’ordre de la « transparence » a donc également gagné le monde universitaire, Pallage y voyant un signe d’ouverture, « tout le contraire de l’ancienne tour d’ivoire ». Une ouverture qui se manifeste également par une déférence opportuniste envers le monde des affaires. On ne compte plus les chaires (PayPal, Atoz, SES, Arcelor-Mittal) et les bourses d’études (Ferrero) financées par les multinationales. Les étudiants sont bombardés d’e-mails provenant de Deloitte, Amazon et Huawei, vantant leurs concours d’idées, leurs « inclusion days », leurs séminaires et leurs programmes de recherche. Les sciences humaines sont également emportées par ce mouvement : une multitude de projets en « corporate history », formalisés par des « contrats de prestation de recherche », ont récemment vu le jour à l’Uni.lu, notamment sur la Poste, BGL et
Lalux. bt
Les pauvres d’abord
Lancé en 2005 par le directeur du Statec, Serge Allegrezza, qui avait été nommé deux ans auparavant par le ministre libéral de l’Économie Henri Grethen, le « Rapport travail et cohésion sociale » est la publication la plus commentée de l’institut de statistiques. Les données qu’elle contient sont analysées sous l’angle social par la Chambre des salariés dans son « Panorama social » (elles l’étaient également par la Caritas dans son défunt « Almanach social »). La dernière édition donne un premier aperçu d’une étude qui sera publiée « sous peu », mais que l’on aurait bien aimé lire dès 2020, au moment où elle aurait encore pu influencer le cours de la pandémie. En s’appuyant sur les microdonnées anonymisées de l’IGSS, des chercheurs du Liser et du Statec ont analysé le rôle joué par les inégalités sociales dans le déroulement de la pandémie. Il en ressort que plus une personne est pauvre, plus la probabilité d’une hospitalisation liée au Covid-19 est élevée. « Certaines catégories socio-économiques ont en effet connu des taux d’infection et d’hospitalisation nettement plus élevés que d’autres ». bt
Des pommes et des poires
Contrairement à ce que l’on croit généralement, notamment dans les milieux politiques de gauche, ni les inégalités de revenus ni le taux de pauvreté n’ont augmenté au Luxembourg l’année dernière, malgré la pandémie, comme l’a révélé l’Office statistique Statec dans son rapport sur la pauvreté et la cohésion sociale publié jeudi. Les indicateurs tels que le coefficient de Gini et les ratios utilisés par le Statec pour effectuer ses mesures suggèrent que les inégalités auraient stagné, voire légèrement reculé. Le risque de basculer dans la pauvreté aurait également très légèrement diminué en 2020 par rapport aux années précédentes (passant de 17,4 % en 2019 à 17,2 % en 2020). Alors que, malgré la hausse fulgurante des prix de l’immobilier, le poids des frais de logement sur les revenus serait resté globalement inchangé, le nombre de personnes ayant des difficultés à joindre les deux bouts aurait légèrement augmenté. Les familles sont plus touchées que les personnes vivant seules, et ce sont les parents isolés qui souffrent le plus.
Le Statec relativise toutefois ses résultats dès l’introduction. En raison des mesures liées au coronavirus, l’organisme n’a pas pu mener ses enquêtes comme à l’accoutumée, en contact direct avec les citoyens, mais a dû recourir à une enquête en ligne, écrit le directeur du Statec, Serge Allegrezza (photo 2018 : sb), dans son avant-propos. Pour déterminer les revenus des ménages pour l’année 2020, l’Office des statistiques s’est appuyé sur les données de l’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS). Toutefois, comme il s’agit notamment, pour les résultats relatifs aux inégalités, d’estimations reposant sur une méthode différente de celle des années précédentes, les résultats du rapport de cette année ne sont pas directement comparables à ceux des années précédentes. C’est pourquoi, dans son « Rapport travail et cohésion sociale » de cette année, le Statec présente, dans certains domaines, des résultats provisoires qui devront faire l’objet d’une analyse plus approfondie et plus précise à l’avenir. ll
Méfiez-vous du GAFI dans le secteur immobilier
Le secteur immobilier peine à se mettre en conformité avec le dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (AML), a indiqué vendredi dernier Benoît Wtterwulghe, associé spécialisé dans le conseil (au sein de la fiduciaire BDO) Benoît Wtterwulghe lors d’une conférence Meetincs. S’appuyant sur les chiffres présentés par l’autorité de contrôle, l’Administration de l’Enregistrement et des Domaines (AED), selon lesquels 60 à 70 % des entités ne sont pas prêtes, le consultant conclut que « le secteur est très peu préparé » alors que le Groupe d’action financière (GAFI) a annoncé son retour au Luxembourg, dix ans après avoir placé le pays sur la liste grise. « Les conséquences peuvent être désastreuses, notamment pour le secteur immobilier, via les investisseurs institutionnels », a averti Benoît Wtterwulghe. Dans le rapport d’évaluation national, qui quantifie les risques liés aux différents métiers concernés par la lutte contre le blanchiment d’argent (AML), les agents et promoteurs immobiliers (ces derniers étant entrés dans la sphère contrôlée en mars 2020) sont considérés comme les principaux vecteurs de risque (plus encore que les banques !). Le secteur présente un risque inhérent « élevé », car il implique d’importantes transactions financières impliquant des personnes physiques ou de multiples niveaux d’entités plus ou moins transparentes. « Le grand nombre de clients (dont beaucoup exercent des activités légitimes) pourrait offrir un certain anonymat aux criminels (qui pourraient, par exemple, utiliser des personnes physiques comme intermédiaires pour dissimuler le bénéficiaire effectif) », peut-on lire dans le dernier rapport d’évaluation national. Au Luxembourg, l’immobilier représente 8,1 % du PIB (2019) et génère une valeur ajoutée de quatre milliards d’euros. Et le risque est d’autant plus élevé que les acteurs concernés ne sont pas habitués, contrairement aux banques, aux contrôles anti-blanchiment.
L’AED prend les choses au sérieux. Benoît Wtterwulghe indique que les inspections des promoteurs, autrefois organisées au sein du service « Surveillance », sont désormais transférées au service chargé de la criminalité financière, après un an et demi d’adaptation. « Et on passe d’une fonction de sensibilisation à une fonction de surveillance, y compris sur place », prévient le spécialiste. Selon la présentation de l’AED réalisée en décembre 2020 à l’intention des professionnels, plus de trente pour cent des acteurs commettent des manquements dès les premières étapes, à savoir le respect de l’obligation de vigilance dans l’identification des clients, « quelque chose de simple, mais extrêmement mal compris », analyse Benoît Wtterwulghe. Vient ensuite la Bérézina lors de la mise en place de la procédure interne, puis de l’évaluation des risques (approche fondée sur les risques), où près de 70 % des acteurs ne parviennent pas à prendre les mesures nécessaires, faute d’habitude. La sanction administrative peut aller jusqu’à un million d’euros, cinq millions au pénal. Sur les 27 contrôles recensés par l’AED en 2019, deux ont abouti à des blâmes, cinq à des avertissements et vingt à des sanctions. Aucune mention ne figure à la rubrique « conforme ». pso
La chaîne qu’on démonte
L’Alia demande que soit coupé le signal de la chaîne porno Libido diffusée depuis le Luxembourg. L’autorité luxembourgeoise de l’audiovisuel « propose » ce lundi au ministre des Communications Xavier Bettel (DP) de retirer la concession accordée au programme de télévision du groupe 555, dirigé par le Français Christian Bartoli. Libido est diffusée sur l’offre Canalsatellite (liée à Canal+) via les satellites SES/Astra. Comme l’indiquait Reporter en juin, la chaîne accusait un retard dans le paiement de ses taxes de diffusion et émettait depuis début 2020 sans concession (ou licence). Une amende de 25 000 euros, le montant maximal, avait alors été infligée. L’Alia est passée à la vitesse supérieure en ce début de semaine et a demandé que la concession de « la chaîne qui démonte » (selon son slogan) soit retirée. Mais comme elle n’en disposait déjà plus, cette mesure équivaut à l’interdiction du service, ce qui entraîne « l’interdiction d’utiliser la liaison montante ou la capacité satellitaire luxembourgeoise. »nbsp;» Contacté, l’avocat du groupe 555 à Luxembourg, Marc Theisen, a déclaré avoir déposé un recours. (Le groupe envisagerait quoi qu’il arrive une diffusion via une autre juridiction.) Libido n’est pas la seule chaîne osée diffusée depuis le Grand-Duché, où le porno n’est plus en odeur de sainteté. Adult Channel, TVX 40 ou encore XXX Mums (pour ne citer qu’une partie des programmes de MG Global Entertainment Europe) sont également surveillées par l’Alia. Sur son site, on peut lire que la violence, l’érotisme, la pornographie et le respect de la dignité humaine font partie de ses « préoccupations constantes », mais il n’est pas question d’interdiction. Toutes les occasions sont donc bonnes pour faire le ménage, si l’on en croit le texte. pso
Comme d’habitude
« Cela m’en tape une sans faire bouger l’autre. » Cet aphorisme de Jacques Chirac (selon le Canard enchaîné) s’applique à l’attention que porte le président de la Chambre de commerce Luxembourg-Pologne à l’arrêt rendu la semaine dernière par la Cour constitutionnelle de Varsovie, qui rejette la primauté du droit européen sur le droit national et remet en question la présence de la Pologne au sein de l’Union européenne. Interrogé sur d’éventuelles craintes d’un «Polexit» au sein de la communauté d’affaires polonaise au Luxembourg, Artur Sosna avoue qu’« on n’en parle pas » et estime que « l’argent est trop important » pour que la Pologne tourne le dos à l’Union européenne. « La Pologne ne peut pas décider comme ça de toute façon. Il faut organiser un référendum et les Polonais sont trop attachés à l’UE », estime l’entrepreneur. pso