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Économie nationale 9 min de lecture

Un hiver rigoureux, un automne caniculaire

Cette semaine, les Verts ont promis une aide d'urgence face à la hausse des prix du gaz, marquant ainsi d'avance la rentrée politique. Dans le même temps, ils ont « préparé le terrain » pour la réunion tripartite prévue à l'automne.

Article paru dans Édition septembre 2022
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La station-service de Lonkech ne dispose que d'une seule pompe à essence © Luc Laboulle

Tôt mardi matin, Claude Turmes a brusquement rappelé le gouvernement de ses vacances en annonçant sur Twitter que le fournisseur d’électricité et de gaz Enovos avait décidé d’une hausse significative du prix du gaz et que d’autres fournisseurs allaient désormais devoir prendre des décisions similaires. « Un hiver difficile attend les citoyens et les entreprises », a déclaré le ministre de l’Énergie, membre du parti des Verts, c’est pourquoi le gouvernement va non seulement prolonger la prise en charge des frais de consommation de gaz, qu’il avait décidée immédiatement après l’attaque de la Russie contre l’Ukraine fin février, mais aussi prendre de nouvelles mesures ciblées pour venir en aide à ceux qui souffrent le plus de la hausse du prix du gaz.

Cette annonce n’était pas tout à fait nouvelle. Après l’entrée en vigueur, il y a trois semaines, du plan d’urgence gazier de l’UE, Claude Simon, directeur commercial d’Enovos, avait déjà annoncé sur RTL Radio une hausse des prix de 80 % pour l’automne. Deux jours plus tard, RTL a ensuite annoncé que l’électricité allait également coûter 35 % plus cher au début de l’année prochaine, ce qui s’explique d’une part par ce qu’on appelle l’« ordre de mérite », selon lequel le prix de l’électricité est déterminé par la centrale la plus chère sur la bourse de l’électricité, c’est-à-dire actuellement une centrale fonctionnant au gaz. D’autre part, en France, 32 des 56 réacteurs nucléaires sont hors service pour cause de travaux de maintenance ou de contrôles de corrosion, et les centrales hydroélectriques en Norvège, en Italie, en Espagne et au Portugal sont moins performantes en raison des faibles niveaux d’eau dus à la longue sécheresse.

Malgré tout, le tweet publié mardi par Turmes a suscité beaucoup d’émotion sur les réseaux sociaux, car avant que la Russie ne limite ses livraisons, le gaz était encore considéré comme une source de chauffage bon marché et relativement écologique, du moins jusqu’à ce que des alternatives plus durables soient disponibles en quantité suffisante. En conséquence, les partis d’opposition se sont empressés de proposer des solutions pour que l’État compense les dépenses supplémentaires des ménages. Déi Lénk a réitéré sa demande d’un crédit d’impôt échelonné, les Pirates ont réclamé une prime énergétique de 150 euros par mois pour tous les ménages et le CSV souhaite doubler le plafond de revenus pour bénéficier de la prime énergétique.

Quel était l’objectif de Turmes avec ce tweet ? Officiellement, il a déclaré avoir simplement voulu rappeler une nouvelle fois la hausse des prix annoncée par Enovos dans une petite annonce parue dans le journal *Das Wort*. Son initiative n’avait apparemment pas été concertée avec les autres membres du gouvernement. De toute évidence, les déclarations de Turmes s’inscrivaient dans une « stratégie offensive » élaborée par son parti, notamment pour détourner l’attention de la « réduction sur le carburant » qui a pris fin mercredi soir, que seuls le CSV et l’ADR regrettent réellement, et que les Verts n’avaient soutenue que par souci de cohésion au sein de la coalition.

À peine un jour après le tweet de Turmes, son parti a enfoncé le clou. Lors de leur conférence de presse de rentrée, avancée d’un mois « en raison des crises multiples », les coprésidentes Djuna Bernard et Meris Sehovic ont réclamé des aides financières d’urgence ciblées pour les citoyennes et citoyens à faibles et moyens revenus. « Mieux vaut 1 000 euros pour ceux qui en ont vraiment besoin que 100 euros pour tout le monde », a déclaré Sehovic mercredi. Les Verts souhaitent également venir en aide aux entreprises qui souffrent de la hausse des coûts de chauffage et d’électricité. Bernard et Sehovic n’ont pas encore voulu se prononcer sur la nature exacte de cette aide, mais ont précisé qu’elle serait décidée avant le début de la tripartite, qu’elle s’appliquerait aux revenus allant jusqu’à 80 000 euros par an et qu’elle serait échelonnée. Il pourrait s’agir d’un chèque énergie, dont seuls les habitants pourraient probablement bénéficier, ou d’un crédit d’impôt qui profiterait également aux frontaliers.

Les Verts souhaitent financer leur aide – si nécessaire – par un endettement public supplémentaire, qui pourrait être remboursé ultérieurement grâce à un impôt de solidarité prélevé sur les « super-riches » et les entreprises réalisant des bénéfices élevés.

Reste à voir si le Conseil d’État approuvera aujourd’hui l’aide d’urgence proposée par les Verts et, le cas échéant, sous quelle forme. Le LSAP ne devrait pas y voir d’objection, si ce n’est peut-être d’avoir manqué l’occasion de prendre lui-même l’initiative sur cette question sociale alors que la campagne électorale commence lentement à s’animer. Ni la vice-Première ministre Paulette Lenert, ni le ministre de l’Économie Franz Fayot ne se sont toutefois exprimés à ce sujet jusqu’à présent. Le DP, qui occupe les portefeuilles de la Famille et des Finances, n’a sans doute pas apprécié l’initiative solitaire de Turmes. Alors que Corinne Cahen n’est même plus active sur Facebook depuis trois semaines, la ministre des Finances Yuriko Backes, après sa rencontre avec ses homologues « germanophones » libéraux et conservateurs la semaine dernière en Suisse, mardi en tant qu’invitée d’honneur à une cérémonie commémorative organisée par la Fédération des Enrôlés de force. Le ministre d’État Xavier Bettel s’est quant à lui entretenu à Paris avec la Première ministre française Élisabeth Borne au sujet de la Grande Région et avec son ami Emmanuel Macron au sujet de l’Europe. On ignore si M. Bettel a également mis en garde le président français contre les embouteillages qui pourraient se produire ce week-end à Lonkech, lorsque 10 000 membres du CSV se rendront en masse avec leurs petites voitures à la seule pompe à essence de cette petite ville, pour profiter de la version française de la réduction sur le carburant, qui a encore été augmentée hier, n’est pas connu. Pour le gouvernement luxembourgeois, la réduction sur le carburant semble en tout cas définitivement écartée. Cette mesure d’apaisement, y compris sa prolongation en août, a coûté environ 65 millions d’euros ; il est difficile de calculer ce qu’elle a rapporté. Selon le ministère des Finances, aucune prolongation n’est actuellement prévue, et le ministère dément également les rumeurs concernant l’introduction d’une nouvelle réduction sur le carburant plus élevée : Afin d’atteindre les objectifs climatiques, il faudrait, à moyen et long terme, mettre fin au tourisme à la pompe ; il reste à trouver des alternatives pour compenser la perte de recettes publiques liée aux accises sur les produits pétroliers.

Mercredi, les Verts n’ont pas souhaité se prononcer clairement sur cet indice. Le 14 septembre, le gouvernement prévoit de rencontrer à nouveau les partenaires sociaux dans le cadre de discussions bilatérales ; aucune date n’a encore été fixée pour la réunion tripartite. Tant le patronat que les syndicats ont toutefois déjà pris publiquement position. La Chambre des artisans a présenté la semaine dernière son rapport conjoncturel. Selon une enquête non publiée, à laquelle 1 400 sur 8 000 entreprises auraient participé, les entreprises artisanales seraient confrontées à la hausse des prix des matières premières et à des salaires plus élevés, a déclaré son président, Tom Wirion, sur Radio 100,7 – on observerait une stagnation de l’activité. Du côté syndical, Patrick Dury, du LCGB, qui s’était jusqu’à présent montré plutôt réservé, s’est exprimé lundi dans *Le Quotidien* sur un ton combatif et a catégoriquement exclu la suppression d’une tranche d’indexation.

Il n’est pas exclu que le gouvernement, avec l’aide d’urgence désormais proposée par les Verts – qui, selon Djuna Bernard, vise à compenser « la perte de pouvoir d’achat jusqu’au sein de la classe moyenne » –, « prépare également le terrain » pour la tripartite. Il pourrait s’en servir stratégiquement dans les négociations sur l’index – par exemple, pour légitimer la suppression d’une tranche qui semble de plus en plus inévitable ; d’autant plus que l’aide directe correspond davantage à la volonté des Verts d’aider de manière sélective les plus démunis, plutôt que de distribuer de l’argent « à tout va », comme on le reproche souvent au mécanisme de l’index – une approche que le LSAP défend désormais également.

Les Verts espèrent que la crise énergétique actuelle, conjuguée à des phénomènes météorologiques extrêmes tels que la sécheresse historique qui touche une grande partie de l’Europe et les inondations dramatiques au Pakistan, sensibilisera davantage la population à la nécessité d’une transition climatique et conduira enfin à un changement de mentalité. Emmanuel Macron avait annoncé la semaine dernière « la fin de l’abondance, la fin de l’insouciance ».

Dès la mi-juillet, la Commission européenne avait, dans le cadre de son plan d’urgence, appelé les États membres à réduire leur consommation de gaz de 15 % entre le 1er août et le 31 mars. Les autorités, les propriétaires de bâtiments publics, les fournisseurs d’énergie, les entreprises industrielles et les consommateurs et consommatrices devraient y contribuer. L’aide proposée désormais par les Verts s’accompagne également d’un appel à économiser le gaz et l’électricité. Cela permettrait d’éviter que les prix ne continuent d’augmenter de manière extrême, a déclaré Meris Sehovic mercredi. En effet, les prix ne deviendront vraiment élevés que lorsque les stocks de gaz acquis en continu seront épuisés et que les fournisseurs devront s’approvisionner aux prix de gros sur le marché spot. Pour éviter cela, Claude Turmes prévoit de présenter des mesures d’économie concrètes lors d’une conférence de presse la semaine prochaine.

René Winkin, directeur de Fedil, a averti mercredi sur RTL Radio que certaines entreprises ne pourraient pas accepter ces coûts élevés et qu’on ne pouvait pas expliquer à une entreprise qu’elle devait décarboniser, « c’est-à-dire de renoncer au gaz et au mazout pour passer à l’électricité, si les prix restent aussi élevés qu’aujourd’hui ». C’est pourquoi le prix de l’électricité doit être dissocié du prix du gaz. La Commission européenne avait déjà annoncé une réforme structurelle du marché de l’électricité et un plafonnement des prix, mais ces mesures ne devraient pas être faciles à mettre en œuvre. D’ici là, ce sont surtout les consommateurs et consommatrices qui devront faire des économies, et parmi eux en particulier ceux qui, malgré les aides de l’État, ont du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois et qui, de toute façon, consomment déjà le moins d’énergie, car ils vivent dans de petits appartements hors de prix, conduisent rarement, ne prennent pratiquement jamais l’avion et ne disposent ni d’une piscine dans leur jardin ni d’une cave à vin dans leur sous-sol.